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Mardi: Ne pas mentir = faire diversion

Je dîne avec ma copine adorée. On discute, on discute, Aurélie me raconte l’enquête politico-écono-sociétale sur laquelle elle planche depuis des jours et puis vient la question fatidique: «Et toi Feminana, tu bosses sur quoi cette aprèm?» Comment te dire, ma chère Aurélie, je vais probablement passer le reste de la journée à scruter les sites people pour dégotter une news croustillante sur George ou Ashton, surfer sur le compte Instagram de mon ex, passer quelques factures à la compta pour «faire comme si» et presser sur F5 toutes les trois secondes pour rafraîchir ma boîte mail. Bref: je choisis d’esquiver sa question en me focalisant soudain sur son a-do-rable foulard marocain.

Mercredi: Ne pas mentir ≠ se fighter avec tout ton entourage

Non, je n’aime pas Beyoncé. Je sais, ça ne se fait pas de dire cela, alors que je ne connais pas Mrs Carter personnellement. Mais n’empêche, utiliser le féminisme pour vendre des photos de ses fesses, ça me donne la nausée. Je le dis un peu trop fort à ma collègue Camille, fan de Queen B devant l’Eternel. «Non mais tu sais Feminana, ne pas mentir ça ne veut pas dire te fighter avec tous tes proches», me tacle la stagiaire. Compris, je me re-tais.

Jeudi: Ne pas mentir = être ironique?

Pour me taquiner, ma cheffe me demande si j’ai déjà pris mes billets pour le prochain concert de Johnny Hallyday à Bercy. Je lui réponds alors: «Mais bien sûr, j’ai fait la file à la Fnac durant 3 heures pour être sûre de décrocher mon sésame…» Mince de mine: j’ai menti! Oui mais bon, ça ne compte pas vraiment, c’était juste de l’ironie. «Ouais ouais ouais, un peu facile ton excuse», me répond ma cheffe. J’encaisse le coup. Mais je me vengerai tout de même: à cause de ses bêtises, je viens de ficher en l’air une semaine sans mentir qui avait plutôt bien commencé.

Vendredi: Ne pas mentir = ne plus en faire des tonnes

Lorsque l’on se retrouve en famille, nous sommes toujours trop très nombreux. Et, évidemment, chacun veut absolument raconter la fabuleuse anecdote qui vient de donner un tournant totalement inattendu à sa banale existence. Pour se faire entendre et capter l’attention de cette sévère assemblée, mieux vaut y mettre les formes… quitte à en rajouter trois tonnes. Je m’y suis reprise à plusieurs fois: «Lundi passé, il m’est arrivé un truc incroyable. Enfin, un truc quoi. J’étais à Lausanne, il faisait au moins 40 degrés. Heu, plutôt 20 disons. Et là, tout à coup, je tombe sur Sarah, ma copine d’enfance. Oui bon d’accord, on s’était donné rendez-vous…» Oui, je vous rassure: je me suis tu le reste de la soirée. Mes sœurs m’en remercient encore.

Samedi: Ne pas mentir = blesser mes proches

Jurez-vous de dire toute la vérité, rien que la vérité? J’ai promis, oui. Mais je n’ai pas tenu le choc. Lorsque l’on vous demande innocemment «Honnêtement, mon headband, il ne me donne pas un look de mémère?» ou «Cette robe, je l’adore, mais j’ai l’impression que je ne la porte plus aussi bien qu’avant la naissance d’Augustine, non?» comment dire la vérité, je vous le demande! Je n’ai pas pu. Mais j’ai toujours mes deux amies. #BFF

Dimanche: Ne pas mentir ≠ refuser d’affirmer ses choix

Le dimanche soir, je n’ai envie de rien. Et surtout pas de cuisiner/repasser/préparer mes affaires du lendemain (aucune mention inutile à rayer). En temps normal, lorsque celui qui partage ma vie me demande, affalé sur le canapé, «T’as pas besoin d’aide ou bien?» je suis bien trop gentille et je réponds toujours «Non non, j’apporte les corn flakes, ne te lève pas.» Mais (merci ma mission spéciale), cette fois-ci, je lui ai répondu «Oui, volontiers. De mon côté, je vais vaquer à mes occupations diverses et variées. Appelle-moi quand c’est prêt!» Eh bien, devinez quoi: A. Il n’est pas décédé dans le périlleux chemin qui mène du salon à la cuisine. B. Il a réussi à mettre une casserole d’eau à bouillir. C. On a presque failli manger des pâtes (encore aurait-il fallu en avoir en réserve).

Lundi: Ne pas mentir = être un peu plus moi

Et ça, c’est tant mieux. Au travail, par exemple, je suis systématiquement cataloguée comme la fille qui est toujours d’accord, qui acquiesce et sourit quoi qu’on lui demande. Ceci, Messieurs-dames, est un temps totalement révolu. Non, je n’aime pas retaper les rapports blindés de fautes, oui, j’en ai ras-le-bol des séances «bilans comptables» qui durent une éternité, non, les lunchs passés entre le directeur financier et la secrétaire de direction à grignoter trois feuilles de rucola ne doivent en aucun cas compter comme «temps de pause». Merci, challenge, tu as bouleversé mon quotidien. Et si je le prolongeais durant quelques jours de plus? «Nooooon», tremblent mes collègues, les yeux remplis de la peur que je leur inspire à présent.

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