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Pour définir sa profession, Isabelle Boulay use d’une jolie expression: «Chanteuse de variété grand luxe.» Comprenez que la petite dame de Montréal – 1 m 55 de charme pur – s’est glissée plus souvent qu’à son tour dans les partitions haut de gamme des grands noms de l’art mineur: Brel, Aznavour, Gilles Vigneault, Barbara, Julien Clerc, Francis Cabrel, Françoise Hardy… Comme pour s’excuser de n’être qu’une cigale emprunteuse, la jeune quadragénaire précise: «Je suis une interprète. Peut-être qu’un jour je serai une auteure, sauf que je n’écrirai jamais de chanson. Comment rivaliser avec les paroles d’un Jean-Loup Dabadie, par exemple?»

De retour sur la planète son, trois ans après Les grands espaces, album country folk aux airs de biographie musicale, la Québécoise à la voix rocailleuse et puissante vient de s’offrir ce qu’elle appelle «une sortie de route». Un impromptu nommé «Merci Serge Reggiani», CD hommage à l’artiste disparu il y a 10 ans; une digression qui s’est imposée à elle. «D’abord de l’intérieur: alors que j’avais commencé à m’atteler à mon nouveau disque, j’avais sans cesse des airs de Serge Reggiani en tête, je trouvais ça étrange. Puis trois personnes qui ne se connaissaient pas m’ont, spontanément et successivement, invitée à revisiter Reggiani. C’était troublant. A croire que ces gens pouvaient lire en moi! J’ai cédé.»

Une enfance en Gaspésie

Cette insolite commande d’outre-tombe va l’amener à un constat. Et à un aveu: «Si j’avais été un homme, je lui aurais beaucoup ressemblé.» Devant notre étonnement, elle s’explique: «Son répertoire était viril, mais c’était un tendre, un grand sentimental, doté d’une part féminine aussi. Sa sensibilité est semblable à la mienne.» Pour étoffer sa démonstration, elle fait un saut spatiotemporel jusqu’à son enfance en Gaspésie: «N’oubliez pas que j’ai grandi dans un bar. Parmi les hommes puisque, à l’époque, c’est eux qui fréquentaient ce genre d’établissement – surtout dans un petit village comme Sainte-Félicité. Je me suis souvent sentie l’une des leurs, sans pour autant vouloir changer de peau.»

Ces premières années passées sur les rives de l’estuaire du Saint-Laurent ont énormément nourri l’imaginaire d’un p’tit bout de femme qui, dès ses 7 ans, faisait le show en poussant la chansonnette. «J’ai toujours évolué dans un monde de grandes personnes. Curieuse, j’écoutais leurs conversations avec attention. Un restaurant, c’est le carrefour de toutes les histoires humaines. Est-ce cette somme de récits qui me donne parfois l’impression d’être une vieille âme, d’avoir bien plus que mon âge?…» Si la délicate musique de ces jours anciens est plutôt douce à son oreille, elle a aussi ses notes sombres: «Dans ma famille, on a été bousculés par beaucoup de drames. Quand j’y repense, je me dis que cela a été tragique, parfois, mais que ce n’était pas triste. Chez nous, il y avait beaucoup de joie et de fureur de vivre. On ne s’ennuyait jamais, car les gens avaient un caractère bien trempé et très coloré.»

Joie et fureur de vivre

Isabelle a 8 ans lorsque son père, victime d’un grave accident de voiture la veille de Noël, se retire dans la forêt, loin des siens: «Je n’en ai pas souffert, parce que je crois avoir compris ce qu’il ressentait. Il nous rendait visite souvent. Et on était habitués à son absence puisque, avant, il travaillait sur les chantiers et nous quittait des mois durant.» Quelle relation avaient-ils? «Au départ, on s’entendait mal, on se comportait en rivaux, même si on s’aimait très fort. J’ai quitté mes proches et la maison tôt, à 16 ans, en partie à cause de nos dissensions. Si le titre «Ma fille», de Reggiani, a autant d’importance pour moi, c’est parce qu’il raconte un instant clé: je l’ai interprété pour la première fois à 19 ans, devant mon père, en guise de message de paix. Deux ans plus tard, il mourait.»

Silence. On devine la blessure encore douloureuse. Un voile embrume l’intensité bleue du regard. Alors, on bifurque et lui propose de revenir à sa face A, celle de la femme de cœur à l’envoûtante chaleur. «Très ‘mamma’ italienne avec les gens, j’ai trouvé mes plus grands refuges dans mes amitiés. Plus que dans l’amour.» Mais l’émerveillement, l’éblouissement absolu rime avec Marcus, le fils de 5 ans et demi qu’elle a conçu avec son compagnon, le producteur Marc-Antoine Chicoine. «Marcus sera toujours ma plus belle amarre, ma priorité. Très présente, je ne le laisse jamais plus de deux semaines. Mon but, ma quête: être pour lui une mère inspirante.» Fière de la fibre artistique que manifeste son garçon, elle poursuit: «Il est fasciné par les tissus, les matières, les vêtements, les défilés de mode. A 3 ans, il me confiait vouloir s’acheter une machine à coudre.» Aurait-il reçu l’art en héritage? «Son grand-père paternel et sa marraine, la sœur de mon fiancé, sont peintres. Il a de qui tenir!»

Son péché mignon J’adore le café. Je pourrais en boire dix par jour, si mon système nerveux était capable de le supporter. Sinon, j’ai un gros faible pour la cuisine italienne.

Son lieu favori Un bord de mer balayé par le vent. C’est ce genre d’horizon et d’éléments que je recherche lorsque j’ai besoin de me retrouver, de voir plus clair en moi.

Son objet fétiche J’ai longtemps cru au pouvoir des objets. Aujourd’hui, c’est fini. Mais il me reste des biens précieux, comme cette rose signée Reggiani qui illustre la pochette de mon CD.

Une femme qui l’inspire Juliette Gréco, une grande dame d’une beauté insolente qui a su garder l’espièglerie de l’enfance. Résolument libre, elle nous montre la voie à suivre.

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