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Les femmes d’Haïti 2 ans après le séisme

Il nous livre une série de ses images, témoignages de la réalité des femmes haïtiennes. Les équipes de l’ONG, présentes depuis 1996 dans le pays, restent en effet mobilisées auprès de la population et continuent de porter une attention particulière aux femmes enceintes et aux enfants de moins de 5 ans. Les cas de malnutrition bénéficient ainsi d’un soutien spécifique dans la zone goâvienne, à l’ouest de la capitale Port-au-Prince.

«Les femmes ont un rôle majeur en Haïti»

Photographe et globe-trotter, Pierre-William Henry est originaire et vit à Cortaillod (NE). Après l’obtention d’un CFC de photographe en 1967, il entame sa carrière en tant que photographe de presse, métier qu’il exercera durant quelques années. Indépendant et actif depuis dans la photo publicitaire et industrielle, il dédie une partie de son temps libre à sa passion pour la représentation photographique des peuples et son engagement auprès d’associations humanitaires. A ce titre, il réalise depuis des années des reportages photographiques pour Médecins du Monde Suisse (MdM) dans les différents pays où l’ONG intervient. Il revient pour nous sur son troisième voyage en Haïti.

FEMINA D’où vous vient cette vocation pour l’engagement l’humanitaire?
PIERRE-WILLIAM HENRY Amené à voyager dans ma vie et pour mon métier, je me suis rapproché des gens et des peuples. Ainsi, lorsque Nago Humbert, président de Médecins du Monde Suisse, m’a proposé de l’accompagner sur le terrain pour réaliser un reportage photographique, je n’ai pas hésité un instant. C’était il y a quinze ans. Les photos que je fournis bénévolement à une ONG sont ma manière de contribuer à un monde plus juste. Ma manière de m’engager. Et les ONG ont besoin de photographies pour témoigner.

Parmi les différents terrains que vous connaissez, que vous inspire Haïti?
Haïti est un pays extrêmement troublant et les gens sont très attachants. C’est la troisième fois que j’ai l’occasion de m’y rendre. Quand je vais dans les villages où est actif MdM, les gens me reconnaissent parfois. Par mes photos, je sens que j’apporte une reconnaissance. Les photos contribuent à mettre les personnes en valeur. Je sais que ce n’est rien comparé à l’aide concrète, mais j’ai l’illusion que cela compte.

Vous vous étiez rendu en Haïti avant le séisme de 2010. Deux ans après cette catastrophe, quelles impressions conservez-vous?
Honnêtement, je ne crois pas que les choses aient beaucoup évolué depuis le séisme. La situation n’a pas fondamentalement changé. Le séisme n’a pas eu l’effet «escompté», dans le sens où l’argent injecté dans la reconstruction n’a pas produit le changement dont avait besoin la population haïtienne. Haïti reste extrêmement dépendant de l’aide internationale. Cela induit une certaine fatalité dans la population. Il manque l’envie de rebondir. La société haïtienne semble parfois démotivée.

Vous avez eu l’occasion de suivre les activités de MdM Suisse en Haïti. Pouvez-vous nous raconter cette expérience?
Pour un photographe, c’est exceptionnel de pouvoir être «embarqué» dans un projet humanitaire. On vit au rythme du programme. Durant deux semaines, j’ai partagé le quotidien des équipes de MdM, composées à 95% de personnel local, dont une majorité de femmes en ce qui concerne le personnel soignant. Les longs trajets en 4x4 et à pied, pour atteindre certaines communautés vivant dans des zones très reculées, permettent de comprendre la motivation de ces personnes. C’est une occasion de se retrouver au cœur de cet engagement.

Le programme de MdM en Haïti a pour bénéficiaires essentiellement des femmes et leurs enfants. Que représente la femme dans cette situation de détresse permanente?
Les femmes souffrent particulièrement de cette situation de pauvreté, notamment parce qu’elles doivent assumer l’ensemble des tâches domestiques et beaucoup de responsabilités. En matière de santé, j’ai pu observer que les femmes sont très réceptives dans les activités de sensibilisation, par exemple en termes de planning familial, de nutrition ou de VIH. Malheureusement, dans une société très machiste et pieuse comme la société haïtienne, les efforts des femmes sont souvent balayés par l’attitude des hommes et de la religion. Comme dans toutes les sociétés, les femmes ont un rôle majeur en Haïti.

Justement, en même temps, les femmes peuvent apporter l’énergie du changement dont a besoin le pays?
D’une manière générale, les femmes que j’ai pu rencontrer étaient extrêmement positives. Il y a une énergie incroyable dans les «clubs de mères» qu’organise MdM Suisse dans les communautés. On sent qu’elles ont envie de se prendre en main. On espère tous que cela puisse déboucher sur un vrai mouvement de femmes, comme il en existe dans d’autres parties du monde. C’est l’incarnation du féminisme à l’haïtienne et c’est cette énergie que j’ai souhaité transmettre dans mes photos. Le regard de ces femmes ne trompe pas sur leur force et détermination.

Faire un don

  • Si vous voulez soutenir les activités de Médecins du Monde en Haïti, vous pouvez faire un don au: CCP 12-16220-6.
  • Et pour plus d’informations sur l’ONG et ses activités, rendez-vous sur www.medecinsdumonde.ch
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