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Femme et festival ont beau commencer par les mêmes lettres, il est rare de les avoir simultanément dans notre champ de vision. Car sitôt arrivé l’été et son joyeux cortège de manifestations, ce sont des messieurs, éminents certes, talentueux soit, charismatiques bien sûr, mais encore et toujours des messieurs, qui défilent alors dans les médias au moment de promouvoir leur prestigieux bébé. Claude Nobs pour le Montreux Jazz, Daniel Rossellat pour le Paléo, Marco Solari à Lugano… Recensement non exhaustif. On en viendrait presque à penser que le job de festivalier en chef est un costume décidément taillé sur mesure pour les hommes. Presque, car dans ce paysage helvétique soudain branché sur amplis et parsemé d’écrans, le site romain d’Avenches fait figure d’irréductible village gaulois.

Mélodie en coulisse

Derrière les décibels de Rock’Oz Arènes, il y a en effet une femme, la directrice Charlotte Carrel, personnalité difficile à louper dès lors qu’on s’intéresse un tant soit peu à la vie culturelle en Suisse. L’exception qui confirme la règle? Loin de là, puisque à y regarder de plus près, la plupart des festivals ont leur part de féminin, des doigts de fée au service de la création et qu’on ne voit jamais sous les projecteurs. Parce que leur poste, essentiel mais discret, les voue à l’anonymat des coulisses. Ou encore parce que l’art mis en avant par l’événement passe pour un cénacle confidentiel. Comme, au hasard, la musique classique…

Niché dans les hauteurs du Valais, le festival de Verbier peut ainsi s’enorgueillir d’avoir une dame à son sommet en la personne de Kim Gaynor, directrice administrative. «Je suis responsable de tout sauf des choix artistiques», résume-t-elle sous l’œil bienveillant de son chien Danilo, mascotte du staff. Une mission imperméable aux ruminations musicologiques, même si cette mélomane en connaît un rayon sur les pianos. Lorsqu’on doit acheminer une trentaine de Steinway de concert dans une station des Alpes, grues à l’appui, on n’a pas le choix. Ce qui peut d’ailleurs passer pour un échauffement à côté des 14 000 nuitées et des 3500 repas que la directrice est chargée de réserver. Ah oui, songer aussi à procurer toutes les informations aux musiciens: horaires, transports… Et sinon, paniquer? Option non envisageable. «C’est une période où tout le travail se retrouve condensé en quelques semaines. Il faut faire preuve d’une haute résistance au stress. Sans oublier de garder la tête froide.»

Une somme de qualités qu’on imagine également chez Anaïs Emery, la directrice artistique du Festival international du film fantastique de Neuchâtel. Elle, contrairement à Kim Gaynor, s’occupe de tout ce qui touche à la création. C’est-à-dire des films, des acteurs, des pellicules et accessoirement beaucoup de cinéma. C’est qu’une sélection, ça se supervise, et qu’un programme, ça se définit. Et il n’y a pas que des paillettes dans l’histoire. Il y a aussi la poussière des archives. Par bonheur, notre directrice s’y exilerait bien si elle pouvait: «J’adore retrouver de vieilles copies lorsqu’on prépare les rétrospectives, il y a quelque chose d’émouvant à > réanimer des œuvres endormies.»

Quand elles ne triomphent pas sur les cimes, les femmes occupent néanmoins des fonctions cardinales au sein des organisations. C’est notamment le cas de Stéphanie-Aloysia Moretti au Montreux Jazz. Son credo: rien de commercial, que du culturel pur sucre. Outre la mise en place des workshops durant lesquels des artistes hors scène s’improvisent pédagogues, elle monte des rencontres inédites entre musiciens des cinq continents, parfois issus de pays conflictuels. De l’art, juste de l’art, lavé des scories politiques. Même si d’autres combats restent inévitables, comme celui consistant à trouver des financements… A l’origine de cette implication, une sincérité qui convainc. «Je savais que je voulais travailler dans le domaine culturel, raconte-t-elle, mais seulement pour des gens réellement passionnés. En Suisse romande, cela faisait quatre personnes potentielles. Et ce fut Claude Nobs!»

Tant de cartes à jouer

D’ailleurs, des figures féminines au cœur des festivals, on ne pourrait en faire l’économie. Pour la cheffe de projet, leur implication est tout simplement vitale dès lors qu’on entend rendre les manifestations universelles. «Notre société est composée de 50% de femmes, si l’émotionnel et le relationnel sont gérés par le masculin, l’autre moitié risque de ne pas s’y reconnaître.» Il paraîtrait même qu’elles disposent d’un petit plus pouvant faire la différence dans le monde de la culture, dixit Kim Gaynor: «Les femmes ont le talent de trouver des valeurs dans des activités pas forcément destinées à faire de l’argent.» Avant le déchaînement des baffles qui s’annonce, «à bon entendeur» ne serait-elle pas l’expression consacrée?

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