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C’est le rôle d’une vie. Et Pierre Niney n’a pas eu longtemps à attendre pour le décrocher. A 24 ans, l’acteur français ressuscite à l’écran Yves Saint Laurent. Un Saint Laurent plus vrai que nature qui a ému jusqu’à Pierre Bergé, ancien compagnon et ardent, voire virulent, défenseur du patrimoine du couturier. Il faut dire que dans «Yves Saint Laurent», biopic réalisé par Jalil Lespert (dès le 15 janvier 2014 sur les écrans romands), Pierre Niney incarne le regretté styliste avec respect et élégance. Lui qu’on décrit volontiers comme un prodige – il est, depuis trois ans, le plus jeune pensionnaire de la Comédie Française – fait honneur à sa (bonne) réputation. Interview.

FEMINA Que saviez-vous d’Yves Saint Laurent avant de recevoir le scénario?
PIERRE NINEY
Pas grand-chose. Je connaissais la marque, évidemment, et surtout la silhouette, les lunettes… une certaine idée de l’élégance et de la perfection. Mais je n’en savais pas beaucoup plus sur la vie personnelle de Saint Laurent, aussi ma préparation pour le rôle a vraiment été un travail de découverte. Ce qui n’était pas plus mal. En partant d’un terrain vierge, je n’avais pas d’idées reçues sur le personnage.

Après tous ces mois de travail, qu’est-ce qu’il vous en reste?
Matériellement, il me reste ses lunettes. C’est le seul objet que j’ai gardé du tournage. Je conserve rarement des souvenirs de mes films mais là, évidemment, c’était quelque chose d’un peu sacré. Ces lunettes sont symboliques. Elles ont été faites à ma taille, par le lunettier qui a fabriquait toutes les lunettes de Saint Laurent. Intellectuellement, je garde du film tout ce qu’il m’a appris sur le monde de la mode et de la haute-couture, mais aussi un coup de crayon. Durant les quatre mois de préparation au tournage, j’ai travaillé avec la dessinatrice qui a collaboré avec Saint Laurent durant les quinze dernières années de la vie du couturier. Jalil Lespert, le réalisateur, voulait que ce soit moi qu’on voit dessiner à l’écran. J’ai dû apprendre à respecter les proportions et à me rapprocher de la rapidité et la nervosité du trait de Saint Laurent.

Selon vous, qu’est-ce qu’Yves Saint Laurent avait que d’autres stylistes n’ont pas?
Je crois qu’il était extralucide. Il avait une lecture limpide et très accrue des gens, de la vie et de son époque. C’est quelque chose d’inexplicable, une qualité qui est donnée à très peu de gens.

Qu’avez-vous en commun avec lui?
Le goût d’exercer le métier qu’on aime et de savoir assez jeune que c’est la seule chose qu’on a envie de faire. Cette idée de savoir où on veut aller et de ne vivre que pour ça me touche beaucoup car c’est quelque chose que je connais, même si ce n’est pas à la même échelle que Saint Laurent. Il est le seul homme à avoir pris aussi jeune la tête d’un empire mondial de la mode.

Vous êtes entré à la Comédie française à 21 ans, l’âge où Saint Laurent a pris les rênes de la maison Dior. Quand on vous parle de votre précocité, cela vous flatte ou vous agace?
Le parallèle avec Saint Laurent commence à m’agacer. Contrairement à moi, lui est un cas historique. Je suis entré à 21 ans à la Comédie française alors qu’Isabelle Adjani y est entrée à 16 ans. Je ne suis qu’un pensionnaire – même si je suis le plus jeune actuellement – parmi soixante autres comédiens. Le parcours de Saint Laurent se situe à une toute autre échelle. Cela dit, je suis très fier d’avoir débuté jeune. La vie m’a donné cette chance de grandir dans une famille où on n’a jamais bridé ma créativité artistique, donc je me suis fait confiance assez tôt.

Diriez-vous que vous avez été gâté par la vie?
Oui. J’ai énormément de chance. On m’a fait confiance pour incarner un des plus grands couturiers du monde depuis qu’il avait 21 ans jusqu’à ses 46 ans. Qui plus est, pouvoir jouer un personnage très complexe, riche, dense, cela n’arrive pas tous les jours dans le cinéma français. Alors je serais culotté de dire que je ne suis pas chanceux! Jalil m’a proposé le scénario car il m’avait vu dans d’autres films ainsi que sur un shooting photo dans lequel je portais des lunettes de vue ressemblant à celles de Saint Laurent. J’avais fait ça pour rigoler, sans imaginer une seconde les conséquences de cet acte. Comme quoi, on ne sait jamais…

Saint Laurent ne vivait que pour ses moments de création, il en avait besoin pour se sentir exister. C’est pareil pour vous, lorsque vous jouez?
Oui, c’est comparable avec le métier d’acteur. Le moment où l’on donne la réplique à quelqu’un et où une énergie passe entre les deux partenaires, c’est quelque chose de magique et d’unique. Mais pour Saint Laurent, qui a été diagnostiqué maniaco-dépressif à 22 ans, créer était vital. Un des rares moments où il arrivait à être heureux, c’est quand il dessinait. Moi, je n’en suis pas encore là, même s’il faut jouer comme si on allait mourir. Quand j’attaque un rôle, je l’investis comme si ma vie en dépendait. La différence avec quelqu’un de fêlé, fragile et malade comme Saint Laurent, c’est justement que, moi, je fais «comme si».

Avez-vous ressenti une responsabilité différente à incarner une figure ayant réellement existé?
Evidemment, quand on interprète ce type de personnage, on n’a qu’un but en tête: s’en approcher le plus possible, dans le corps, dans la voix. Mais j’ai vite désacralisé le mythe pour ne pas être sclérosé par la peur. Pierre Bergé (Ndlr: ancien compagnon et gardien du patrimoine de Saint Laurent) a toujours eu l’intelligence de nous faire sentir qu’il était bienveillant. On n’a jamais redouté l’œil de l’amant qui n’aurait pas été content de ce qu’on racontait dans le film. Je crois que, depuis le début, il avait confiance en nous car Guillaume Galienne, qui joue Pierre Bergé dans le film, et moi, on vient du théâtre. Ca devait le rassurer car Saint Laurent et Bergé ont toujours été des amoureux de la scène. Je sais qu’il a été extrêmement ému par le film, donc j’en déduis que nous n’avons pas trahi l’histoire, même si on n’a fait l’impasse sur rien, ni les trahisons, ni la drogue, ni les manipulations. Mais cette zone obscure de la vie de Saint Laurent, c’est aussi ça qui fait la légende du couturier.

Pierre Bergé vous a-t-il dit s’il avait retrouvé «son» Yves Saint Laurent?
C’est un homme très cultivé et très intelligent, donc il n’a jamais dit de manière frontale que le mimétisme était bon, mais il m’a fait comprendre qu’il avait retrouvé dans le film le Saint Laurent qu’il connaissait.

Tibo & Anouchka© WY productions – SND – Cinéfrance 1888 – Herodiade - Umedia
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