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1. De l’art en gare

C’est une salle d’attente de première classe. Au propre comme au figuré. Nichée dans la gare CFF de Bienne, vieille de tout juste cent ans, elle est encadrée de vieux bancs de bois qu’on dirait tout droit sortis d’un chœur d’église et, surtout, de quatre grandes fresques signées du peintre Philippe Robert (1881-1930). La Ronde des heures, Les Ages de l’homme, Les Saisons et Le Temps-l’Eternité ont un siècle mais n’ont rien perdu de leur superbe. Elles témoignent aussi d’une époque: les années post Première Guerre mondiale, que les CFF voulurent faire oublier en donnant à leurs gares une beauté inégalée. D’où cette commande à l’artiste biennois qui défie les lois du temps.

2. L’Alaska n’attend pas

Les Américains qui passent le moins de temps dans la salle d’attente de leur médecin sont ceux qui vivent en Alaska. C’est la conclusion d’une vaste enquête menée en mars 2013 auprès de plus de 870 000 praticiens outre-Atlantique par le site Vitals.com. Selon cette étude, l’Etat le plus septentrional du pays fait figure de bon élève avec seulement 16 minutes et 28 secondes d’attente. A l’autre extrême, c’est dans le Mississippi qu’on poireaute le plus: 24 minutes et 25 secondes. Le site considère qu’un temps d’attente minimal est un critère comme un autre pour juger si un praticien vaut le détour. Vitals.com répertorie les médecins américains, avec cotation et commentaires des internautes. Oui, comme les hôtels.

3. Informer ou empocher?

Communiquer via la salle d’attente: la stratégie – commerciale, ne nous leurrons pas – est bien connue de l’industrie pharmaceutique. Un exemple concret? Le Gardasil®, vaccin contre le papillomavirus responsable du cancer du col de l’utérus. En 2010, une étude française a démontré le lien entre la présence d’une affiche et de dépliants vantant les mérites de ce produit et le nombre de personnes vaccinées. En effet, les généralistes ayant placé dans leur cabinet des informations sur le Gardasil® avaient réalisé entre 12% et 27% d’injections supplémentaires par rapport à leurs confrères qui n’en avaient pas.

4. Un poisson, ça calme énormément

Souvenez-vous: dans «Le Monde de Nemo», le petit poisson-clown se fait capturer pour être placé dans l’aquarium d’un arracheur de dents. Ce n’est pas que du cinéma. Aux Etats-Unis, un dentiste sur deux a un aquarium dans sa salle d’attente. Des études ont ainsi démontré que la présence de poissons rouges a un effet apaisant sur les patients: elle réduit le stress, fait baisser la pression artérielle et ralentit le rythme cardiaque. Résultat: des sociétés anglo-saxonnes proposent des aquariums en location. Après les plantes vertes, c’est au tour des poissons d’être mis en bail: on n’arrête plus le progrès.

5. 500 millions de dollars

C’est le coût économique annuel des heures passées à patienter dans les salles d’attente des hôpitaux et cliniques aux Etats-Unis. Un manque à gagner colossal pour la société, dont se faisait l’écho en 2012 le Baltimore Sun. Pour trouver ce montant, le calcul est simple: il suffit de multiplier un salaire horaire moyen de 2316 dollars avec une attente moyenne de 23 minutes par patient, puis de répéter l’opération sur les 61 millions de personnes actives qui consultent annuellement des établissements hospitaliers américains. Rien d’étonnant à ce que depuis quelques années, la presse outre-Atlantique rapporte régulièrement la grogne que suscitent les médecins qui débordent de leurs heures (lire également le numéro 13).

6. «C’est le temps passé dans les salles d’attente qui fait des malades des patients.» Claude Frisoni, écrivain luxembourgeois

7. Mytho rigolo

Antoine Berthier, la soixantaine, est assis dans la salle d’attente de son médecin. Il a deux heures à tuer avant qu’on ne lui donne les résultats de ses examens. Persuadé d’être condamné, il se repasse le film de sa vie. Une existence banale, n’était-ce la manie qu’Antoine trimballe depuis l’enfance: il ment. Sur tout. Tout le temps. Or, quand on s’invente tour à tour champion d’escrime ou auteur de polars, le terne quotidien prend très vite des couleurs… Ce roman, qui se déroule entièrement dans une salle d’attente – sauf pour les flash-back du héros – a tout juste 20 ans. Mais il n’a rien perdu de son ironie. Il est drôle, déroutant et surtout très juste. Et tout compte fait, un Antoine Berthier ne sommeille-t-il pas au fond de chacun de nous?
«Menteur», de Patrick Cauvin, Ed. Livre de Poche

8. L’amour, c’est chimique!

Vous trouvez qu’une salle d’attente ne sert qu’à y perdre son temps? Faux! Ce cadre a souvent été propice à des études scientifiques. Parmi les plus intéressantes, celle du professeur Michael Kirk Smith, de l’Université de Birmingham (Grande-Bretagne), est parvenue à démontrer que les phéromones, ces hormones odorantes permettant aux animaux de communiquer notamment en période de reproduction, existent aussi chez l’homme. Dans une salle d’attente, le chercheur a ainsi marqué une chaise avec de l’androsténol, une phéromone masculine. Puis il a demandé à des femmes d’entrer l’une après l’autre dans la pièce et de s’asseoir à la place de leur choix. Sur les 840 participantes au test, 810 se sont installées sur la chaise imprégnée ou sur les deux sièges contigus. Pour conclure l’expérience, 540 hommes ont pénétré dans la salle: tous ont évité la chaise dégageant une odeur de mâle et ses voisines. Edifiant.

