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Avez-vous déjà vu la mère du cycliste américain Lance Armstrong? Non? Et Kristin, son ex-femme? Pas plus. Mais vous avez dans l’œil la chanteuse de country Sheryl Crow, son ex-compagne? Une grande blonde, comme les deux autres, d’ailleurs. Car les trois femmes du vélocipédiste partagent une ressemblance physique hallucinante. Au point qu’on est en droit de se demander si l’ancien maillot jaune convaincu de dopage ne choisit pas ses partenaires en fonction d’un modèle originel: Linda, Mme Armstrong mère.

Des hommes qui convolent avec le portrait craché de leur maman, il y en a d’autres. Et des célèbres. Leonardo DiCaprio, par exemple, sur qui pèse le pouvoir omnipotent d’Irmelin, sa génitrice. Si cette dernière n’est pas forcément la doublure mannequin parfaite de son ex-bru Gisele Bündchen, les deux femmes affichent quand même des traits drôlement communs. A force de jouer au jeu des similitudes, on se prend à voir des clones partout. On trouverait même à Mirka Federer un air de famille avec Lynette, sa belle-mère.

Diable!, certains garçons épouseraient donc des femmes qui ressemblent à leur mère? Voilà qui fleure la légende urbaine. Dans le genre de celle prétendant que certains propriétaires de chien sont les jumeaux de leur bébête. Sauf que la fable n’en serait peut-être pas une. Freud n’a-t-il pas vérifié que les garçons tombaient amoureux de leur maman? La persistance de cette caractéristique à l’âge adulte serait juste une sorte de complexe d’Œdipe qui traînerait en longueur. Un problème au niveau de la rupture du cordon. Pas grave, a priori. «Ce n’est pas quelque chose de mauvais. C’est quand même ce qui nous construit dans nos choix amoureux en nous détachant de nos parents tout en nous permettant de conserver un lien imaginaire avec eux», pondère Pascal Roman, de l’Institut de psychologie de l’Université de Lausanne (UNIL). Pour le professeur de psychologie clinique, psychopathologie et psychanalyse, la ressemblance avec la mère revêt d’ailleurs d’autres formes que physique. «Elle peut aussi se trouver dans la manière d’envisager ses relations sociales ou son investissement dans la vie.»

Reste que, dans certains cas, ce lien persiste au point d’en devenir pathologique. «Ce qui peut mettre à mal une vie de couple, poursuit le spécialiste. Si votre épouse se rend compte que c’est votre mère que vous voyez à travers elle, la situation risque d’être explosive. De la même manière, si vous avez envers votre compagne des exigences, même inconscientes, pour qu’elle lui ressemble, ce sera très difficile.» D’autant que, selon le professeur Roman, «derrière cette «quête» inconsciente d’une figure ressemblant à la mère, c’est toute la dimension du lien incestueux qui apparaît. Si la similarité est trop forte, se pose alors la question de savoir comment le refoulement des désirs œdipiens s’est organisé.»

L’épreuve du visage

Encore faut-il démontrer cette attirance plus ou moins involontaire. Urszula M. Marcinkowska est docteur en biologie de l’Université de Turku en Finlande. En 2012, elle a réuni 70 adultes hétérosexuels âgés entre 18 et 66 ans provenant de plusieurs familles différentes. Dans chacune d’elles, la biologiste a pris en photo trois candidats: un homme ou une femme, son ou sa compagne et son père ou sa mère. L’idée? Vérifier si le physique du partenaire du candidat correspondait de près ou de loin à celui de ses parents. Mais en limitant la zone de comparaison au visage.

Mélangées avec d’autres portraits de parfaits inconnus, les photos des sujets pris sous toutes les coutures ont ensuite été étudiées par un panel de volontaires. Lesquels ont conclu que dans la plupart des cas, oui, il y avait bien comme un air de déjà-vu. «Ce résultat s’explique de plusieurs manières, avance Urszula M. Marcinkowska. Notre cerveau ayant imprimé le visage de nos parents depuis notre naissance, nous chercherions à retrouver un modèle identique chez l’être aimé. Selon une autre hypothèse, meilleure est la relation familiale, plus profonde serait cette «impression» mentale. Mais il faut rester prudent avec ce genre de conclusions.»

