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Lundi: le sourire de la maraîchère

Le réveil sonne, il est 6 h 45. Ma mission, car je l’ai acceptée, commence à cet instant précis. Durant une semaine, je vais vivre, dormir, boire, manger, m’habiller, me laver, acheter, me déplacer – bref, tout faire - de la manière la plus verte possible. Bio, éthique, durable, sans déchet, je veux être un éco-citoyen exemplaire.

Et ça commence fort. Alors que les températures extérieures sont négatives en ce mois de février, je baisse mon chauffage. Il paraît qu’un petit degré de moins, cela représente 6% d’économies sur ma facture énergétique. Désormais, il fera 20 degrés chez moi, et même 19 (voire 18, j’ai vérifié avec un thermomètre) dans la chambre à coucher. Jusqu’ici, tout va bien.

Ce matin, afin de remplir mon frigo de produits locaux et de saison, je file au marché du boulevard de Grancy, à Lausanne. Au programme: raves, chou kale, pommes de terre et radis. La honte m’étreint quand je dois régler la charmante maraîchère: je n’ai pas emporté de cabas, et me voilà obligé d’accepter le sac en plastique qu’elle me propose. Une mauvaise coche pour moi.

Mais je me rattrape plus tard, car j’ai pensé à embarquer couteau et fourchette, et même une paire de baguette. Du coup, à midi, je suis très fier de dire «non» à la vendeuse quand elle me demande si j’ai besoin de baguettes avec ma barquette de sushis. Un peu moins de déchets, c’est déjà ça.

Mardi: la viande ne passera pas par moi

Il est 7 h 40, et je suis totalement perdu devant mon armoire. Comment s’habiller «durable»? Je regarde les étiquettes de mes habits: made in China, in Bangladesh, in Turkey. Ah, j’ai un T-shirt de la marque American Apparel, made in USA. La firme est connue pour ses engagements sociaux envers ses collaborateurs. Un point pour moi. Et aujourd’hui, avant de partir en vadrouille, je pense à glisser dans mon sac un cabas en tissu. Deuxième bon point dans la foulée.

Mon péché mignon? un «soja latte» chez Starbucks, de temps à autre. Mais cette fois, j’emporte avec moi un tumbler. J’économise non seulement un gobelet, mais aussi 80 centimes. Double bénéfice. Ma délicieuse boisson dans les mains, je sors du café en me félicitant à voix basse, avec l’impression d’avoir sauvé la planète avec mon petit geste.

Cet après-midi, je retrouve Barbara Pfenniger, de la Fédération romande des consommateurs (FRC), afin de lui demander comment faire des courses intelligentes. Et elle est catégorique. «Le plus grand geste que vous puissiez faire pour l’environnement durant votre semaine verte, c’est d’être végétarien.» Je n’y avais pas pensé. Adieu viande séchée et sushis, deux (autres) de mes péchés mignons. Si Beyoncé ou Gwyneth Paltrow peuvent le faire, pourquoi pas moi. L’experte ajoute: «Gardez en tête que 30% de notre poids environnemental est dû à l’alimentation, c’est énorme. On a donc une influence directe.» Et pour m’aider dans mon choix, elle me glisse deux minis brochures très pratiques: l’une dresse la liste des fruits et légumes de saison, l’autre note les différents labels alimentaires.

Mercredi: fashionista éco-responsable

7 h 25. Mon thé vert dans les mains, je regarde avec amour le petit seau à compost que j’ai acheté la veille en rentrant chez moi. A l’intérieur, les pelures et déchets des légumes utilisés pour faire ma soupe du marché, hier soir. Point bonus: ma poubelle se remplit moins vite, j’économise donc aussi sur la fameuse taxe au sac.

Après un passage au marché (on y fait de chouettes rencontres), je vais boire une tisane avec Laure Paschoud, une styliste lausannoise qui fait très attention à la provenance de ses tissus. «Il ne faut pas oublier que même pour le T-shirt le plus basique, il y a quelqu’un derrière qui l’a fabriqué, que sa fabrication n’est pas mécanisée. Et si tu l’achètes 10 francs, que tu réfléchis aux coûts de la matière première et du transport, tu peux te demander combien il reste pour rémunérer l’ouvrier», analyse-t-elle, pleine de bon sens. Un petit tuyau pour le shoppeur perdu que je suis en train de devenir? «Je préfère payer plus cher une pièce de qualité, qui me durera plus longtemps. Et avant d’aller en magasin, je cherche des infos sur le Net, sur les engagements de telle ou telle marque. Il faut prendre son temps, regarder où c’est fabriqué. Plus c’est loin, plus c’est inquiétant. Ensuite, je fais attention à la matière, si c’est du coton, il doit être bio, car la culture de cette plante est une catastrophe au niveau environnemental, et ça, on l’oublie.»

