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Elle a l’air d’un roseau, mais c’est un chêne. Sous ses airs fragiles, Tristane Banon cache un sacré caractère. Elevée sans père par une mère, Anne Mansouret, qu’elle qualifie elle-même de toxique, elle a survécu. Critiquée, soupçonnée, traitée de folle quand elle a accusé Dominique Strauss Kahn, assigné à résidence à New York pour le viol présumé d’une femme de ménage de l’hôtel dans lequel il résidait, elle a tenu bon. C’est à l’heure pile que la jeune femme arrive à notre rendez-vous chez son éditeur, dans les beaux quartiers d’un Paris recouvert de neige. Souriante, un brin méfiante, elle entame la conversation en ôtant les couches de vêtements rendues obligatoires par le froid qui règne sur la capitale. On guette l’os saillant, alertée par ceux qui la décrivent comme une mythomane anorexique. Sans succès. Cette jolie blonde n’affiche que la minceur des filles de son âge. Légère, la jeune femme de 33 ans l’est sans doute de corps. D’esprit, c’est autre chose…

FEMINA: Après ces derniers mois plus qu’agités, on a juste envie de vous demander comment vous allez…

TRISTANE BANON: C’est un peu compliqué. Ça va vous paraître bizarre, mais c’est comme pour les soldats, tant qu’on est dans la lutte, on y va, on fonce sans se poser de questions. Maintenant, je suis dans une phase où je fais le bilan de tout ce que j’y ai laissé. Dans mon boulot, j’ai perdu des amis, une certaine forme d’anonymat qui me convenait assez bien. J’ai perdu la liberté de faire des choses sans être reconnue. J’ai aussi dit adieu en une forme de confiance en l’avenir.

F: Tout ça a l’air bien difficile à vivre… Y a-t-il des avantages à avoir tenu bon comme vous l’avez fait?

TB: (Elle rit) L’avantage c’est que je me suis mise au sport. Quand j’allais au bois (Ndlr. : de Boulogne) faire courir mon chien Flaubert, je me contentais de la regarder. Maintenant, je cours avec lui, ça me libère de toute cette pression. Je suis devenue accro alors que j’ai toujours très étrangère au sport.

F: Votre mère Anne Mansouret est devenue l’une des actrices de votre affaire avec Dominique Strauss Kahn et on a pu constater vos rapports compliqués. Ce livre* traite des rapports mères-filles. Quand on le lit, on ne peut s’empêcher de vous chercher…

TB: J’ai autrefois écrit des livres totalement autobiographiques. Mais là, ça n’est pas de l’autofiction. Enfin, c’est un peu moi bien sûr. Mais pas que. Alice, l’héroïne du livre se pose des questions qui ne sont pas les miennes. J’ai mis de moi. J’ai des problèmes avec ma mère, on a pu le lire ici et là dans la presse. Et c’est parce que j’ai ses problèmes que des femmes ont voulu me raconter les leurs.

F: Alors quels sont les points communs que vous vous êtes trouvés avec toutes ces autres filles de mère toxique?

TB: Une attirance-répulsion permanente. Comme une femme battue qui ne peut se passer de son bourreau. On a beau te dire de couper les ponts, tu ne peux pas.

F: Et elle, elle ne s’est pas reconnue dans le personnage de Maud, la mère?

TB: On communique pas mal par réseaux sociaux Quand elle a vu l’annonce du livre sur mon Facebook () elle a dit: «Je vais m’en prendre plein la gueule.» Je lui ai lu le premier chapitre, elle n’a pas eu l’air plus perturbé que ça. Elle a quand même conscience que les gens vont aller la chercher. Personne ne me croit quand je dis que ça n’est pas elle, mais j’ai l’habitude qu’on ne me croit pas…

F: Elle n’a même pas tiqué un peu quand vous faites mourir Maud?

TB: J’aime beaucoup l’humour caustique voire carrément noir. Un de mes précédents livres qui, pour le coup parlait vraiment d’elle, s’appelait «J’ai oublié de la tuer». Certains m’ont dit que dans ce livre, je m’en étais souvenue (Elle rit)… Là encore, c’est un roman. Je ne pense pas que cela va lui porter malheur à elle si je «tue» un de mes personnages. Et puis, j’ai un rapport très décomplexé avec la mort. Je ne vais pas aux enterrements de gens que je n’ai pas aimés juste pour les convenances. Quelqu’un qui a été toxique toute sa vie le reste.

F: Est-ce à dire que vous êtes rancunières, que vous ne pardonnez rien?

TB: Non, je pardonne assez facilement, mais il faut qu’on me le demande ce pardon. J’ai été élevée dans la religion chrétienne, dans l’idée que l’on peut tout pardonner.

