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Ces femmes qui réinventent leur job

On ne veut pas vous flanquer le moral au fond du bac mais, dans une semaine, c’est la rentrée. Bye bye farniente, rebonjour collègues, boîte mail qui déborde et pause-café. Alors, quitte à retourner au bureau, si on réinventait son temps de travail? Si on se souvenait que le boulot, c’est aussi la santé? Hier nos parents se tuaient à la tâche. Aujourd’hui, on a tous envie de bosser, mais en ménageant sa famille, ses loisirs, ses copains et son petit confort personnel. D’autant qu’il faut désormais composer avec des vies toujours plus compliquées. La maternité, les enfants qui sortent de l’école à 16 heures ou encore un divorce transforment l’organisation des journées en numéro de jonglage. Bref, pour beaucoup de gens, le temps partiel est devenu la panacée. Jusqu’alors, son application concernait surtout des postes sans responsabilité. La nouveauté, c’est qu’il touche désormais des positions haut placées.

Cadre à mi-temps? Si, si, c’est possible. Cela s’appelle le jobsharing, soit le fait d’embaucher deux personnes pour un poste unique. Une place à deux têtes dont elle fait la promotion en organisant des Cafés Emplois, histoire de mieux faire connaître un système qui commence tout doucement à trouver ses adeptes. «Même si le principe est connu depuis longtemps», précise Françoise Piron, ingénieure EPFL en génie civil, fondatrice et directrice de Pacte, association qui favorise l’égalité des chances dans l’entreprise en permettant l’accès des femmes aux postes à responsabilités.

Perles rares à mi-temps

Mais pourquoi le jobsharing, idée pas si neuve que ça, ne prend-il que maintenant? «Parce que les mentalités ont évolué. Avec la crise, le principal souci des entreprises, en ce moment, c’est de pister les talents, de mettre la bonne personne au bon endroit. Parmi ces perles rares, il y a des hommes, mais aussi de plus en plus de femmes, et de mieux en mieux formées.» Des femmes pour qui un job à 50 ou 60% représente un taux d’occupation idéal, puisqu’il leur permet de garder du temps, surtout pour s’occuper des enfants. Elles constituent une manne superperformante qu’il serait dommage de laisser filer.

Face à cette nouvelle donne, les entreprises se sont donc adaptées. Le jobsharing offre l’avantage de proposer un emploi intéressant, voire de poursuivre sa carrière, même s’il convainc davantage de travailleuses que de travailleurs. «La famille motive aussi les hommes, mais moins. Ils préfèrent le temps partiel classique, un job de manager à 80%. Ils aménagent leur taux de travail pour poursuivre des études, entrer en politique ou se donner plus à fond dans une activité sportive», analyse la spécialiste, pour qui le jobsharing réclame un investissement intellectuel différent et assez conséquent. «Vous travaillez à mi-temps mais êtes responsable du poste à 100%. En cas de pépin avec votre binôme, vous devez pouvoir régler le problème, même si ce n’est pas à votre tour de le faire.» D’où la nécessité de combiner des duos qui fonctionnent bien. «Le mieux est de trouver deux personnes qui se connaissent et ont déjà travaillé ensemble. L’une ne doit pas prendre le pouvoir sur l’autre, c’est essentiel.» Compétences, temps de travail, salaires: tout est donc réparti équitablement.

Patricia Binggeli et Sophie Messerli job-sharent ainsi depuis trois ans. «Nous nous retrouvons un jour par semaine pour assurer le passage de témoin et faire le point sur les affaires en cours. Même si on communique beaucoup par e-mail, cet échange de visu est essentiel pour le bon fonctionnement de notre tandem, qui s’entend très bien», témoigne Patricia, senior administrative assistante au Centre suisse d’électronique et de microtechnique à Neuchâtel (CSEM). «Il est capital d’avoir le feeling avec sa «moitié». Le jobsharing, c’est comme un couple: il faut beaucoup communiquer, pouvoir tout se dire et se faire confiance.»

Ma maison, mon bureau

Si le jobsharing présente un avantage évident pour l’employé, où se situe le bénéfice de l’employeur? «Dans la complémentarité», répond du tac au tac Anne-Marie van Rampaey, directrice des ressources humaines au CSEM. Le jobsharing, elle y croit dur comme fer, au point de l’avoir mis en place au sein de l’entreprise il y a maintenant dix ans. «Vous avez deux personnes qui mettent en commun leurs compétences, leurs connaissances linguistiques et leurs personnalités. Le manager qui les supervise a, lui aussi, tout à y gagner: les gens s’organisent entre eux et il y a toujours quelqu’un fidèle au poste. Alors oui, le jobsharing réclame un effort, notamment en termes d’organisation, pour l’entreprise qui décide de l’adopter, mais sur le long terme le gain est immense», continue la cheffe des RH, qui déplore la trop grande frilosité des patrons suisses sur le sujet. «Le blocage est mental. On est toujours dans une ère du contrôle où la confiance est loin de régner. Mais lorsqu’on dirige une entreprise, il faut savoir prendre des risques.»

