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Le traumatisme de la cagoule me colle encore à la peau

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Dès que j’avais tourné au coin de la rue, hors de portée de ma mère et pas encore en vue du préau, ni une ni deux j’enlevais la cagoule pour la planquer au fond de mon sac d’école.

© Ludovic Andral

Vous vous souvenez de la cagoule? Pas celle de la chanson, celle en laine que notre mère nous obligeait à porter, pour le ski, la patinoire, et même, suprême honte, l’école? On ressemblait tous au commandant Cousteau dans son masque. C’était au mitan des années 70, la chose grattait atrocement et on n’avait l’air de rien engoncé dans cette œuvre parfois faite maison et totalement informe.

La mienne était même réversible, rouge d’un côté, bleue de l’autre – la double peine. Un exemple de l’absurdité des modes et de leurs conséquences funestes dans nos vies. En plus, ça apprend la fourberie, ces pièces importables: assez vite, j’ai compris que mon salut passait par la dissimulation.

Dès que j’avais tourné au coin de la rue, hors de portée de ma mère et pas encore en vue du préau, ni une ni deux j’enlevais la cagoule pour la planquer au fond de mon sac d’école.

Après j’ai eu droit au fameux bonnet d’une banque suisse. Maintenant c’est vintage et on se les arrache à prix d’or, mais sur le moment c’était loin d’être collector – c’était plus horror.

Mes bébés, aussi

Puis j’ai eu des enfants, et comme toutes les mères je les ai obligés à porter des vêtements qu’ils ne voulaient pas enfiler, pour les préserver de toutes sortes de maladies plus ou moins imaginaires – autres temps autres mœurs, ils ont eu droit eux au bonnet péruvien, si vous voyez comment. Pardon, pardon.

Je ne doute pas un instant qu’ils aient fait comme moi – l’enlever dès qu’ils étaient hors de vue. J’en suis d’autant plus sûre que mon fils n’a jamais cessé de me rappeler que «le froid ne rend pas malade, c’est les virus».

L’intérêt de la jeunesse, c’est qu’on peut se révolter contre ses parents, leur désobéir et se sentir libre. Le drame de l’âge adulte, c’est qu’on se les gèle et qu’on n’a plus d’autorité à braver, donc on met un bonnet tout seul comme un grand.

Je suis super frileuse, j’ai essayé tous les modèles, aucun ne me va, et la plupart grattent encore. Néanmoins, je persiste.

Maintenant je sors de chez moi ou du travail tête nue, et dès que j’ai disparu du collimateur de mes collègues ou de mes proches, je m’engonce dans un couvre-chef. Ça s’appelle grandir. Et c’est moche.

Les mères de trois enfants sont les plus stressées

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