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Dans la cuisine de ses parents, à Gruyères, en gros pull et pantalon, Dolores, souriante, se raconte en sirotant une tisane d’allaitement. A l’étage, Akilles-Leo, 5 mois, ne pleure plus: il est dans les bras de sa grand-mère, Patricia Chaplin-Betaudier.

Cette femme d’exception, fille d’un célèbre peintre anglais originaire de Trinidad, elle-même peintre de talent, a pourtant eu le tort de sacrifier pendant des années son art à ses enfants – c’est en tout cas ainsi que Dolores percevait les choses du temps de son adolescence rebelle. Emerveillée par cette «princesse», elle trouvait que sa mère gâchait ses dons, elle aurait voulu que Patricia s’exprime davantage comme femme et comme artiste.

«J’ai été la plus difficile des cinq, et très longtemps en colère!» Aujourd’hui, Dolores porte un regard plein d’affection sur sa mère qui a repris la peinture, elle admire ses œuvres et mesure tout ce qu’elle doit à cette forte personnalité. Ainsi qu’à son père artiste, un peu acteur, beaucoup écrivain, parti très tôt du manoir paternel pour vivre sa propre vie.

Avec ces parents pas comme les autres, les aînés connurent une vie nomade et bohème, Angleterre, Irlande, Maroc, Espagne, avant les paisibles années françaises, près de Cahors. La ferme où Michael élevait quelques chèvres pour fournir sa famille en lait et fromage tandis que Patricia cultivait le potager reste le lieu d’une enfance hors normes. Jusqu’à 8 ans, instruction maternelle à la maison (avec beaucoup de musique et d’art). Finalement envoyée à l’école du village avec sa sœur Carmen, Dolores revient un jour, inquiète: «Maman, c’est vrai que nous sommes des imposteurs?» Les parents de ses copains ne croient pas que le hippie maigre et barbu, roulant dans une guimbarde échangée contre quelques chèvres, puisse être le fils de l’illustrissime Charlot. Pas étonnant qu’aujourd’hui, en collaboration avec son gendre Stany Coppet, Michael prépare un documentaire sur les racines tziganes de Charlie Chaplin... Le métissage, au cœur de l’identité familiale, se poursuit avec Stany le Guyanais, créateur, notamment, d’un spectacle autour de poèmes contre l’esclavage.

Jeune maman aux anges

Le mot «gendre» n’est pas tout à fait juste: Dolores et son compagnon ne sont pas mariés. Une seule surprise à la fois, pour l’actrice qui ne voulait ni mariage ni enfants, estimant que ce serait un obstacle à sa vie de femme et d’artiste – les familles nombreuses, elle connaît! Aux anges, la jeune mère sourit: «Et puis, lorsque j’ai été enceinte, j’ai changé d’avis.»

Akilles bouleverse bel et bien son existence, mais c’est le bonheur. Dolores considère désormais le monde autrement. Ravie d’allaiter, elle tient à ce «rôle nourricier, ce pouvoir magique». Elle qui voulait «rester une fille, surtout ne pas devenir une dame», s’amuse que son bébé l’ait obligée à grandir, et «assume tout ce qui va avec cette féminité, la responsabilité, la force, la douceur et la dureté». Qualités qu’elle lit dans son prénom «tragique», Dolores (Vierge des Douleurs, hommage à Dolores del Rio, la diva mexicaine de Hollywood) et dans son surnom, Lola, «plus doux: je suis un peu des deux».

Elle n’en est pas à son premier changement de perspective. Après la campagne, départ à 13 ans pour un strict internat anglais à Madrid. Avec Carmen, sa quasi-jumelle – seize mois de différence – et près de leur tante Géraldine. Dans cette ville en effervescence, Dolores s’éclate. Puis, après l’équivalent anglais du bac, cap sur Paris, passage éclair au Cours Florent, mannequinat et cinéma. Installée à New York par amour, Dolores multiplie pendant six ans les allers et retours au gré des engagements. Rupture, retour en France, «un peu perdue».

Mais la jeune femme ne manque pas de ressort, ni d’expérience. Cinéma, télévision: elle a tourné avec Wim Wenders, Patrice Leconte, Francis Huster, Benoît Jacquot, Jean-Philippe Toussaint, Emmanuel Mouret. Et avec Carmen, bien sûr – «je suis son actrice!» – qui s’est lancée dans la réalisation.

Une voie qui tente aussi Dolores, aujourd’hui. Après la rencontre avec Stany Coppet, il y a quatre ans, après la maternité, elle ose révéler ses désirs et sa créativité. On suit les étapes: passivité du mannequin, adaptabilité de l’actrice, affirmation de la réalisatrice.

C’est ainsi qu’avec un scénariste elle travaille actuellement une idée qui lui tient à cœur et se réjouit de mettre en scène tout en jouant. «Avant, je ne voulais pas trop m’engager.» Pourquoi? Avec franchise, elle s’interroge, raconte sa longue colère dès l’adolescence. Un malaise qui la pousse tantôt à la boulimie tantôt à l’inverse et, simultanément, «un trop-plein d’énergie que je ne savais pas comment canaliser». Désir paradoxal d’être acceptée et de vivre dans sa bulle.