Sociologue, Laurence Bachmann abonde dans le sens de ces résultats. «En amour, on reste dans l’entre-soi. On croit que l’on choisit librement sa ou son partenaire, alors que des critères comme la couleur de la peau, le genre et le niveau social entrent en compte de manière inconsciente ou semi-inconsciente. Cela s’appelle l’homogamie», explique l’experte des Hautes Ecoles sociales de Genève et Lausanne. Avant de préciser: «L’approbation parentale est également capitale. La famille nucléaire d’après-guerre a réduit le cercle au père, à la mère et aux enfants. Sans le savoir, la personne dont on s’éprend va entrer dans ce cadre.» En clair, vous aurez plus de chances en présentant à vos parents un ou une soupirant(e) qui fait bien dans le tableau. Et si en plus il ou elle leur ressemble… Sur ce point, les deux sexes ne manifestent pas le même comportement. En effet, affirme Urszula M. Marcinkowska à propos de son étude, «il y a davantage d’hommes qui choisissent une femme ressemblant à leur mère que de femmes qui cherchent à retrouver leur père à travers le physique de leur époux.»

Le chien et le mollet

Le sexe dit fort serait donc le plus influençable? «Ce sont quand même des cas particuliers, il ne faut pas généraliser, intervient André Langaney, professeur d’anthropologie à l’Université de Genève. Moi qui ai fait ma crise d’adolescence à l’époque où l’on voyait Brigitte Bardot au cinéma, j’étais alors plus attiré par des blondes que par les petites brunes qui ressemblaient à ma mère!» Cela dit, il ne conteste pas que la chose existe. «Je l’ai même vue: j’avais un copain dont la première petite amie était le portrait craché de sa maman lorsqu’elle avait 20 ans. Il ne s’en est jamais aperçu et on ne lui disait surtout rien. Pour autant, cette relation n’a pas tenu longtemps. Car la fille ressemblait physiquement à sa belle-mère, mais son caractère et sa personnalité, par contre, étaient très différents.»

Si la préférence pour une partenaire «familière» n’est pas universelle, elle n’en reste pas moins une réalité pour certains hommes. Pourquoi ces derniers choisissent-ils de partager leur vie avec le sosie de leur génitrice? D’après André Langaney, pour en trouver la raison, il faut revenir aux fondamentaux de la biologie. Selon l’anthropologue, chez les mammifères, l’empreinte maternelle peut se confondre avec l’empreinte sexuelle. Et parfois de manière aberrante, «comme chez certains chiens élevés par des humains, et sans autres congénères, qui cherchent à s’accoupler avec votre mollet. Sauf que chez l’homme on est dans les domaines de l’intelligence et la culture. Si vous avez été éduqué dans le confort par une maman aimante, une fois adulte, vous allez peut-être chercher à reproduire cette situation. Ce qui explique que certains individus sont attirés par tout ce qui leur évoque leur mère. D’où la position ambiguë de certaines femmes, considérées à la fois comme objets maternel et sexuel. Mais sans briser le tabou de l’inceste…»

Partager son fils

Et la mère, dans cet étrange jeu de miroirs? Se reconnaît-elle dans le reflet que lui renvoie la compagne de son fils? Pascal Roman estime que la belle-maman prise pour modèle repère souvent très vite la ressemblance. Déjà parce que la belle-fille, cette rivale qui lui vole son enfant, est d’emblée passée au scanner. «A partir de là, tout dépend de sa construction psychique, répond le professeur de psychologie. Si elle est tranquille dans ses certitudes identitaires elle va pouvoir supporter de «partager» son fils. Mais si elle a traversé des événements difficiles, vécu des situations traumatiques, ou qu’elle fonctionne sur un mode dépressif, cela risque de lui être insupportable.»

