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«Et j’ai crié Aline!», «Michelle, ma belle», «elle a les yeux bleus, Belinda». La femme est une source d’inspiration éternelle du chanteur, particulièrement le rockeur. Et derrière ces mélodies célèbres, il existe une muse, un amour, une envie. «Roxanne», «Suzanne», «Angie», «Peggy Sue» ou «Lucille». Des chansons qui parlent «souvent d’amour, de sexe, mais il y a d’autres codes, comme une sonorité, très fréquente chez Gainsbourg, ou comme le prénom Maggie, mot en argot pour prostituée», souligne le Bruxellois Axel du Bus, auteur de «100 classiques rock et leur sens caché» (Ed. La Boîte de Pandore, 2013). Skypons-le.

Derrière le spécialiste, une bibliothèque laisse apparaître autant de vinyles que d’ouvrages sur le rock. «Je dois mon amour de la musique à ma grande sœur, grâce à qui je suis devenu fan des Beatles. Je sais tout sur eux, sauf qu’un jour je m’aperçois en fredonnant par cœur un air que je ne sais pas de quoi ça parle vraiment.» La question devient passion et Axel du Bus écume les dicos, les forums, les monographies pour saisir le sens de centaines de chansons.

Nous avons profité de sa curiosité insatiable pour le solliciter sur d’autres morceaux: ceux dont le titre est un prénom féminin. Et lui avons demandé de nous aider à les décoder. Les onze titres ci-après ont été choisis en fonction du succès et de l’histoire derrière la chanson. «Il y a en effet peu à dire sur «Michelle» des Beatles, qui n’est là que pour la rime», explique Axel du Bus. Quant à «Belinda» de Claude François, pas la peine de la chercher dans notre sélection: allergique à Cloclo, Axel avoue avec humour que la simple idée de faire une recherche à son sujet lui «donne des boutons».

«Chanson pour Nathalie» par Nino Ferrer, auteur: Nino Ferrer, 1976

Il y a eu la «Nathalie» de Gilbert Bécaud (qui devait s’appeler «Natacha»), et dix ans plus tard il y a celle de Nino Ferrer. Celle-ci n’a pas eu le même succès, mais elle est terriblement touchante. Nathalie était une fan du chanteur, décédée dans un accident de la route à l’âge de 19 ans. Ferrer lui rend hommage en la faisant vivre à jamais derrière une mélodie au piano et le bruit des vagues. On ne peut s’empêcher de l’associer à «La Rua Madureira», composée dix ans plus tôt, titre dans lequel une jeune Brésilienne rencontrée à Paris repart dans son pays. Et l’avion s’écrase. Un drame sur un air de bossa-nova.

«Roxanne» par The Police, auteur: Sting, 1978

Un cri lancé d’une voix rauque débute cette chanson devenue culte. Pour «Roxanne», Sting s’est inspiré d’une affiche de «Cyrano de Bergerac», vue à Paris. Le prénom de l’amour secret de Cyrano (avec un seul «n») devient le titre du single qui ouvre à The Police la voie de la célébrité (avec deux «n», «mais cela ne s’entend pas», précise avec humour Axel du Bus). Dans la chanson, un homme hurle son amour à une prostituée qu’il veut arracher au trottoir. Un amour impossible romancé et rock, repris avec excellence par Ewan McGregor en version tango dans le film «Moulin Rouge!» de Baz Luhrmann.

«Suzanne» par Leonard Cohen, auteur: Leonard Cohen, 1967

«Suzanne, c’est le chef-d’œuvre de Leonard Cohen», assène Axel du Bus. Une magnifique mélodie, son premier grand succès. Suzanne? Une Canadienne, amour platonique non dénué de sensualité, si l’on en croit ce qu’a déclaré un jour le chanteur à la voix incomparable à la BBC: «On buvait du thé… Alors, oui, j’ai touché son corps parfait, mais seulement dans ma tête. Parce qu’il était impossible de réclamer plus.» Car Suzanne Verdal était la femme d’un ami sculpteur de Cohen, Armand Vaillancourt. Avec un tel nom, ce dernier aurait aussi mérité une chanson.

