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Selon une étude des assurances Zurich publiée l’an dernier, près des deux-tiers des Suisses affirmaient vouloir fêter Noël avec leurs parents. Mais à une époque où tout se négocie, y compris les rôles de chacun au sein de la famille, il n’est pas toujours facile de savoir où se dérouleront les festivités. Alors chez qui fêtera-t-on Noël cette année? Chez soi? Chez maman? Chez belle-maman?

Car où que l’on festoie, une chose est sûre: Noël est avant tout une affaire de femmes et, de l’achat des cadeaux à l’organisation du repas, ce sont plutôt elles qui prennent les choses en main. «Les femmes occupent une place dominante dans tous les échanges familiaux», affirme ainsi Eric Widmer, professeur de sociologie à l’Université de Genève. Auteure de plusieurs ouvrages sur Noël, la sociologue française Martyne Perrot confirme. Elle qui a longuement feuilleté les archives de la presse féminine des cinquante dernières années a également observé que le diktat du «réveillon parfait» à destination des mères de famille n’a guère évolué.

Quant à savoir quelle génération de femmes joue le premier rôle, «il est difficile de dégager une tendance claire, relève Eric Widmer, il y a une vraie diversité des pratiques». A chaque famille sa réponse, donc, et autant de problématiques sur lesquelles les sociologues pourraient plancher. La lecture des forums de discussion permet, elle, de prendre la mesure de ce dilemme partagé par de nombreuses jeunes femmes: ménager les susceptibilités de leurs aînées, tout en faisant une place à leurs propres envies. Ou l’éternel débat sur les places respectives de chacune.

Un débat à haut risque

Les rituels étant moins figés qu’autrefois, de nombreux facteurs interviennent dans le choix du lieu où l’on fête Noël: distance géographique, moyens financiers, structure de la famille notamment. Mais ce choix n’est jamais anodin. «Noël permet de définir la famille qui compte, explique ainsi Eric Widmer, c’est d’ailleurs ce qui en fait un événement à haut risque.» Force est de constater que Noël renvoie aussi chacun à ses souvenirs d’enfance et qu’il conduit ainsi bon nombre d’individus, comme Sonia, à reprendre le chemin du foyer de leurs parents pour passer ce moment avec eux… aux bons soins de maman.

Est-ce à dire que les 30-40 ans sont en retrait dans l’organisation de Noël? «Il n’y a pas de désaffection de leur part», répond Martyne Perrot. De manière générale, Eric Widmer confirme que l’on n’observe pas de baisse sensible des solidarités familiales dans cette génération. «Les jeunes femmes ont en revanche souvent des parcours de vie plus complexes que ceux de leurs mères», ajoute-t-il. Davantage de divorces et de recompositions familiales, des activités professionnelles plus prenantes, tout ceci peut expliquer, au cas par cas, qu’elles ne sont pas toujours disponibles pour recevoir. «Mais elles collaborent volontiers de façon ponctuelle pour montrer qu’elles «font famille» symboliquement», précise Eric Widmer. Ce qui semble tout changer, au-delà de Noël, c’est que le passage de témoin entre les générations se décale dans le temps pour intervenir plus tardivement.

Des grands-mères très impliquées

Il faut dire que la génération des 60-70 ans – issue du baby-boom – ne s’est jamais aussi bien portée et vit ce qu’Eric Widmer décrit comme un «âge d’or». Le sociologue genevois souligne ainsi que son rôle de pivot au sein de la famille reste très affirmé et que l’aide entre les générations va de plus en plus longtemps des plus âgés vers les plus jeunes. «A Noël, les grands-parents donnent beaucoup plus qu’ils ne reçoivent, tant à leurs petits-enfants qu’à leurs enfants», confirme Martyne Perrot. Un appartement trop petit ou la peur de ne pas être à la hauteur peuvent aussi expliquer parfois que l’on continue de se faire chouchouter par maman pour le réveillon. Martyne Perrot souligne également le rôle essentiel des grands-mères lorsque leurs enfants sont divorcés. «Elles investissent fortement leurs relations avec les petits-enfants et cimentent d’autant plus les relations familiales», résume-t-elle.

