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Des tartines sur un plateau en plastique rouge, une lumière du petit matin, un sentiment d’errance propre au week-end, une odeur de café, en arrière plan des parents dans la cuisine. Une petite fille devant son téléviseur croque son petit déjeuner et regarde le Club Dorothée. Mais aussi le «nez de Dorothée» caricaturé par un homme ressemblant à Mireille Mathieu au sourire enfantin.

Je suis cette petite fille française qui regarde Cabu, dessiner aux côtés de l’animatrice.

Depuis ce 7 janvier 2015, le drame de la fusillade de Charlie Hebdo me rappelle encore plus que j’ai le cœur brisé. Car il y a 14 mois, ma mère, ma muse, mon amie, est disparue d’un cancer des suites d'une bataille épique.

Et depuis ces 48 heures, des souvenirs rejaillissent. Je me rappelle, de tout ou presque. De ma magnifique et chanceuse enfance bercée par des parents qui m’ont enseigné le libre-arbitre, aiguisé mon sens critique, laissé rêver et créer.

Ma mère, institutrice, cherchait toujours à nous faire découvrir, à mes soeurs et moi, des artistes, à nous apprendre l’histoire de l’art, nous emmener à des expos, visiter des galeries, des fondations. Apprécier le travail des caricaturistes dans des lieux de vacances. Elle nous achetait des livres, des magazines, m’encourageait sans cesse dans mes études littéraires et d’arts plastiques. Oh, comme je me souviens les soupirs dans la voiture, les «pas envie d’aller à ton truc maman» ou quand la note était trop dure à entendre au lycée «le prof de dessin est un gros con». Je lui suis si reconnaissante aujourd’hui.

Je me souviens aussi d’une adolescence rythmée par des discussions interminables avec mon père sur les médias, l’actualité. Un papa marginal, quasi anar', jamais d’accord avec les politiques mais qui a toujours su m’expliquer comment le monde tournait, les guerres de religion, le conflit israélo-palestinien… Il a développé mon second degré, mon esprit transgressif. Je le remercie de m’avoir fait comprendre qu’il ne faut pas toujours se fier à une image. Et qu’il vaut mieux connaître l’Histoire avant d’écouter celles des autres. J’ai bien sûr en tête, les éditions du «Canard Enchaîné» et de «Charlie Hebdo» ramenées à la maison.

Aujourd’hui, je suis journaliste. Tout le monde m'appelle et me demande ce qu'on peut faire face à cette barbarie. Je me suis étrangement dis que je n'étais pas la personne de référence pour «bien» répondre. Mais je suis persuadée que cet événement va réveiller de nombreuses consciences. Donc, hier soir, j'ai répondu à une amie qu'elle devait continuer à aimer, créer, écrire, critiquer et être libre. Une deuxième amie a posté sur sa page Facebook ce petit dialogue entre elle est son fils de 4 ans que je trouve génial. Je vous le partage:

- «C'est quoi Maman, Charlie Hebdo?»
- «C'est la liberté Vincent.»

Et pour conclure ce billet, je vous retranscris les paroles de François Morel (entendues ce matin sur France Inter). Elles m’ont beaucoup parlé et sont de Julos Beaucarne: «Sans vous commander, je vous demande d’aimer ceux qui vous sont proches. Le monde est une triste boutique. Les cœurs purs doivent se mettre ensemble pour l’embellir. Il faut reboiser l’âme humaine. (… ) Je resterai un jardinier. Je cultiverai mes plantes de langage.»

Alors voilà, cette tragédie est ignoble mais les tueurs viennent de nous le rappeler, nous avons notre liberté de pensée. Et comme l’a dit Barack Obama, «la terreur n’est pas compatible à la liberté et aux idéaux qui illuminent le monde. Vive la France.»

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