«Tempi passati!» Sur son regret d’avoir fait souffrir ses parents, sa mère surtout, Dolores ne s’appesantit pas. Elle privilégie les beaux souvenirs… et regarde devant. Non sans parler avec affection de ses frères et sœurs. Elle n’a pas grandi avec les petits derniers, Tracy, «grand sage, philosophe et prof de yoga», et George, «ermite pianiste qui écrit à Toulouse». De sa cadette Kathleen aussi, elle s’est beaucoup rapprochée; elle se sent très complice de cette «très bonne artiste, chanteuse accomplie», qu’elle admire aussi pour les «beaux textes de ses chansons».

Le monde caché du père

Compliment d’orfèvre: Dolores écrit. Un journal intime, pendant des années, des poèmes, des nouvelles, et aujourd’hui un scénario. La vie d’écrivain (comme papa) lui paraissait romantique: «S’isoler ou voyager pour écrire. Il avait son monde caché, on le lui enviait un peu.» Grande lectrice, dès l’enfance, de «L’île au trésor» à Dickens et «Moby Dick» , Dolores découvre Dostoïevski à 12 ans, et ne l’a jamais quitté. Avec une prédilection pour les traductions françaises signées André Markowicz, pour leur force visuelle, picturale. Car la fille de Patricia Betaudier n’a pas oublié l’enseignement maternel, peinture, sculpture, collages, ni le talent de son cher grand-père Patrick Betaudier, maître de la technique Renaissance de la couleur. Dolores dessine. Beaucoup, dans des formats divers. Montre sur l’écran de son smartphone des images oniriques et symboliques. Exposer? Pas pour l’instant. Une chose à la fois, ou plutôt trois: prendre soin d’Akilles, retrouver bientôt Stany Coppet, en tournage en Espagne, et travailler à son scénario-premier film – entre les tournages de deux longs-métrages, au printemps.

De quoi oublier «La rançon de la gloire»? Sourire. Dans l’histoire tragicomique de l’enlèvement du cercueil de son grand-père par deux maladroits malandrins d’occasion (Benoît Poelvoorde et Roschdy Zem), Dolores est «Mlle Chaplin». Chiara Mastroianni joue Rosa, vedette du cirque dont l’oncle Eugène Chaplin est l’intendant. Peter Coyote, qui campe le majordome d’Oona et Charlie Chaplin, est nettement plus martial que l’original, Mario, que l’on peut voir sur la photo au manoir de Ban avec Michael Jackson…

Dolores, qui n’a connu son grand-père que par les films de la famille, garde des souvenirs heureux des vacances au manoir de Corsier chez sa grand-mère Oona, puis de ses séjours quand ses parents y habitaient. C’est avec appréhension qu’elle y est retournée pour tourner la jolie scène du cerisier japonais de Charlie Chaplin. Mais tout s’est bien passé, et elle s’est réjouie de découvrir sur grand écran ce film «empreint d’humour anglais et riche de références au cinéma de mon grand-père».

Curriculum vitae

1976 Sa naissance, le 2 mai à Londres.

2014 Naissance de son fils Akilles-Leo, le 3 juillet.

1976-2014 «Une troisième date importante pour moi? Tous les jours depuis!»

Questions d’enfance

Une odeur«Opium», le parfum de ma grand-mère Oona.

Mon premier amourMon père. Je disais à ma mère: «Je vais me marier avec papa, mais qu’est-ce que tu vas faire, toi?» Et puis je lui disais qu’on la garderait.

Mon jouet féticheBarbie? Non: le seul jouet que j’ai encore, c’est une poupée Sasha que j’ai reçue à 7 ans, de ma mère.

Mon bonbon préféréLes caramels anglais, et surtout le chocolat. Noir de préférence, mais tout le chocolat.

Mon dessert enchanteurLes fraises chantilly.

Mon légume détestéJ’aime tous les légumes. Ma mère est végétarienne et nous a bien nourris. Avec de la viande environ une fois par semaine, par égard pour mon père (il s’est défoulé plus tard).

Les premières vacancesAu manoir de Ban. Il y avait ma grand-mère Oona, le jardin… C’était génial!

La phrase qu’on me répétait et qui m’agaçait«You’ll learn the hard way!» (tu apprendras à la dure, à tes dépens.) Ça, c’était ma mère, mon père était plus permissif.

Les vêtements dont j’étais fièreUne petite robe noire de ma mère, que j’ai récupérée vers mes 13 ans: j’avais déjà presque ma taille adulte – quel problème à l’école!

Le héros qui m’a fait rêver Je ne sais vraiment pas… Ah si: Albator! Autour de mes 7 ans, Albator était mon héros.

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Début des années 2000, visite de Michael Jackson au manoir de Ban, chez les parents de Dolores, avec la famille d’Eugène. Dolores est tout à gauche. Derrière, au centre, avec le pull à motifs, Mario, chauffeur et majordome d’Oona Chaplin, puis Michael et Patricia.

© DR
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A la ferme proche de Monsempron-Libos, dans le Lot-et-Garonne, Dolores a 10 ans.

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De gauche à droite, les trois sœurs, Carmen, Dolores, Kathleen et leurs cousins Aurelia et James Thierrée, enfants de Victoria Chaplin Thierrée.

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Dolores dans les bras de son papa Michael, à Londres, en 1976.

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