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FEMINA Combien de temps pouvez-vous tenir sans téléphoner à votre mère?
SAMUEL THEIS Je pense que je peux résister assez longtemps. C’est peut-être elle qui aura du mal si je ne l’appelle pas... On se voit peu mais on se donne des nouvelles régulièrement. On se raconte un peu tout, elle me parle de ses démarches administratives, de sa santé, de ses sorties, des hommes qu’elle rencontre... Et moi je lui dis ce que je fais, principalement en termes de boulot. La dernière fois que je lui ai téléphoné, c’était pour lui annoncer qu’elle avait reçu le prix d’interprétation au Festival du film d’Odessa, en Ukraine. Elle était très heureuse. C’est plutôt rare d’attribuer ce genre de distinction à un acteur non professionnel – comme le sont tous les interprètes de mon film, à l'exception de moi-même. Cela me semble un peu injuste: même s’ils jouent leur propre rôle devant la caméra, ils jouent malgré tout.


Enfant, quel superhéros rêviez-vous d’être?
Je suis de la génération mangas. Avec mon frère et nos copains, on s’amusait à jouer les superhéros du dessin animé Les Chevaliers du Zodiaque. Moi, j’adorais le personnage d’Andromède qui était doté de chaînes avec lesquelles il pouvait attraper les gens.


Votre juron favori?
Enculé. J’aime bien être un peu vulgaire, ça m’amuse. Mais un juron, ça peut être affectueux aussi. Si on l’emploie hors contexte.


Décrivez le monde du cinéma d’un titre de film: «Les ripoux», «La zizanie» ou «La Dolce Vita»?
La Dolce Vita. Je n’aime pas subir ce que je fais, donc je préfère voir cet univers d’une façon légère. Je pense que le regard qu’on porte sur les choses a une influence sur elles. Cela dit, je ne m’empêche pas de penser que je pourrais changer de métier. Je suis assez curieux de nature et j’aime penser que je peux encore être surpris.


Votre premier fantasme féminin, ou masculin, c’était qui?
Je n’en suis pas hyper fier, mais mes premiers émois d’adolescent, c’était Julia Roberts pour la femme, et Johnny Depp pour l’homme. Comme tout le monde. Quand on est jeune, on aime les gens un peu lisses. Aujourd’hui, je suis attiré par les gens plus singuliers, plus marginaux. J’essaie moins d’être dans le rang.


Quand vous ne pouvez pas dormir, vous faites quoi?
Je peux passer mes nuits sur Internet. Je reste une heure à lire des journaux en ligne, puis deux heures sur Youtube à écouter des chansons au casque et à chanter, ensuite regarder des séries en streaming et passer une heure sur Facebook. La nuit, c’est un moment que j’aime bien. Tout est calme. On peut donc vraiment se laisser aller à perdre un peu son temps sans culpabilité.


Votre pire cauchemar?
Etre seul et ne plus trouver l’amour. Si j’arrivais à la fin de ma vie sans avoir personne autour de moi, ce serait un échec. J’ai vécu une relation qui a duré dix ans, mais depuis deux ans je suis célibataire. C’est peut-être pour ça que j’en parle...


Quel tableau aimeriez-vous avoir chez vous?
Je n’aime pas tellement l’art figuratif, alors une toile noire de Soulages. Parce que je suis désespéré, en ce moment. (Rires.)


Quel profil-type doit avoir une personne pour vous plaire?
En termes de profil, je suis perdu. Ces deux dernières années, j’en ai essayé plusieurs: discret, fort en gueule, lunaire ou sérieux... et ça ne décolle pas. Le problème vient sans doute de moi. Il va falloir que j’accepte de lâcher prise et de m’abandonner à nouveau avec quelqu’un. C’est hyper difficile. Cela dit, je pense que ce n’est pas la bonne démarche de chercher un profil type. Une rencontre, c’est beaucoup plus primaire que cela: un regard, une énergie, deux mots échangés et une complicité qui naît sans qu’il y ait aucune logique à cela. Et puis, avec le temps, on change. A 20 ans, j’aimais l’hystérie, le drame, les échanges passionnels. A 35 ans, j’ai envie d’une histoire plus posée, plus mature. J’imagine qu’à 50, j’attendrai encore autre chose d’une relation.