F: Vous pardonnez donc à Dominique Strauss Kahn?

TB: Non, car il ne m’a jamais demandé pardon.

F: Votre mère, qui vous d’abord conseiller de ne pas raconter votre agression a fini par vous soutenir, racontant même sa propre aventure avec lui, accréditant sa brutalité… Une façon aussi de vous demander pardon non?

TB: Non. Elle a parlé à la presse, à la télévision. Moi, elle ne m’a jamais exprimé ses regrets-là.

F: Le personnage d’Alice s’avoue «seule et ultranévrosée», des termes que l’on a parfois lus à votre sujet, au sujet de l’affaire. Un peu de provoc de votre part?

TB: Ah oui, on m’a affublée de toutes les maladies mentales. Que j’étais folle, suicidaire, anorexique, boulimique, déséquilibrée. Mais je vais très bien, merci. Même si j’ai des névroses, comme à peu près tout le monde. Quant à suicidaire, même dans les pires moments, je n’y ai jamais songé. Je suis bien trop pessimiste pour me suicider, car j’ai toujours tendance à penser que demain peut être pire,

F: Récemment, vous avez eu un échange plutôt musclé via médias interposés avec le chroniqueur Nicolas Bedos qui, à peu de chose près vous traitait de mythomane et d’anorexique. Vous avez des problèmes avec tous les hommes?

TB: Cette lettre, j’ai hésité à l’écrire en me disant que ça allait encore accréditer cette idée que j’avais des problèmes avec les hommes. Mais il aurait été une femme, cela aurait été pareil. Les humoristes ne m’épargnent pas. Quand les Guignols appellent ma marionnette «Tristoune Banon» ou quand Gaspard Proust dit que sa mère est une Tristane Banon qui saurait écrire, ils sont dans leur rôle. Nicolas Bedos insinue que je suis une mythomane, que je suis anorexique, c’est juste faux.

F. Cela vous pose problème lorsqu’on vous attaque sur le physique?

TB: Je suis comme toutes les femmes, ça ne fait jamais plaisir. Si on commence à attaquer le physique, je trouve ça très méprisant. C’est une vraie maladie mentale. On dit à quelqu’un qu’il ressemble à une anorexique, mais est-ce que ça viendrait à l’esprit de quelqu’un de dire à une personne qui a mauvaise mine qu’elle a une tronche de sidéen?

F: Dans votre livre, Alice déclare ne pas être faite pour la maternité. Etre mère, cela vous effraie?

TB: Alors là, je n’ai pas du tout de craintes. J’aime les enfants. J’ai la prétention de dire que je saurais tout à fait gérer le petit bambin. Comme je ne crois pas au déterminisme, ça n’est pas parce que j’ai des rapports compliqués avec ma mère, que j’en aurais avec mon enfant. Ce qui m’inquiète un peu c’est qu’à 33 ans, je n’en ressens pas du tout l’envie, je ne me sens pas pressée par mon horloge biologique. C’est loin d’être obsessionnel.

F: Vous avez plusieurs phrases tatouées sur les bras, que veulent-elles dire?

TB: C’est bizarre… car je ne trouve que les tatouages soient quelque chose de beau. Le fait que je les ai faits, c’est un peu de l’ordre du psychanalytique à cause de mon manque d’ancrage familial. A défaut d’un ADN, je m’en suis créé un unique, qui n’appartient qu’à moi à base de phrases que j’ai choisies à des périodes bien précises. J’ai fait le premier quand j’avais 15 ans.

F: Y’en a-t-il eu qui date de «l’affaire»?

TB: Oui, celle-ci (elle montre son avant-bras droit). «Ne jamais suivre, poursuivre». C’est la devise du cabinet de mon avocat.

F: Vous avez l’air très forte, avouez-nous une de vos faiblesses…

TB: Ne pas comprendre l’humour au premier degré. Les blagues ne me font jamais rire. Parfois, savoir rire au premier degré doit être salvateur. Je suis trop cynique.

F: On loue votre courage, on vous critique… Mais quel est finalement le plus beau compliment qu’on vous ait fait?

TB: Frédéric Beigbeder, qui, en parlant de moi à un journaliste lui a dit que j’étais la «nana la plus libre» qu’il connaissait. Mais parfois, ma liberté, le fait d’assumer toutes les vérités est une prison.

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L’acteur Louis Garrel. Il m’intrigue par son jeu, ses choix. Jamais dans la facilité.

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Jean François Kervéan qui est chroniqueur avec moi sur l’émission de Paris Première «Ça balance à Paris» et qui est devenu un ami.

* Tristane Banon, "Le début de la tyrannie", aux éditions Julliard.

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