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Qui n’a pas entendu, un jour ou l’autre autour d’une table, l’un des convives se récrier: «C’est délicieux mais non merci: en ce moment, je fais attention...» Longtemps, cette retenue ne pouvait venir que d’une femme. Mais les temps changent: désormais, les copains ont eux aussi des réflexes de copines! Ils se mettent même à fréquenter les réunions des Weight Watchers (WW) ou à suivreleur programme en ligne. En toute discrétion. «En Suisse, nous comptons actuellement environ 5% d’adhérents masculins, précise Sebastian Goessler, directeur des relations publiques de l’entreprise. Mais leur nombre augmente régulièrement.» Et de constater que «quand ils veulent perdre du poids, les hommes ont généralement le réflexe sport. Mais d’abord, il faut manger équilibré, c’est ça la clé! Maintenant, ils sont prêts à changer leurs habitudes alimentaires et ils aiment faire la cuisine. C’est vraiment la preuve que la société change.»

Au point que la multinationale américaine de la minceur, fondée en 1963 par une femme pour les femmes, cible désormais ce nouveau marché prometteur. Outre-Atlantique, des campagnes de publicité à destination des hommes ont démarré en 2007; elles arrivent en Europe. Slogan choc des stars du sport à la retraite engagées par Weight Watchers, comme le gardien de but allemand Oliver Kahn: «Loose like a man!». Soit: «Perds – du poids – comme un homme!»... même si la méthode WW, qui évite la plupart des écueils des régimes, est identique pour les deux sexes.

Une norme impitoyable

Que nos compagnons soient davantage attentifs à leur santé – souvent leur motivation première quand ils veulent se délester de kilos en trop – est en soi une bonne chose. D’autant plus qu’«en Suisse, il y a davantage d’hommes que de femmes souffrant d’un poids excessif, rappelle le professeur Alain Golay, spécialiste de l’obésité aux HUG. Et ils attendent souvent trop longtemps avant de consulter.» Reste que, comme les femmes depuis des décennies, ces messieurs aussi commencent à subir la pression de la société. Laquelle ne se contente pas de mettre en garde contre les dangers de l’obésité, mais prône un corps... parfait! C’est donc au tour des hommes d’encaisser le matraquage d’images représentant des corps masculins idéaux – Photoshop n’est pas sexiste – qui les renvoie aussi sec à leur réalité, généralement un peu voire trop enveloppée par rapport à cette «norme» impitoyable.

Gare au complexe d’Adonis!

«Le canon de la minceur s’impose maintenant aussi aux hommes», confirme la psychologue Roberta Antonini Philippe, maître d’enseignement et de recherche à l’Institut des sciences du sport de l’UNIL. Comme nombre de femmes, désormais certains succombent à la tentation des régimes miracles – et dangereux –, à celle de sauter des repas, de traquer l’aliment minceur (eh oui, il leur arrive aussi de se gaver exclusivement de bananes ou d’ananas!) ou d’avaler des gélules aux effets improbables. Conséquence: alors que l’anorexie était une pathologie exclusivement féminine, de très jeunes gens en sont désormais atteints. Encore rare, le phénomène semble néanmoins progresser.

Pour les hommes, toutefois, la véritable menace est ailleurs. Socialement, leurs kilos en trop continuent d’être mieux acceptés, mais «chez eux, ce qui est désormais valorisé, c’est la minceur musclée, nuance Thibaut de Saint Pol, sociologue français auteur du «Corps désirable. Hommes et femmes face à leur poids» (éditions PUF 2010). Si, chez la femme, le souci de l’apparence est lié à la quête de beauté, l’homme recherche encore la force.» D’où l’émergence, au sein d’une petite fraction de la population masculine, d’une traque obsessionnelle de la graisse qui va de pair avec un surinvestissement dans le sport et le muscle. «Il s’agit d’une préoccupation excessive autour du corps qui devient une véritable obsession, souligne Roberta Antonini Philippe. Elle a été identifiée outre-Atlantique aux débuts des années 2000 et baptisée complexe d’Adonis.» Adonis, l’homme dont la beauté irrésistible fit chavirer la déesse Vénus, dans la mythologie grecque…