La manie dont vous avez honte?
Je suis souvent en retard. Je ne sais pas pourquoi, ça m’angoisse d’être à l’heure ou en avance. J’ai l’impression de ne pas utiliser mon temps entièrement. Il y a certainement aussi, dans le fait d’arriver en retard, une façon de défier l’autorité. Il faudrait que j’en parle avec un psy. Je crois que j’ai un problème avec l’autorité, de toute façon. C’est de famille.


Vous pouvez ne rien faire?
Oui. Je suis très glandeur. Je n’éprouve aucune culpabilité à rester trois heures devant la télé si j'en ai envie. Je n'ai pas besoin de rituel. Je n’aime pas les programmes. Je peux avoir des journées très denses où je cours partout et règle quatre problèmes administratifs en 1 heure, puis passer deux jours à rester sur mon lit à rêvasser et écouter de la musique.


La chanson qui vous fait pleurer?
Summertime. La version de Janis Joplin peut vraiment me faire pleurer. Mais aussi toutes les chansons de Portishead, en particulier The Rip – je la trouve très belle. J'aime les voix qui ont une certaine vibration, comme celles de Beth Gibbons (ndlr: la chanteuse de Portishead) ou Nina Simone. Le rapport émotionnel qu’on a avec la musique ne s’explique pas vraiment.


La dernière fois où vous avez été égoïste, c’était quand?
C’était au lit, avec ma dernière relation sexuelle. Je ne m’excuse pas d’avoir envie de quelque chose, mais en même temps, d’habitude, je peux y renoncer si je sens que ça fait plaisir à l’autre.


La bande-son de votre vie, c’est plutôt: «Faut rigoler», «Vieille canaille» ou «Je m’voyais déjà»?
Vieille canaille. Je hais Je m’voyais déjà. Cette image du comédien en quête de célébrité, c’est tout ce que je déteste. Je fais un travail qui est souvent très mal perçu et considéré comme facile. Or, il faut du cran pour se donner au regard des autres. Un acteur ne se montre pas pour briller mais pour exposer, au contraire, ses failles, parfois ce qu’il a de peu glorieux. Sinon, il n’est pas très intéressant.


La dernière fois que vous avez rougi, c’était quand?
Au Festival de Cannes, je pense. Je me souviens de 5 petites minutes échangées avec Jane Campion qui était présidente du jury. On a échangé trois mots et elle nous a invités à venir chez elle, dans sa maison en Nouvelle-Zélande. C’était juste magique. J’en ai rougi, mais d’émotion. Rougir de honte? Je déteste ressentir de la culpabilité. Je suis un peu comme ma mère, j’avance et je ne m’excuse pas de ce que je fais. C’est souvent un défaut, mais cela peut être aussi un avantage: cela vous rend libre.


Quand vous quitterez ce monde, vous aimeriez aller où?
J’aimerais être un esprit un peu farceur et m’amuser à faire peur aux gens. Je suis très taquin. J’adore jouer à «Tu préfères?». Un exemple: «Vous préférez vivre toute votre vie avec votre mère qui vous accompagne partout, quand vous dormez, quand vous allez aux toilettes, quand vous faites l’amour, ou vous préférez qu’elle meure demain?» La plupart des gens choisissent la deuxième option. Moi, j’ai répondu l’inverse!

«Party Girl», de Samuel Theis, Claire Burger et Marie Amachoukeli, dès le 27 août 2014 en salles. Avant-premières Femina le 26 août 2014 à Lausanne et Genève (cliquez pour gagner des invitations!)

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Dorothee Smith
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