«Ne pas s’apercevoir de cette ressemblance est plutôt bon signe»

Pascal Roman, Professeur de Psychologie clinique, psychopathologie et psychanalyse à L’Université de Lausanne

Tous les garçons cherchent-ils à retrouver leur mère à travers leurs partenaires?
Disons que notre choix amoureux est de toute façon mû par la relation avec notre mère. Et ce, que l’on soit porté vers des femmes ressemblant à celle qui nous a donné la vie ou, à l’inverse, vers ses opposées. Car, démontre Freud, tout repose sur la manière dont le conflit œdipien a été élaboré.

Pourquoi ne s’aperçoit-on jamais qu’une femme qu’on aime ressemble à notre mère?
Parce que, justement, le désir œdipien a été refoulé. Le propre du refoulement, c’est qu’il laisse des traces. Un certain nombre de représentations qui contribuent à notre fonctionnement psychique restent ainsi en arrière-plan. Ne pas s’apercevoir qu’une femme que l’on aime ressemble beaucoup à notre mère, c’est donc plutôt bon signe.

S’il vit une relation maternelle conflictuelle, l’homme cherchera-t-il une femme qui serait l’exact contraire de celle qui l’a élevé?
Il faut quand même préciser que cette histoire de ressemblance est inconsciente. Personne ne va organiser un casting pour trouver la conjointe qui va ressembler à sa mère… ou pas. Quand la relation maternelle est satisfaisante, cette similitude ne pose pas de problème particulier. Mais si ces rapports ont été conflictuels, il y a un risque pour que le choix amoureux cherche à jouer les «réparateurs». Avec une grande chance de voir ce projet voué à l’échec, car toute la dynamique négative de l’ancienne relation va s’infiltrer dans la nouvelle. Même si, à la base, le choix d’une femme différente visait à contrer le lien à la mère.

On parle moins de la fille qui, à travers son conjoint, voudrait retrouver son père…
C’est vrai que, socialement parlant, cette problématique apparaît moins sur le devant de la scène. Comme si le conflit qu’engendrent les relations du beau-père et du gendre était moins vif, moins aigu que celui qui oppose traditionnellement la belle-mère à sa belle-fille. Il y a une raison fondamentale à cela: dans leur rapport à leur mère, le garçon et la fille n’adoptent pas de positions symétriques. Pour les deux, la mère est la première relation nourricière, au sens propre comme au figuré. Mais chez le garçon, ce lien se transforme et se déplace sur une autre femme dans le cadre des choix amoureux. Cette évolution est renforcée par une identification du garçon à son père. Alors que la fille, elle, s’identifie à sa mère lorsqu’elle entame une relation avec un autre homme.

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En matière de femmes, Lance Armstrong semble avoir un seul et unique modèle: sa mère Linda. De Kristin Richards, son ex-femme, à Anne Hansen, son actuelle compagne (ci-dessus et ci-contre, en bleu ciel), en passant par la chanteuse Sheryl Crow, qui a partagé sa vie de 2004 à 2006, elles affichent toutes une ressemblance physique frappante avec Mme Armstrong mère (ci-contre, à droite du coureur cycliste).

© Leigh Vogel/WireImage
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Air de famille: mêmes yeux marron, cheveux bruns et rondeurs rassurantes: Lynette et Mirka Federer ont bien plus que leur amour pour Roger en commun.

© Keystone; Getty images
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Il préfère les blondes: pour plaire à Leonardo DiCaprio, il faut répondre à deux exigences: être mannequin et, surtout, blonde… comme la maman de l’acteur, Irmelin. Toni Garn, Erin Heatherton et Bar Refaeli (de g. à dr.) n’ont pas dérogé à cette règle.

© Gregg DeGuire/WireImage; Desiree Navarro/Getty

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