Au XXIe siècle, les Adonis pathologiques squattent les salles de fitness ou pratiquent le sport avec une intensité telle qu’ils en négligent leur couple, leurs amitiés et leur travail. Souvent jusqu’au point de rupture. Contrairement aux bodybuilders, fiers de leur corps, «les hommes qui souffrent de cette distorsion de l’image de soi n’en sont jamais satisfaits», relève Roberta Antonini Philippe. Avec leurs biscoteaux, une étiquette XY incontestable, ils incarnent la virilité. Mais, loin de s’en réjouir, et comme beaucoup de femmes, ils sont en quête d’un corps inaccessible – celui de leurs 20 ans. Et contribuent ainsi à brouiller ce qui a longtemps constitué une frontière entre les deux sexes.

La force, nouvel idéal féminin?

Une autre démarcation traditionnelle est en train de s’effacer: celle du contrôle du poids et de l’attention portée à l’alimentation. «Nous sommes au début d’un changement fondamental, avertit Raphaël Liogier, philosophe et sociologue, professeur des universités à Sciences-Po Aix. Bientôt, la force ne sera plus le seul idéal des hommes, pas plus que la minceur celui des femmes.» L’auteur des «Evidences universelles» (éditions la Librairie de la Galerie, 2011), ouvrage où il pulvérise nombre de certitudes jusque là indiscutables, en est convaincu: «Penser que les femmes sont, par nature, moins fortes physiquement que les hommes est un préjugé.» Si cela a longtemps été le cas, c’est que, depuis l’époque lointaine de la société des chasseurs - cueilleurs, hommes et femmes n’étaient pas égaux en termes d’accès à la viande. «Donc, affirme Raphaël Liogier, pendant des millénaires, la masse osseuse et musculaire des femmes s'est moins développée. Avec une alimentation désormais tout aussi protéinée que les hommes, les choses vont progressivement se rééquilibrer.» Même s’il faudra quand même pas mal de temps pour compenser ce handicap initial...

Indéniable, cependant, est le constat que les hommes commencent à compter les calories tandis que les femmes se musclent davantage. D’abord parce qu’elles font plus de sport. Les salles de fitness se sont d’ailleurs adaptées: de plus en plus de garderies, par exemple, y accueillent les bambins. «L’exercice physique, c’est très sain. A la fois pour le corps et l’esprit, souligne Roberta Antonini Philippe. En plus, cela aide à perdre du poids. Mais attention: si on le pratique non pas par plaisir, mais uniquement à cause des calories, là, ça peut devenir problématique.» En effet, plus on développe sa masse musculaire, plus on brûle de calories et plus on maigrit. CQFD. Ce phénomène physiologique est d’ailleurs à l’origine du succès de l’aérobic dans les années 80. Davina et Véronique, ça vous rappelle quelque chose? Les deux toniques jeunes femmes ont fait transpirer les femmes de toute une génération devant leur télévision. Les Américaines avaient commencé quelques années plus tôt avec l’actrice Jane Fonda, pionnière du fitness. Quand on le regarde avec le recul, leur programme frappe néanmoins par son côté ludique et joyeux. Le pratiquer sur leur tube «Toutou youtou», c’était plutôt sympa. Comme, aujourd’hui, la zumba.

