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Sur sa porte d’entrée à Féchy (VD): un autocollant Harley-Davidson. Dans son salon: un canapé et une lampe Buell, une horloge incrustée dans un carter primaire, des coussins Harley et un aquarium où nagent de petits poissons aux couleurs de la même célèbre marque. Dans sa cuisine: un réchaud à fondue fabriqué avec des disques de freins de moto. Sur sa terrasse: un réservoir de Harley recyclé en pot de fleurs. Dans son garage: deux motos côte à côte. Sur les murs, des images de bolides, et une peinture d’après photo d’elle et son mari sur le circuit du Castellet.

Bienvenue chez Christine Zbinden, 48 ans. Ce matin-là, elle ne porte pas de combinaison cuir pour enfourcher sa Buell Firebirde 1200 cm³, mais un tailleur classique et des talons aiguilles pour aller travailler à la banque. Un look qui lui permet tout de même de porter sa passion de la moto jusqu’au bout des ongles, grâce à une manucure bleu et blanc – les couleurs de la marque Buell, dont chaque lettre du nom est peinte sur ses ongles.

Une passion familiale

Coach bénévole pour Swissmoto, une association bien décidée à améliorer la sécurité routière, elle donne son temps libre à des motards débutants en roulant avec eux et en leur prodiguant ses conseils avisés. Chanceux sont les motocyclistes qui tombent entre ses mains, car Christine Zbinden a la moto dans la peau depuis l’enfance. «Mon grand-père n’avait pas de voiture, il possédait une 250 cm³. Je voulais faire comme lui. Et mes parents aussi faisaient de la moto.» En1982, à 18 ans pile, elle passe son permis deux-roues sur une 125 cm³. «J’ai appris à rouler en scotchant le manuel sur le réservoir!»dit-elle en souriant, entredeux gorgées de café bu dans une tasse arborant une moto.

A l’âge de 21 ans, elle tombe enceinte. Un événement qui ne la freine pas vraiment dans sa passion, même si elle passe son permis sur grosse cylindrée un peu plus tard que prévu. Elle roule jusqu’au cinquième mois de grossesse, et arrête lorsqu’il lui est trop difficile de se mettre à plat ventre sur sa moto. Elle remet le pied à l’étrier d’une manière différente, après la naissance de sa première fille Sandrine. «Mon premier mari était motard aussi. On avait un side-car, pour pouvoir voyager avec les trois enfants. Je dis toujours que mes filles sont nées dans un panier de side-car!» Aujourd’hui, Sandrine, Aurélie et Mireille ont donc toutes attrapé, à différents niveaux, le virus de la moto…

Un accident plus tard

C’est en 1996 seulement que cette mère de famille motarde s’offre une 500 cm³. Puis une 600. Dix ans plus tard, un accident la stoppe net dans un rond-point. «Je suis tombée à cause d’un éblouissement. Je me suis réveillée 14 heures plus tard, aux soins intensifs du CHUV. J’ai eu 6 côtes et l’omoplate cassées, 7 fractures de la clavicule et un poumon perforé; mais heureusement, j’étais équipée de la tête aux pieds. J’ai eu les ligaments sectionnés à travers ma botte en cuir. Si je n’en avais pas porté, ça aurait donné quoi? Je n’aurais plus de pied…»

Malgré cette mésaventure qui en aurait découragé plus d’une, à la clinique déjà, Christine Zbinden «rêve de moto». Quelques mois plus tard, la 600 accidentée est remontée pour faire du circuit et la jeune femme s’achète une Kawasaki Ninja 1000 pour la route. Ses parents ont bien sûr eu une certaine appréhension, mais elle vit dans un monde de motards… A la même époque, elle rencontre Dan, qui tient une boutique de vêtements de moto. Passionné depuis aussi longtemps qu’elle, et membre du comité Motards.ch, il deviendra son second mari.

Inutile donc de demander à Christine de mettre la pédale douce. En 2007, l’association Swissmoto organise un cours de coach sur route, qui permet de réapprendre les bases du permis et d’accompagner des motards débutants. «En Suisse, on peut rouler avec une 1000 sans avoir la moindre notion de moto. Ce sont des bombes! J’encourage certains motards à aller se défouler sur le circuit le plus proche. Avec Swissmoto, on les accompagne, on leur explique la trajectoire des courbes. Toutes les motos sont contrôlées à chaque session.» Si la vice-présidente et trésorière de Swissmoto ne coache pas sur circuit, elle roule chaque semaine avec une ou deux personnes. Parfois même aux côtés de son mari avec le motard qu’il coache. Conseils de pilotage, aiguillages sur l’équipement adéquat – «Certaines personnes sont bien équipées alors que leur enfant est en jeans et baskets à l’arrière» – anticipation, sécurité… La transmission passe par une grande palette de détails. Le plus important pour la seule coach féminine (sur une équipe d’une cinquantaine de pros) étant au final de communiquer le plaisir de rouler.

Du coaching sur mesure

«Le but n’est pas de remplacer les moto-écoles. Il s’agit d’une autre approche, complémentaire. Parfois, les élèves s’entendent dire qu’ils doivent parcourir plusieurs centaines de kilomètres avant de prendre des cours. Alors comment doivent-ils se débrouiller? On est là pour combler cette lacune. On s’adapte à la personne que l’on accompagne, on essaie de lui faire surmonter ses craintes. Certains coachés ont besoin de se ressentir en sécurité après un accident. On leur démontre alors que leur moto tient la route.» Christine Zbinden, le regard pétillant, cite l’exemple d’une femme coachée récemment, partie en vacances au Portugal à moto avec son mari. Pour celle qui passe toutes ses vacances à moto sans exception – avec des étapes de 400 ou 600 km par jour – il s’agit d’une magnifique récompense.

Si elle trouve encore le temps pour d’autres loisirs, la pole dance et la spéléologie, c’est avec son deux-roues qu’elle est engagée pour la vie. En témoignent les deux alliances enforme de pneus à sa main gauche. «L’une est mon alliance avec la moto, l’autre celle de mon mariage avec Dan.»

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