«Angie» par The Rolling Stones, auteurs: Mick Jagger/Keith Richards, 1973

Angie pour Angela, la femme de David Bowie à l’époque où est sorti ce titre. Selon la légende, Mick Jagger en aurait été amoureux et les deux icônes du rock se la seraient même partagée lors d’une nuit peu… angélique. Mais Jagger a toujours nié cette aventure. Et une autre histoire, plus jolie, a supplanté celle-ci. Dans son autobiographie, «Life», Keith Richards, guitariste des Stones qui a en grande partie composé l’air d’«Angie», raconte qu’il se trouvait en 1972 entre la vie et la mort, en cure de désintoxication à Vevey, tandis que sa femme était sur le point d’accoucher loin de lui. Dans son lit, il commence à pouvoir bouger ses doigts, empoigne sa guitare et enchaîne les trois accords qui seront le début de la chanson. Un mot revient sans cesse, comme un mantra: Angie, Angie, Angie… Il ignore alors, dit-il, si son épouse est enceinte d’un garçon ou d’une fille. Et que l’enfant à naître se prénommera Angela.

«Gaby oh Gaby» par Alain Bashung, auteurs: Boris Bergman / Alain Bashung, 1980

«Gaby» fait partie de ces légendes: celles d’une chanson qui ne devait pas devenir un succès. Une face B, un titre récupéré, conçu quand on n’a plus rien à perdre. Alors en pleine galère, Bashung est à deux doigts de se faire virer de la maison Philips. Il propose à son parolier de cœur, Boris Bergman, de réécrire le refrain de «Max Amphibie», titre écarté de l’album «Roulette russe» et prévu pour la face B d’un single. «Max Amphibie» est une allusion à Max Amphou, éditeur du duo Bashung-Bergman: «Ce gros fumeur, amateur de whisky qui nous reprochait de fumer des joints, était un peu homophobe sans le vouloir. Il m’a inspiré ce personnage qui se balade sous l’eau», raconte Boris Bergman, cité par «Le Figaro». Sous la plume du parolier, Max se mue en Gaby – non pas une femme mais un travesti dont le prénom vient de l’argot «gaboune» (homosexuel). Le ton est donné. Lors de l’enregistrement, le chanteur s’absente un instant et demande à Bergman d’ajouter des phrases pour la fin. «J’ai décidé d’écrire des conneries pour le faire rire, se souvient ce dernier. Je m’attendais à ce qu’il bute sur: «A quoi ça sert la frite si t’as pas les moules…», mais il l’a chanté avec un sang-froid incroyable.» Seule une émission tardive sur RTL accepte de passer le titre, devenu une référence du rock français.

«Peggy Sue» par Buddy Holly, auteur: Buddy Holly, 1967

«Quand j’apprends quelque chose, j’estime que les gens devraient le savoir», sourit Axel du Bus après sa recherche. Cette chanson devait s’appeler «Cindy Lou», qui n’était personne. Mais Jerry Allison, le batteur de Buddy Holly, demande à ce dernier de la renommer en hommage à sa compagne Peggy Sue. Holly accepte. Allison épousera sa dulcinée, inspirant un autre titre au chanteur: «Peggy Sue Got Married». A son tour, ce morceau inspirera un film éponyme à Francis Ford Coppola en 1986. Las, Buddy Holly ne verra jamais «Peggy Sue Got Married» dans les bacs: il meurt en 1959 dans un crash aérien. Le disque sort cinq mois plus tard.