Aujourd’hui, les tendances en vogue ne se contentent plus de cette gym légère. La «Barbarella» de Jane Fonda et son côté «peace and love» s’effacent devant une «Lara Croft» beaucoup plus conquérante. C’est d’ailleurs en se préparant à incarner cette archéologue de choc qu’Angelina Jolie a découvert les arts martiaux – qu’elle pratique toujours. Une incursion dans un monde majoritairement masculin que les femmes investissent pour gagner de la force, des muscles et, comme toujours, pour perdre du poids. La mode des «boot camps», méthode de mise en forme inspirée de l’entraînement des recrues de la US Army et très prisée par celles qui veulent exterminer leur graisse, en est un autre exemple. Ou les déclarations quasi guerrières de Madonna expliquant pourquoi elle s’astreint à un entraînement physique aussi intensif.

Comme si hommes et femmes puisaient désormais sans complexe dans leurs habitudes culturelles réciproques. Et ce dans un but devenu unisexe: se modeler un corps qui leur plaise. Ou, plus précisément, qui corresponde aux normes contemporaines: mince mais pas trop, musclé mais pas trop. Un sacré défi! Et un vrai diktat, dès lors que «l’idée s’est imposée que chacun a le corps qu’il mérite, comme l’explique Thibaut de Saint Pol. Une responsabilité individuelle qui mène à la culpabilisation.» Et tant pis pour les nom breux autres facteurs qui influencent notre morphologie – ADN perso, métier, rythme imposé par la société, etc. Ces facteurs, pourtant déterminants, sont le plus souvent passés sous silence. Et le sociologue d’évoquer un nouveau corset, intérieur celui-là, qu’on s’imposerait désormais, qu’on soit homme ou femme... Reste à savoir le temps qu’il nous faudra pour nous en libérer!

«Un homme, ça se sent un peu seul face aux kilos en trop»

Le Vaudois Alain Gilliéron, 33 ans, laborant en chimie, prête son image à la campagne 2014 de Weight Watchers Suisse.

Depuis l’adolescence, j’avais toujours été un peu grassouillet. En 2009, ça a empiré. J’empilais les kilos, même si, à l’époque, je m’étais déjà mis à faire de la course à pied. A l’époque, j’entendais beaucoup parler autour de moi du régime Dukan. Tant de gens étaient enthousiastes que je me suis lancé. Au début, le résultat a été spectaculaire: j’ai perdu 25 kilos en sept mois. Mais c’était une lutte. Comme je courais aussi davantage, j’avais besoin de manger plus. Les kilos sont revenus et, côté jogging, je recommençais, j’arrêtais…

A l’été 2012, ça n’allait vraiment pas. Trois étages à pied et j’étais complètement essoufflé. A l’époque, je pesais 90 kilos pour 1 m 68! Une collègue m’a alerté: je ne pouvais pas continuer comme ça. Sur son conseil, je me suis retrouvé dans un groupe Weight Watchers (WW), un programme qui avait bien marché pour elle, comme moi ancienne Dukan. WW, ça m’évoquait un univers exclusivement féminin. Comment cela se passerait-il? J’avais un peu peur. Je n’aurais pas dû. J’ai été très bien accueilli par les coachs et les participantes, l’atmosphère était supersympa.

J’ai ensuite convaincu un copain, trop rond comme moi, de me rejoindre: on était un peu les chouchous du groupe. J’ai démarré en août 2013. En une semaine, j’ai perdu 3 kilos – eh oui, on perd plus vite que vous, mesdames! A la fin de l’année, et de mon programme, ma balance affichait 25 kilos de moins. Je m’étais remis à la course à pied et j’avais acquis de bons réflexes face à la nourriture. Surtout pour la quantité. J’ai arrêté de finir systématiquement ce qui reste dans la casserole, par exemple! Je pèse mes aliments pour savoir combien j’en consomme. J’équilibre davantage – j’ai toujours aimé les légumes, alors ce n’est pas un problème.

