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Hélène vient de se faire opérer d’une tumeur cancéreuse à l’abdomen. Elle ne se laisse pas aller, vous pensez bien, avec les moyens de la médecine actuelle! Mais elle n’imaginait pas souffrir autant après l’opération, ni rester si longtemps à l’hôpital. Et pour cause: quand son médecin avait dit qu’elle sortirait après cinq à douze jours d’hôpital, la malade avait surtout retenu le «cinq». Alors forcément elle est déçue. Une erreur de compréhension? Une mauvaise communication avec le docteur? Pas du tout. Le cerveau d’Hélène est juste fait comme celui d’environ huit humains sur dix.

Des recherches en cours, menées par Tali Sharot, directrice de l’Affective Brain Lab à l’University College London, démontrent que la plupart des gens sont en effet programmés pour voir le verre à moitié plein. La scientifique a demandé à des volontaires d’estimer la probabilité que des événements donnés se produisent le mois suivant. Comme, par exemple, rester bloqué dans la circulation, tomber malade, mais aussi faire une rencontre ou recevoir un cadeau. Le mois s’est écoulé et Tali Sharot les a rencontrés à nouveau. Il ressort de cette expérience, raconte le quotidien «Le Monde», que les sujets tendent systématiquement à surestimer la probabilité des événements positifs. C’est ce que la chercheuse a appelé «le biais d’optimisme».

Ne garder que le meilleur

Cette tendance à voir la vie en rose persiste même quand on confronte ces sentiments aux statistiques. A la question: «Selon vous, quel est le pourcentage de risque que vous développiez un cancer un jour?», les volontaires avancent un chiffre entre 10 et 50%. Mais prenant connaissance de la probabilité scientifique (environ 30%), ceux qui ont surestimé les risques de cancer à 50% revoient leurs prévisions et les ramènent à 35%. Alors que ceux qui ont minimisé ces dangers à 10% persistent… et ne les corrigent qu’à 11%.

L’optimisme se voit désormais dans le cerveau. Le magazine «In Vivo», du CHUV à Lausanne, a consacré un dossier à la science de l’optimisme dans lequel il explique que Tali Sharot a eu recours à l’imagerie par résonance magnétique (IRM) pour enquêter sur la perception de l’avenir. Accrochez-vous, si si, vous allez comprendre: quand le cerveau imagine une bonne nouvelle, l’amygdale (responsable des émotions) et le cortex cingulaire antérieur rostral (lié à la motivation) sont particulièrement actifs. Lorsqu’on dit à la personne imaginant avoir 50% de risque de contracter un cancer qu’en réalité elle n’en a que 30%, l’une des régions de son cerveau, le gyrus frontal inférieur gauche, répond intensément. A l’inverse, si le sujet apprend que le risque de cancer est plus élevé qu’il ne le pensait, c’est le gyrus frontal inférieur droit qui devrait réagir. Or, les études montrent que cette région-là, siège du traitement des mauvaises nouvelles, est plus paresseuse que celle qui est responsable de gérer les bonnes. Bref, on est programmé pour enregistrer davantage les informations qui nous plaisent. Vous avez compris? On en était sûr.

L’optimisme au millimètre

Au CHUV, le professeur Stephanie Clarke, qui dirige le Service de neuropsychologie et neuroréhabilitation, estime les études de Tali Sharot tout à fait crédibles, et précise qu’elles sont corroborées par d’autres recherches. Stephanie Clarke a elle-même constaté une localisation précise de l’optimisme chez ses patients: d’une manière générale, ceux qui ont souffert d’un accident vasculaire cérébral (AVC) dans la partie gauche du cerveau perdent plus facilement espoir, ayant tendance à retenir davantage les informations négatives sur leur vie future que ceux dont le lobe droit est atteint.

