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Une espèce de déménageuse en pyjama blanc. Une brute entre Schwarzenegger et Rambo (en un peu plus féminin), bloquée en grand écart facial, occupée à péter des parpaings en deux et coachée par un maître criard… Voilà ce à quoi, pensait la béotienne sursignée, pouvait ressembler une championne de karaté. Foi de tatami et parole de kimono, nous avions tout faux. Il y avait erreur de casting.

Oubliés les mauvais films du genre. Une silhouette plutôt longiligne, de jolis cheveux aussi longs que noirs, des yeux rieurs soulignés de khôl… Fanny Clavien est une vraie fille, bien dans son slim et ses baskets. Et si son tempérament de feu ne fait aucun doute, elle le justifie plutôt par ses origines valaisannes que par une véritable envie d’en découdre: «Les Valaisans, on sait ce qu’on se veut. On sait taper du pied par terre quand il faut et on ne se laisse par marcher dessus!» Dont acte. En karaté, dans la catégorie des moins de soixante-huit kilos, la jeune femme de 25 ans est la meilleure. De Suisse d’abord. Le week-end dernier, elle a d’ailleurs remporté le titre pour la douzième fois. En Europe également, elle est au top. Et après un premier titre en 2008, c’est en mai 2011 qu’elle a, devant sa famille, décroché la médaille d’or, à l’issue de joutes organisées à Zurich. Un succès inespéré et inattendu, après une année 2010 quasi blanche pour cause de déchirure des ligaments croisés au genou droit.

Même si le karaté est un art martial tout droit venu de l’Empire du Soleil levant, le Vieux-Continent abrite aujourd’hui l’élite de la discipline. C’est donc plutôt optimiste sur ses chances de succès que Fanny va livrer bataille, dès mercredi à Paris-Bercy, pour remporter le titre mondial: «Je vais chercher le titre et pas seulement une participation. Mais le jour J, il faut que tout aille bien. Si je décroche cette médaille, j’aurais tout eu. Ces championnats du monde, c’est un peu mes Jeux, la discipline n’étant pas encore olympique!» explique telle, une main posée sur son indispensable téléphone.

A quelques jours de cette échéance, elle enchaîne plutôt sereine les entraînements et le boulot, à un rythme d’enfer: «Je me lève, j’enfile un training et je vais au fitness, puis une douche et un make-up et au boulot pour la journée. Le soir, vers 20 heures, je file au karaté club de Neuchâtel pour retrouver l’entraîneur national jusqu’à 22 ou 23 heures, et puis ensuite… je dors.» Dans cette parenthèse de préparation intense, peu de place pour une vie privée, même si Fanny confie l’existence d’un alter-ego, que l’on devine très compréhensif. Et immensément patient.

Jamais assez de challenges!

Pour l’heure, son objectif le plus immédiat est de boucler le montage du reportage qu’elle a tourné le matin même dans le Jura. Car Fanny, titulaire d’un CFC d’employée de commerce et autrefois responsable des achats dans une entreprise d’informatique, a changé de vie. Depuis un an, elle est journaliste stagiaire à La Télé, la chaîne valdo-fribougeoise: «Je pars en reportage, je filme, j’interviewe, je monte mes sujets. Parfois, je fais un peu de présentation aussi.» Le trac de l’antenne, Fanny, pas timide pour un brin, ne l’appréhende pas: «Passer à la télé, c’est comme un match de karaté, c’est un stress, mais du plaisir», explique telle.

Du plaisir, elle en ressent toujours lorsqu’elle pratique le sport qu’elle s’est choisi quand elle avait 5 ans: «Pour moi, une passion, c’est quelque chose qu’on aime sans savoir vraiment pourquoi. Dans ce sport, j’aime tout, et rien en particulier. C’est comme ça.» Fonceuse, déterminée, cette compétitrice dans l’âme ne semble pas connaître le doute.

Née à Miège et élevée à Veyras, la petite épuise vite sa maman, qui l’envoie fréquemment courir derrière le vélo de son papa, histoire de pouvoir souffler un brin. Une mère prof de fitness, un père champion suisse de Trial… dans la famille Clavien, on ne passe guère ses journées à lézarder: «Mon père est très fier de raconter qu’à 2 ans et demi, je descendais la piste de l’Ours à Nendaz!» L’équitation, la passion de sa mère et de sa sœur, Fanny – allergique aux poils de chevaux – est contrainte de l’oublier. A elle donc le karaté, choisi sur une liste de possibles activités extrascolaires.

Très vite, elle montre de grandes aptitudes et quitte les tatamis de Veyras pour le Dojo de Sion, où elle enchaîne les succès jusqu’à rivaliser, dès l’adolescence, avec des athlètes bien plus âgées qu’elle. Les combats, dont elle ne recense plus le nombre, Fanny en a essuyé, sans que jamais encore ils n’aient de conséquences sur son apparence: «Le karaté, c’est un peu comme l’escrime. On doit faire des touches sur le visage ou l’abdomen de notre adversaire. Mais au lieu d’avoir une épée, on se sert de nos mains et de nos pieds. La seule partie de notre corps qui est protégée, ce sont les dents.»

Son talent, sa bonne humeur, son joli sourire et son nez bien droit, rare chez les pros de la discipline, contribuent à la médiatisation de Fanny: «Mais le fait que je réussisse et que je ne sois pas trop moche sert à faire parler de mon sport, donc tant mieux.» Fan de R & B, elle pratique la danse Hip-hop, mais croit dur comme fer qu’en matière de musique, «c’était mieux avant». Dans son iPhone: «Les Beatles, dont mon papa est fan, Chicago, Supertramp.» Très proche de sa famille, Fanny voit dans la jeune femme équilibrée et fonceuse qu’elle est devenue le fruit de l’excellente éducation délivrée par ses parents: «Ils m’ont sans cesse dit qu’ils m’aimaient et qu’ils étaient fiers de moi. Le genre de choses qui vous donnent confiance pour la vie.»

Après ces mondiaux, qu’elle espère colorés d’or, Fanny ralentira un peu le rythme. Enfin… Peut-être. Et puis non. L’été prochain, elle s’envolera vers les Etats-Unis et l’Arizona pour participer aux mondiaux de Wakesurf, une discipline entre le wakeboard et le surf qu’elle pratique sur le Léman à la belle saison. Encore un challenge, car Fanny Clavien est comme le petit lapin rose d’une marque de pile bien connue: elle ne s’arrête jamais.

Le lieu

La semaine, Fanny vit à Lausanne, entre son Valais familial et Neuchâtel, la ville où elle s’entraîne. Dans cet appartement, qu’elle partage avec son meilleur ami, sa chambre est son refuge. Même si, en ce moment, elle rêve de son lit plus qu’elle ne l’occupe.

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