«Aline» par Christophe, auteur: Christophe, 1965

Christophe a tendance à dire que s’il ne fallait retenir qu’une chanson de sa carrière, ce serait celle-ci. Aline Natanovitch était assistante dentaire et, le soir, travaillait au vestiaire de l’Orphéon, club où le jeune Christophe logeait et se produisait. Séduit, il lui dédie un titre, composé en moins d’une heure. Sorti en été, «Aline» devient un tube, mais vaut au chanteur un procès pour plagiat – qu’il perd en 1967. A la fin des années 70, il fait appel du jugement, gagne et ressort son disque en 1979. Un carton, et pas que chez les disquaires: en 1966 et 1980, le prénom Aline atteint ses pics de popularité en France. C’est dire le succès incontestable de ce morceau et son impact sur l’imaginaire collectif.

«Billie Jean» par Michael Jackson, auteur: Michael Jackson, 1980

Ici, c’est assez clair. Michael Jackson raconte comment une groupie l’a harcelé. Billie Jean est un nom générique pour une jeune femme qui poursuit la star de ses assiduités, lui assurant qu’elle est enceinte de jumeaux, lui envoyant des lettres, et même un jour un pistolet avec une note lui demandant de se tuer un jour précis. La famille Jackson apprendra bien plus tard, sans surprise, que ladite fan avait fini en asile psychiatrique. De son côté, Quincy Jones, producteur du disque, incita Michael à changer le titre de sa chanson pour qu’il n’y ait pas confusion avec Billie Jean King, une championne de tennis. En vain.

«Goodbye Marylou» par Michel Polnareff, auteurs: Jean-René Mariani/Michel Polnareff, 1989

Marylou n’existe pas. Marylou, c’est un ersatz de présence à travers un écran. On pourrait croire Polnareff visionnaire à chanter le sexe virtuel à la fin des années 80, au début du Minitel. Il est surtout isolé, acculé et commence à devenir aveugle. A cette époque, le chanteur tente son come-back en France, d’où il s’était exilé pour les Etats-Unis en 1973, escroqué par son homme de confiance et incapable de verser les millions que le fisc lui réclamait. A son retour dans l’Hexagone, en 1984, il vit seul, traîne en survêt dans le village de Fontenay-Trésigny, non loin de Paris, et compose «Goodbye Marylou» qui suinte la solitude et les rencontres impersonnelles.

«Lucille» par Little Richard, auteurs: Richard Wayne Penniman/Albert Collins, 1957

En 1955, Little Richard, de son vrai nom Richard Wayne Penniman, commence à connaître un petit succès avec la chanson «Directly from my Heart». Mais un hit lui manque toujours. Alors il lui vient une idée: s’il prenait ce titre, l’accélérait et lui donnait le nom d’une fille? Lucille était née. Pourquoi ce prénom? D’aucuns ont supposé qu’il s’agit d’une allusion à un transformiste que Little Richard fréquentait, mais le chanteur américain ne s’est jamais expliqué sur l’identité de Lucille. Se contentant de dire que le rythme de ce morceau avait été calqué sur le bruit de la voie de chemin de fer juste à côté de chez lui. Côté rythme, Lucille est en effet un prénom qui claque.

«Jacqueline» par Franz Ferdinand, auteurs: Alex Kapranos/Nick McCarthy, 2004

La première chanson du premier album du groupe rock écossais fait allusion à une très jeune fille que son leader charismatique, Alex Kaprano, fréquentait à Glasgow. Jacqueline travaille dans une librairie spécialisée en poésie et raconte à son ami chanteur sa rencontre avec un homme de 80 ans, Ivor Cutler. Pour elle, cette relation est platonique; pour Ivor, un peu moins. Il veut plus, lui disant qu’il la voit avec les yeux d’un jeune homme… Ivor Cutler est très connu en Ecosse, puisqu’il fut le conducteur du fameux «Magical Mystery Bus» des Beatles et participa à la carrière musicale de Soft Machine. Il décédera deux ans après la sortie de «Jacqueline», en 2006.

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