Aujourd’hui, j’ai repris 3 à 4 kilos, j’en suis à 69. Je vais peut-être refaire quelques séances, mais adieu la galère. J’en ai fini avec les tailles XL et je mange avec plaisir, sans me priver. L’année dernière, j’ai même relevé le défi de m’inscrire au concours WW de l’adhérent de l’année. Je suis arrivé en quart de finale. Pas mal, non? C’est en voyant les photos professionnelles réalisées à cette occasion que j’ai vraiment intégré le changement de mon corps. Je me suis dit «woah, génial!» Vous savez, nous, les hommes, on se sent un peu seuls quand on cherche des conseils pour perdre du poids. C’est encore assez tabou pour nous. Alors, si je peux démontrer que c’est possible sans faire n’importe quoi, ça me fait plaisir.

Ces stars qui dopent leur beauté

Soigner son image, c’est du boulot. Plus question de s’en remettre à la seule chirurgie esthétique: le corps, il faut le modeler, le sculpter soi-même. Au risque de virer addict à l’exercice physique.

Jane Fonda Saviez-vous que Jane Fonda a longtemps souffert de ne pas se trouver assez mince? Qu’elle a été boulimique pendant 23 ans? Pour s’en sortir, la sublime Barbarella s’est lancée dans l’exercice physique. Avec succès. De son expérience, à 45 ans, elle a fait un best-seller. Paru en 1982, «Ma Méthode» est conçu comme un cours d’aérobic. Son approche combine mouvements et conseils nutritionnels.

Victoria Beckham 5 kilomètres de jogging chaque matin, c’est déjà pas mal. Pour l’ancienne Spice Girl, cela ne suffit pas. «Je deviens carrément obsédée quand je me fixe un objectif» a-t-elle un jour déclaré. Alors, six jours sur sept, elle empoigne aussi des haltères, fait des exercices de Pilates, du cardio, du stretching et du yoga… Tout en surveillant son alimentation, évidemment. Et ses collections de mode, elle les dessine quand?

Sarah Jessica Parker La star de la série «Sex and the City», qui a fait du ballet dans sa jeunesse, s’est longtemps contentée de se déplacer à pied ou à vélo et de snober les ascenseurs. Il y a quelques années, l’actrice a pourtant déclaré «Maintenant que j’avance en âge, je dois faire plus pour moi». A 49 ans, elle serait même devenue une fanatique du fitness – jusqu’à deux heures par jour, dit-on. Elle soigne bien sûr aussi son alimentation. Résultat: «Carrie Bradshaw» arbore désormais des bras hypermusclés. Pour ne pas ployer sous le poids des sacs de shopping?

Madonna Fini le corps ultraféminin de ses débuts de diva de la pop. Désormais, entourée de ses coachs privés, Madonna, 56 ans, sculpte sa silhouette encore et encore. Son objectif: «Un corps comme une machine de combat, mais mince!». En plus de ses heures d’efforts quotidiennes, elle pratique l’équitation, mange macrobiotique et a fondé une chaîne de fitness. Slogan: «harder is better», «plus c’est difficile, mieux c’est»!

Pink L’Américaine Alessia Moore – Pink, quand elle tient un micro – est une chanteuse qui a toujours eu un physique sportif. Gymnaste dans son enfance, elle a renoué avec les réflexes de l’entraînement en 2011, après sa grossesse et 30 kilos de trop. Tapis roulant, haltères, cardio et yoga sont venus à bout du surpoids disgracieux. Depuis, elle travaille régulièrement son corps, davantage encore avant une tournée. Elle recourt notamment à un programme de «bootcamp» en vidéo. Avec, à 34 ans, une musculature de Wonder Woman.

Vanessa Paradis Aux Victoires de la musique, le mois dernier à Paris, la nouvelle coupe de cheveux de la chanteuse a fait le buzz. Ses épaules musclées aussi. Malgré ses séjours aux USA, Vanessa Paradis n’a pourtant jamais sacrifié à la religion du fitness. Mais elle assure privilégier la marche à pied pour se déplacer. Et faire, chaque jour, 45 minutes d’exercices physiques (yoga, Pilates), chez elle, à son rythme, grâce à des programmes vidéo. Le sport version soft a aussi du bon.

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