Fort de ses conseils, et après avoir vu un épisode de l’émission de télé-réalité norvégienne «Sweatshop» sur internet (qui montre l’envers du décor dans une usine de confection au Cambodge, ça permet de se faire une idée des conditions de travail de beaucoup d’ouvriers du textile à travers le monde), je m’en vais faire une virée shopping. J’hésite devant une doudoune de la marque Switcher. Il fait froid, et j’aime l’idée de pouvoir tout connaître du vêtement, étape par étape, de ses matières premières à son acheminement en magasin, grâce au code inscrit sur l’étiquette. Mais fashionista que je suis, je craque finalement pour un sweat-shirt à rayures Naturaline de la Coop, parce que le style marin est indémodable.

Jeudi: le sac en plastique, mon nouvel ennemi

7 h 15. Comme tous les matins, j’avale mon müesli. J’ai bien tout vérifié: les flocons d’épeautre sont bio, les fruits secs que j’y ajoute aussi (des baies de goji, des graines de grenades ou des raisins, selon mes envies) tout comme le lait de soja. Je peux certes mieux faire, mais c’est un bon début, non?

Aujourd’hui, il va bien falloir remplir mon frigo. Mais avant cela, je passe voir Sandra Imsand. C’est elle qui est derrière le blog Esperluette, et elle a proposé en tout début d’année une idée fort sympathique: offrir un cabas en tissu recyclé fait maison à quiconque s’engage à l’utiliser plutôt que d’acheter des sacs à la caisse (que l’on jette en général quelques minutes plus tard). «C’est bien de faire des efforts dans son coin, mais je refuse de vivre comme au Moyen-Age pour autant! Je ne m’impose rien, et surtout je n’impose rien au autres, au contraire, j’essaie de leur donner envie», s’enthousiasme-t-elle.

Chez elle, les serviettes comme les lingettes démaquillantes sont désormais en tissu, elle range ses victuailles dans des pots en verre qu’elle a recyclé, et elle se balade toujours avec des petits sacs en tissu (pour les fruits et légumes au supermarché) et des Tupperware (chez le fromager ou le boucher, elle refuse les emballages et demande de mettre les aliments directement dans ses petites boîtes). Je vois que j’ai encore de la marge de manœuvre. Sa résolution 2015? Ne pas faire de shopping, carrément. «Si c’est cassé, je remplace, mais c’est tout.» Respect.

Désormais équipé d’un joli cabas (merci Sandra) et à jour quant aux labels et produits de saison (merci Barbara), ma virée au supermarché prend une nouvelle dimension. Adieu haricots du Kenya et saumon de l’Alaska, bonjour panais (c’est local et de saison) et lentilles corail (ça remplace avantageusement la viande). Il faut prendre le pli, mais ce n’est honnêtement pas si difficile. Et on ressort avec la fierté d’un eco-warrior.

Vendredi: savez-vous planter les choux?

«Savez-vous planter les choux, à la mode, à la mode…» La chanson me trotte dans la tête alors que je plante de superbes plants de cette brassicacée (trouvés au marché) sur mon balcon. L’idée m’est venue après avoir parlé avec Hélène Gaillard et Natacha Litzistorf, de chez Equiterre. Les opérations «Pimp your balcony», c’est un peu grâce à elles. Une façon décalée et moderne de dire aux citadins que l’on n’a pas besoin de vivre à la campagne pour cultiver son petit lopin de terre. Dernière trouvaille de l’association qui œuvre en faveur du développement durable: les potagers urbains. En gros, on se réunit entre voisins, on demande les autorisations nécessaires (à la ville, à sa gérance) et on cultive le coin de gazon en bas de chez soi, avec l’aide d’Equiterre. Ce n’est pas compliqué à faire, et cela aurait un véritable impact sur le quartier et son ambiance. «On ne change pas le comportement des gens avec des «faut pas», on ne veut pas stigmatiser, mais au contraire montrer que c’est facile», résume Natacha Litzistorf.

Le bilan de cette petite semaine? remplir son frigo de manière responsable, ce n’est pas forcément évident au début, mais on a vraiment le choix, entre les gammes bio des grands distributeurs, les épiceries spécialisées et l’offre alléchante sur les marchés. Par contre, niveau fringues, la quête s’avère encore pas mal ardue chez nous, à moins de jouer à fond la carte de l’e-shopping. Mais surtout, j’ai rencontré des gens pour qui «vivre vert» n’est pas une corvée, mais bien un plaisir, doublé du sentiment d’avoir agi en pensant à l’environnement et à toutes les personnes avec qui nous partageons cette petite planète. A voir maintenant si j’arrive tenir ce rythme au-delà de quelques jours. J’accepte le challenge.

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