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Chaque semaine, Marguerite Genet met à jour son blog «Senior mais pas trop», dialogue avec les 2664 abonnés de son compte Twitter et, lorsqu’elle en trouve le temps, suit un MOOC (cours en ligne diffusé sur internet par une université). Sa carte d’identité lui donne 59 ans mais, dans sa tête, dans sa vie, elle en a dix de moins. Grâce aux réseaux sociaux et à internet. «Après avoir été victime, dans mon travail, d’une discrimination liée à l’âge, j’ai décidé d’ouvrir un blog pour en parler, raconte-t-elle. Je me suis posée en observatrice de mon propre parcours. Cela m’a permis de m’intéresser aux autres et de découvrir les réseaux sociaux.» Spécialiste en communication, elle ne manque jamais une occasion de faire la promotion de Twitter: «Je ne suis pas fan du côté «vitrine personnelle» de Facebook. Par contre, Twitter est un outil formidable pour découvrir une multitude d’informations, les partager, créer des communautés de gens passionnés par les mêmes choses. Les réseaux me nourrissent: en trois ans, j’ai l’impression d’avoir appris une foule de choses!»

Parce qu’il permet aux internautes de créer du lien social et d’assouvir leur soif de connaissances, internet agit comme une fontaine de Jouvence pour celles et ceux qui s’y plongent. Eve, 52 ans, a adopté le langage émoticône de ses trois filles en découvrant WhatsApp, tandis que Marie-Hélène, 64 ans, skype avec ses cinq enfants chaque week-end. Toutes deux l’admettent: se tenir ainsi à jour, au contact des plus jeunes, et apprivoiser leurs codes les pousse à rester «dans le coup».

Et les études le confirment. Une fois à la retraite, être actif sur la toile prévient les risques de dépression. Une étude réalisée en 2014 par l’Université du Michigan auprès de 22 000 seniors américains a prouvé que l’utilisation d’internet réduit de 33% la probabilité de dépression chez les «silver surfers», le web constituant bel et bien une réponse à l’isolement social et à la solitude.

Pour Mélina Neuhaus, cofondatrice de l’agence de communication Elitia, à Rolle, «avoir accès en un clic à tout ce qui se dit, tout ce qui bouge, permet d’être plongé dans un environnement jeune et dynamique, de rester connecté au monde. Ce qui est formidable avec les réseaux sociaux, c’est que l’information vient à nous directement: on se tient non seulement au courant de ce qui se dit, de ce qui se fait, mais on partage également. Et ce n’est pas parce que l’on a 60 ans que l’on n’a rien à dire, bien au contraire!»

Eternelle curiosité

Ce désir d’apprendre sans cesse et de rester dans l’air du temps donne le sentiment non d’avoir vieilli, mais d’avoir évolué. «Avoir encore et toujours des choses à découvrir, c’est ce qui fait rajeunir, explique Laurence Desbordes, rédactrice en chef du magazine «Notre Temps». Il est indispensable de cultiver une curiosité d’esprit. Il y a des jeunes qui sont très vieux dans leur tête et, au contraire, des personnes âgées qui sont très jeunes, qui s’intéressent à tout, qui surfent et sont ouvertes sur le monde.» Autrement dit, rester jeune d’esprit c’est être plus attentif aux autres, penser à l’avenir et se décentrer de soi.

Selon Pierre-Henri Tavoillot, philosophe et auteur de «Faire ou ne pas faire son âge» (Editions de l’Aube), il y a un décalage effectif entre l’âge subjectif, celui que nous pensons avoir et l’âge inscrit à notre état civil. «Existentiellement, quel que soit son âge, on a le sentiment d’être petit, fragile et de parvenir à tromper le monde extérieur en faisant croire aux autres que l’on est adulte.» Cette sensation est renforcée par la société actuelle où les âges, qui ont cessé d’être des uniformes synonymes de statut social, ne fonctionnent plus comme des repères. «Jadis, notre âge faisait notre identité, poursuit le spécialiste. Aujourd’hui, on ne fait pas son âge et on ne veut plus le faire. C’est visible à chaque étape de la vie: les enfants souhaitent devenir ados de plus en plus tôt, les adultes ne veulent pas vieillir, les vieux veulent rester jeunes jusqu’au bout. Personne ne veut faire son âge!»