9. Chez le pédiatre, les microbes font leur nid

Il vous est déjà arrivé d’emmener votre enfant chez le pédiatre pour soigner une infection et d’en repartir avec une autre? C’est parce que les jouets mis à disposition dans les salles d’attentes sont des nids à microbes. Selon une étude américaine publiée en 2010 dans le Pediatric Infectious Disease Journal, le picornavirus, responsable notamment du rhume et de certaines gastro-entérites, reste détectable sur 20% des jouets même après avoir nettoyé ceux-ci avec une lingette antiseptique. La solution? Ne pas laisser les petits malades tripoter ou suçoter ce qui traîne en salle d’attente. Et leur faire porter un masque qui limitera les risques de contagion… mais pas les regards soupçonneux des autres parents.

10. Des brochures en or

79% des patients estiment que les brochures diffusées en cabinet médical sont la source d’information la plus fiable. C’est la conclusion d’une enquête européenne réalisée en 2008 auprès de 20'000 personnes. Les sondés préfèrent les dépliants qui se trouve en salle d’attente à la télévision, aux sites internet de santé et à la presse.

11. Une Saint-Sylvestre qui rend chèvre

Non, il n’y a pas que les sans-abri qui squattent les salles d’attente des gares. Le 31 décembre dernier, les policiers de Pratteln, dans le canton de Bâle, ont été appelés à 4h30 du matin pour déloger de la station une fêtarde pour le moins étonnante: une chèvre. Pas bête, la globetrotteuse en herbe avait pris ses quartiers dans l’espace voyageurs, au chaud. Ramenée chez elle sous bonne escorte, elle a finalement passé le réveillon dans son enclos.

12. «Si l’enfer existe, c’est une salle d’attente avec des magazines de l’année passée.» Jean Dion, chroniqueur québécois

13. Qui tarde, paie

Pourquoi ne pas facturer à son médecin les heures perdues passées à patienter en salle d’attente? Aux Etats-Unis, l’idée fait son chemin. Les médias rapportent les cas de ces Américains pour qui le temps, c’est de l’argent, même chez le docteur. Ainsi, Elaine Farstad, une ingénieure de la Côte est, exige le remboursement du temps passé à poireauter au cabinet. «Si vous me faites perdre mon temps, vous achetez mon temps», déclarait-elle en 2011 à CNN. Et ça marche! Sur six docteurs mis au pied du mur, la moitié a accepté de payer la somme réclamée. Du coup, certains praticiens prennent l’initiative, à l’instar du Dr. Timothy Malia, de Fairport (Etat de New York): il verse 5 dollars à chaque patient dont le rendez-vous a été retardé de plus de 15 minutes. Quant à sa consœur Pamela Wible, qui exerce dans l’Oregon (Côte ouest), elle offre un savon fait main ou une bouteille de lotion à ses patients qui ont dû attendre plus de dix minutes. Exemple à suivre.

14. A Tanggula, gare à la vue!

Perdue au milieu des plaines, cette salle d’attente est la plus haute du monde. Située dans la gare de Tanggula, sur la ligne de train reliant la Chine au Tibet, elle culmine à pas moins de 5068 mètres au-dessus du niveau de la mer. Ses fenêtres offrent un panorama superbe avec, en toile de fond, les sommets enneigés les plus hauts de la planète. Pour les voyageurs qui trouveraient la vue à couper le souffle au sens propre comme au figuré, la salle d’attente est équipée de bouteilles d’oxygène.

15. Urgences pas si lentes

Moins de quatre heures: c’est le délai d’attente moyen aux urgences du CHUV. Excédés par la durée de prise en charge, environ 2% des patients préfèrent rentrer chez eux avant d’avoir été reçus par un médecin. Si ce laps de temps peut sembler long a priori, il reste très faible en comparaison avec, par exemple, le Québec où il n’est pas rare de devoir poireauter dix, douze ou quinze heures d’affilée, expliquait récemment à La Tribune de Genève le porte-parole du centre hospitalier vaudois.

16. «La gauche est une salle d’attente pour le fascisme.» Léo Ferré, chanteur anarchiste

17. Madrid, c’est la jungle

Dans un classement établi en 2009, le Daily Mail plaçait la station d’Atocha parmi les dix gares au monde où il fait bon poireauter. Et pour cause: cette salle d’attente, au centre-ville de Madrid, est une vaste halle qui abrite, sous ses verrières, un jardin tropical. Une oasis de 4000 mètres carrés où, même dans la fournaise estivale, il fait frais grâce à un système d’arrosage qui projette une fine brume sur cette drôle de jungle urbaine.

18. Psychanalyse publique

Saviez-vous que le décrié Jacques Lacan aimait laisser la porte de son bureau ouverte? Afin que les personnes en salle d’attente puissent entendre la consultation en cours. Ce spectacle devait, selon le psychanalyste français, servir à vaincre les résistances des patients. Cette définition très personnelle de l’intimité n’était que l’une des méthodes musclées de Lacan qui ne se gênait pas pour manger des sandwiches, compter ses liasses d’argent ou lire le journal pendant ses séances.

19. Appli smartphone pour impatients

En voilà une idée brillante. En mars dernier, nos voisins français ont lancé une appli smartphone permettant d’éviter de faire la queue chez son médecin. Baptisé Doc Zen, le logiciel prévient les patients si leur docteur n’est pas à l’heure. La consultation terminée, le praticien clique sur son agenda et le système met à jour automatiquement son planning. En cas de retard, les patients suivants sont avertis. Le service est payant pour les médecins: entre 9 et 49 euros. Mais éviter de se faire remonter les bretelles par des patients fou d’impatience, ça n’a pas de prix.

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