Et si certaines jeunes femmes, à l’instar de Sylvie préfèrent désormais recevoir chez elles, leurs parents peuvent avoir du mal à ne pas s’impliquer. «Lorsque à force d’insister, ma mère accepte que nous fêtions Noël chez moi, elle propose d’apporter telle ou telle chose et finit par imposer le menu et par tout préparer, raconte aussi Emmanuelle. Elle n’arrive pas à comprendre qu’elle peut me faire confiance, à 35 ans, je suis une grande fille!» D’autres jeunes femmes osent quant à elle hausser le ton et, comme Marie, parviennent à casser les codes pour inventer leur propre façon de fêter Noël.

Difficile de passer le témoin

Mais il n’est pas toujours évident pour leurs aînées de lâcher l’affaire. «Certaines le vivent comme une compétition avec la génération plus jeune, quand d’autres sont ravies de passer la main», relève Eric Widmer. Organiser la fête conforte en effet leur place centrale dans la famille et c’est parfois à contrecœur qu’elles acceptent de passer le témoin à leur fille ou belle-fille. Il arrive aussi que, faute de relève, elles restent longtemps sur le devant de la scène. C’est le cas de la grand-mère d’Alexandre, aujourd’hui âgée de 98 ans. «Chaque samedi avant Noël, elle recevait notre immense tribu de près de cent personnes pour un goûter dans la maison familiale, raconte-t-il. Elle n’en a désormais plus la force et personne ne peut malheureusement la remplacer.» Pas facile en effet de succéder à certaines figures maternelles emblématiques qui excellent dans l’art de rassembler et qui, au-delà des petites et grandes crispations, savent nous rappeler d’où l’on vient.

Conseils pour «positiver» le réveillon

Les cadeaux au pied du sapin, les guirlandes qui scintillent, le repas pour quinze, on est au clair sur ça. Mais tous les ingrédients d’une fête réussie ne figurent pas au sommaire des guides du «réveillon parfait». Voici quatre commandements pour ajouter une pincée d’harmonie dans la sauce du chapon.

Savoir ce que l’on veut Il y a beaucoup de pressions au moment de Noël et les images d'Épinal correspondent rarement à la réalité. Alors à chacune sa fête: on fait fi des clichés pour prendre le temps de réfléchir à ce que l’on veut vraiment. Que l’on aime se faire dorloter par maman, que l’on refuse d’être conciliante avec sa belle-famille ou que l’on préfère inventer son propre rituel, il sera plus facile de communiquer ses attentes si l’on est au clair avec soi-même.

Assumer son choix Une fois la décision prise, on reste cohérente. Réveillon chez maman ou belle-maman? On les laisse faire à leur guise. Repas de famille chez soi? On explique clairement que l’on fera comme on l’entend. On ignore aussi l’éventuel chantage affectif, parce que l’on a parfois le droit de faire passer ses propres envies avant celles des autres. Mais on essaie de rester ouverte à la discussion. Après tout, Noël revient tous les ans et chacune, à tour de rôle, peut y trouver son compte.

S’impliquer avec mesure Inutile de nourrir l’ambition de satisfaire tout le monde, les attentes des uns ne sont pas toujours conciliables avec celles des autres. Hors de question aussi de s’épuiser à jouer les parfaites maîtresses de maison pour impressionner sa belle-famille, ni de revêtir le costume de la petite fille modèle pour faire plaisir à maman. A nouveau, on assume ce que l’on est prête à faire, ou pas…

Mettre ses frustrations de côté Si l’on n’a pas réussi à imposer son point de vue, on peut toutefois faire contre mauvaise fortune bon cœur. En gardant par exemple à l’esprit que Noël est une jolie occasion pour les enfants de passer de bons moments avec leurs grands-parents et leurs cousins. Se réjouir d’avoir contenté les autres, c’est déjà un bon début!

Stéphanie Cousin, www.stephaniecousin.com
1 / 2© DR
Stéphanie Cousin, www.stephaniecousin.com
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