Une évolution prometteuse

Même si l’on ne peut pas se sentir tous les jours dans la peau d’une femme de 20 ans, on est toutefois libre de l’être de temps en temps. La modernité rend possible cette customisation des âges. «Le côté positif, c’est la liberté que l’on gagne par rapport aux saisons de la vie, explique Pierre-Henri Tavoillot. Le revers de la médaille, c’est que l’on peut se sentir terriblement perdu, parfois. Faire son âge a quelque chose de rassurant; ça aide notamment à traverser les périodes de crise...»

Il n’empêche. La montée du jeunisme à laquelle on assiste depuis plusieurs décennies pousse chacun – et surtout chacune – à tenter de faire plus jeune non seulement dans sa tête, mais aussi sur ses photos de profil Facebook ou LinkedIn. Gavées de publicités retouchées, on cherche à s’offrir une jeunesse visuelle. «Du fait du diktat anti-âge, il y a un écart entre l’âge que l’on ressent et celui que nous renvoie le regard social, décrypte Catherine Bergeret-Amselek, psychanalyste et auteure de «La femme en crise» (Editions Desclée de Brouwer). Cette exigence qui impose aux femmes de ne pas faire leur âge, d’être toujours belles et jeunes, est terriblement contraignante. Un homme âgé, chauve et buriné peut avoir une jeunette à son bras; une femme avec un homme plus jeune se fera aussitôt cataloguer cougar ou obsédée.»

Cette différence homme-femme est tout particulièrement marquée dans le monde du travail, où vieillir est un «no-go» pour tout être humain, mais de genre féminin plus encore. Surtout dans les métiers du commerce, de l’accueil et du luxe. «Plus l’activité professionnelle exercée par la femme exige une capacité à séduire le client, plus les critères physiques jouent un rôle primordial, note Jean-François Amadieu, sociologue spécialisé dans les relations sociales au travail. Les chances d’une candidate qui a quelques années de trop sont fortement diminuées: à CV égal, une postulante de plus de 43 ans peut avoir jusqu’à quatre fois moins de chances.» Eh oui! Encore et toujours...

Peut-on endiguer ce phénomène? Oui, en sensibilisant l’opinion publique à ce qu’il y a d’illégitime, d’anormal, voire d’illicite dans cette discrimination des femmes en fonction de leur âge. Car «cette violence faite à la gent féminine est répandue. Et tout le monde trouve cela normal. A commencer par les femmes elles-mêmes», insiste Jean-François Amadieu.

Catherine Bergeret-Amselek, pour sa part, reste positive. Selon elle, les femmes commencent à se révolter contre cette exigence de paraître jeune. Et c’est l’amorce d’une évolution prometteuse. «Si elles osent s’afficher autrement, la société sera bien obligée d’évoluer, analyse la psychanalyste. Aujourd’hui un grand nombre de femmes, en pleine forme à 50, 60 ou 70 ans, n’ont aucune envie de vieillir comme leur mère. Elles évoluent et veulent vivre libres, en dehors de ces contraintes.» Comme souvent, les prémices de ce nouveau printemps s’observent chez les artistes. Au cinéma, par exemple. «Il y a quelques années encore, il était rarissime que l’on glorifie la femme dans sa pleine maturité. Or désormais on voit des Catherine Deneuve, Fanny Ardant ou Julianne Moore sur grand écran avec de vrais rôles. Elles existent en tant que femmes!»

Dans le domaine de la beauté aussi, les choses sont en train de changer. Les liftings outranciers laissent place à des retouches discrètes. On dissimule ses ridules, redresse une peau qui s’affaisse ici ou là. L’avancée des cosmétiques anti-âge permet de viser l’effet bonne mine naturelle. On ne pense plus «anti-âge» mais «gestion de l’âge».

Ce que confirme Marguerite Genet, de «Senior mais pas trop», qui ne se retrouve pas du tout dans l’image des plus de 50 ans renvoyée par la société. «Pour changer cette image qui ne colle pas au réel, j’espère que, comme moi, de plus en plus de personnes de mon âge feront le pas et créeront des comptes sur les réseaux, conclut-elle. Non pour y raconter sa vie, mais parce que c’est tellement plus que cela! C’est extrêmement enrichissant, et terriblement simple! Il suffit d’un clic pour attraper le virus.»

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