Si les personnes âgées sont plus sujettes au pessimisme, ce n’est pas parce que leur cerveau s’est modifié, mais plutôt parce que leur contexte quotidien s’y prête davantage quand elles sont seules ou qu’elles souffrent de voir disparaître leurs contemporains. Sous la dépression, le biais d’optimisme tend à disparaître. Le pessimisme naît aussi des trop grandes attentes que nous avons de l’existence. «La perception de la qualité de vie varie beaucoup d’une personne à l’autre, explique Stephanie Clarke. Elle dépend de l’adéquation entre les objectifs que l’on se fixe et les moyens que nous avons de les réaliser.» Les patients atteints de lésions cérébrales graves soignés dans son service sont suivis pendant deux ans après l’accident. Au début du traitement, l’équipe soignante réunit le patient et ses proches pour déterminer les objectifs à atteindre. Est-ce retravailler? Ou retourner à la maison? «Le patient doit prendre conscience de ce que chaque objectif implique. S’il habite un appartement où il faut franchir trois marches, il doit être capable de maîtriser cet obstacle pour pouvoir réaliser son but de vivre à nouveau seul.» Cette prise en compte de leur réalité permet aux patients de devenir plus optimistes quant à leur guérison.

C’est aussi dans la tête

Mais comment expliquer que nous soyons si nombreux à sombrer dans le pessimisme, si notre cerveau est programmé pour nous dicter le contraire? En réalité, la part innée de l’optimisme est minoritaire. On peut être prédisposé à voir le bon côté des choses mais virer assez vite au pessimisme. A l’inverse, les pessimistes de nature peuvent ne pas le rester. Le psychiatre français Alain Braconnier a fait de ce sujet son fonds de commerce: un an après «Optimiste» (paru aux Editions Odile Jacob) il publiera en février prochain un ouvrage sur la transmission de la «positive attitude» à ses enfants. L’auteur estime que la part génétique de l’optimisme ne dépasse pas 25%. Le reste dépendra de notre éducation, de notre expérience et de notre capacité à nous transformer.

Quand l’écrivaine genevoise Barbara Polla dit qu’on ne naît pas optimiste mais qu’on le devient à force de volonté, elle rejoint en grande partie Alain Braconnier. Les malades qui croient dur comme fer à leur guérison ont plus de chances que les autres de s’en sortir. Et l’histoire est peuplée de résistants qui ont changé le monde à force d’y croire: qu’on se souvienne de l’optimisme du mouvement Solidarnosc, des résistants hongrois ou tchèques, sans lesquels le mur de Berlin ne serait pas tombé. Roberto Benigni, lui, a incarné mieux que tout autre cette résistance politique et mentale dans son film «La vita e bella».

A l’échelle d’une entreprise, d’ailleurs, les leaders appelés à mener un groupe sont souvent des optimistes farouches, dont les autres ont besoin pour avancer: Grégoire Furrer, patron du Montreux Comedy Festival, estime que son «grand optimisme» lui a permis de surmonter les pires difficultés financières à la fin des années 90. Selon lui, son équipe est devenue dépendante de son état d’esprit et ses rares moments de déprime ne passent pas bien. Mais il juge essentiel de s’entourer d’esprits pragmatiques. «C’est de cette manière que j’évite de m’envoler comme une montgolfière! Ça m’énerve quand on me montre la réalité en face, mais c’est le guide de survie de l’optimiste.»

En quête de pouvoir

Les optimistes ont donc besoin des pragmatiques et vice versa. Reste que revendiquer son droit au pessimisme va à l’encontre de la tendance actuelle. Si la belle Tali Sharot squatte les conférences TED, si Alain Braconnier semble ne plus prendre sa respiration entre deux ouvrages, si les guides de pensée positive envahissent les vitrines, c’est que l’optimisme est devenu un diktat. Tu seras optimiste ou tu ne seras point!

On entretient l’illusion que nous sommes maître de notre destin. Au-dessus d’un jeu de société, chiche qu’il vous arrive de lancer doucement le dé pour obtenir un 1 et vigoureusement quand il s’agit de faire sortir le 6, comme si vous pouviez influencer le hasard. «Cette observation amusante montre que le sujet humain est au fond de lui convaincu de contrôler ce qu’il désire dans le but de réussir, commente Alain Braconnier. C’est la preuve qu’un «fond optimiste» existe implicitement en nous, qu’il permet depuis notre plus tendre enfance de ne pas nous sentir dominé par le monde, et d’en avoir une certaine maîtrise ou d’y exercer un certain pouvoir.» «Yes, we can», Mister President. Mais on ne peut pas tout, tout seul.

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