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«Je suis dans mon hamac, petit havre de paix entre deux arbres. Le soleil fait mal, il est 13 h. Je porte trois couches de vêtements, la dernière étant une chemise à longues manches. Lorsque le soleil fait mal, j'ai cette réaction instinctive de rajouter une couche; je sais alors que la température atteint les 40 degrés. Ma peau n'apparaît plus nulle part à l'exception du visage et des mains.

Mon Blackberry entre les mains, je vous écris, mais j'ai du mal à me concentrer: un lézard vient de découvrir mon sac à dos et s'amuse à rentrer et sortir de chaque ouverture. Par moments, il lève son regard dans ma direction comme pour me dire: «Ok pour toi si je reste encore un peu?»

Je réfléchis. Pourquoi avons-nous décidé un jour qu’il y aurait d’un côté la Nature et Nous de l'autre? La séparation de ces deux éléments n'est pas possible. Mes derniers mois d’immersion dans cet environnement sauvage ne peuvent que le confirmer.

Prenons l’eau…

Chaque point d'eau ici a ses challenges: soit la rivière est salée (sujette aux marées), soit elle est pleine de crocodiles qui, en cette saison, préfèrent son lit à ses berges. Grâce à ma rencontre avec Steven, ancien chasseur de crocos de la région de la rivière Cox, je sais que ma seule façon de survivre à une attaque de crocodile sera d'enfoncer mes deux pouces dans ses yeux. Cela va lui faire lâcher prise. Mais à propos d’eau, il y a aussi ces «waterhole» (trous d’eau), ces bassins naturels au milieu des rochers où l'eau jaillit du sol.

Cette fois-là, j'avais atteint le «waterhole» de nuit. J'avais choisi de profiter de la pleine lune pour avancer. Ce point d'eau était coincé entre une petite chaîne de rochers de quelques mètres de haut et un rideau de ces anciens arbres majestueux à la peau blanche que sont mes amis les eucalyptus. J’avais posé mon sac au sol, ma peau collait de vieille transpiration et l'air était lourd. Mes habits gorgés de sel tombés à terre, je m’étais enfoncée dans l’eau noire. Mon corps ne m'appartenait plus, la sensation de l'eau sur ma peau s’évanouissait. J’étais restée malgré les frôlements de créatures non identifiées autour de mes jambes. Le corps à l'horizontale et le regard dans les étoiles, j’avais flotté plus d'une heure. Revigorée par cette baignade de nuit, j’avais ensuite décidé de monter mon camp. Ma lampe frontale allumée, c’est alors que j’avais découvert deux serpents blancs avec des zigzags brun clair sur le dos ondulant près de mon sac à dos. La tête levée, doucement ils se déplaçaient. J'avais très certainement interrompu leur partie de chasse nocturne.

Les gens…

Pêcheurs, cow-boys, aborigènes, anciens trafiquants de drogue, mineurs, ils sont rares dans ce décor, perdus dans ces espaces gigantesques. Mais lorsque la rencontre se passe, elle est… unique.

Lorsque je suis arrivée à Hells Gate (un petit shop et de l’essence au milieu de nulle part), un cow-boy, les bras sur ses hanches, m’a lancé d’un air mi-sérieux: «Tu es arrivée en un morceau je vois.» Ici les gens savent tout, même si des centaines de kilomètres les séparent. «J'ai besoin d'aide pour charger trois remorques de bétail, tu viens? Un de mes gars n'est pas là.» Comme le veut la tradition du bush, tout le monde aide tout le monde. C'est ainsi qu'avant d'avoir pu prendre une douche, j'étais au milieu de la poussière et des beuglements en train de courir pour faire rentrer ces vaches dans un truck qui allait les amener à 700 km de là, sur la plus riche terre en protéines. Exténuée, j’ai terminé cette journée auprès du feu. Autour de moi, les chapeaux des cow-boys s’animaient dans le reflet des flammes. Rires, viandes grillées… Les odeurs de poussière et de transpiration se sont mélangées à la moiteur de la nuit. Puis il fut temps de me glisser jusqu'à mon petit havre de paix, enfin, ma tente.

Hier…

Durant ma pause (je m'arrête entre 12 h 30 et 16 h), à l’ombre des pandanus au bord de la rivière Roper Bar, j'ai jeté une ligne à main au cas où. Soudain, un serpent jaune et vert sortit précautionneusement d'entre les longues tiges vertes, à 30 cm de mes pieds nus. Sans se presser, il ondulait. La beauté de ces créatures ne cesse de me fasciner.

Mais je ne peux pas repartir sans avoir décrit mes compagnons de chaque jour. Ils sont là à mon camp le soir, et le matin ils me regardent timidement, les yeux chargés de sommeil (ce sont des créatures du crépuscule). Je veux parler bien sûr des kangourous, ces êtres aux jambes de différentes longueurs, à la queue en balancier, emblème national à eux seuls. J'ai beaucoup de chance de vivre parmi eux et cela ne m'étonnerait pas qu'un jour je commence à brouter de l'herbe et que je rejoigne le bush pour de bon… Mais d'ici-là, restez en pleine forme et continuez de suivre mes traces… L'aventure se poursuit jusqu'au mois de mai 2013, See Ya!»

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