C’est le cas du télétravail entré gentiment dans les mœurs. Un ordinateur, une connexion internet et, hop, vous remplissez vos tableaux Excel au calme, dans votre living plutôt que dans l’openspace du bureau. Avantage? Opérer une coupure dans le train-train métro-boulot-dodo. Le danger? Que, dans le confort de son chez-lui, l’employé explose ses horaires et se retrouve à bombarder ses collègues d’e-mails à 2 h du matin. «Certaines entreprises édictent une charte pour éviter ce genre de problème», explique Françoise Piron, pour qui le télétravail fonctionne, mais à petite dose. «Pas plus d’un voire deux jours par semaine. Au-delà, vous vous détachez de l’équipe et n’avez plus accès aux informations informelles, bref, vous risquez de vous faire oublier.»

Un espace, 1000 métiers

A moins d’être son propre patron... Monter votre boîte, vous en rêvez. Seulement voilà, il y a parfois loin de la coupe aux lèvres. Certains ont quand même tenté le pari. A La Muse, à Genève, ils sont une quarantaine réunis dans un même espace. On les appelle les coworkers. Le concept est né en 2006 à San Francisco, ville la plus communautarisée des Etats-Unis. L’idée? Créer un réseau de travailleurs qui n’exercent pas le même métier mais bossent au même endroit. A Genève, deux de ces coworkspaces existent déjà et un troisième prévoit d’ouvrir en septembre.

Dans les faits, le coworking s’adresse à ceux qui démarrent leur entreprise mais n’ont pas les moyens de payer plein pot le loyer d’un bureau. Ici, ils peuvent réserver une place de travail qui comprend une connexion wi-fi, une salle de réunions et un accès illimité à la machine à café, selon un forfait calculé en fonction de leur taux d’occupation. Surtout, il recrée le lien social qui leur manque à la maison. «Cette année, nous avons franchi un palier. Nous sommes quarante-cinq à Genève et trente-cinq à Lausanne», explique Claire Gadroit, qui gère La Muse, tout premier espace de coworking à s’être implanté dans le canton, il y a cinq ans.

Nouveaux collègues

Car le coworking cartonne. Au pique-nique organisé tous les lundis entre midi et 14 h, une dizaine de participants partagent leurs expériences. Assis dans le canapé du coin détente, Charles Grossrieder raconte son projet «easy2family», site internet qui épaule les couples divorcés dans l’organisation compliquée de leur nouvelle vie de famille, recomposée ou pas. «Calendrier, partage de photos et de vidéos, informations personnelles sur les enfants, tout y est consultable de manière totalement sécurisée par les parents», explique cet ancien employé de banque remercié par sa boîte et devenu son propre patron. «J’ai commencé chez moi, mais ça n’allait pas. Il fallait résister à la tentation du frigo et à la musique en bruit de fond. Il y avait la solitude, surtout, qui devenait oppressante. Le coworking, c’est donc une vie de bureau en simili où vos collègues exercent un autre métier que le vôtre.

A La Muse il y a un exportateur de crevettes, un joaillier, un créateur de figurines, des développeurs de jeux vidéo ou encore une céramiste qui gère un atelier d’expression créatrice pour personnes en mauvaise santé. «Il ne s’agit pas de partage du travail. Ni de simplement venir s’installer à bon marché. Ceux qui viennent ici dans ce but ont tout faux», insiste Geneviève Morand, fondatrice de cette ruche communautaire. «C’est avant tout partager des compétences, élargir son réseau.» Car vivre ainsi ensemble augmente forcément les rencontres, donc le «Bump rate» des résidents. Bump rate? Traduisez «facteur de collision». Autrement dit: la chance de tomber sur la personne qui fera rebondir votre projet. Et ça marche. La preuve: Charles Grossrieder cherchait à rendre son site accessible en langues étrangères; il a demandé à Viviane, sa voisine de table, de l’aider à l’adapter en anglais. «La présence d’une autre traductrice et d’une interprète crée ici une sorte de minicommunauté professionnelle; nous nous consultons sur des difficultés de traduction, nous partageons des contacts», explique cette traductrice, rédactrice et correctrice bilingue français-anglais qui turbine à La Muse depuis un peu plus d’un an.

«Les gens restent entre trois mois et deux ans. Les derniers partants ont ouvert leur propre bureau. Ils étaient arrivés à trois, ils nous ont quittés à dix», reprend Geneviève Morand. Et qu’est-ce qui fait un bon coworker? La présidente de la fondation La Muse pour la créativité entrepreneuriale dresse son portrait type: «Il doit avoir le goût du partage et celui de l’ouverture. Il doit aussi savoir donner sans rien attendre en retour. Il constatera assez vite qu’il récoltera bien davantage que ce qu’il escomptait.»

Car tous les coworkspaces ne se ressemblent pas. «Il y a ceux qui sont plus orientés médias sociaux ou high-tech», analyse Geneviève Morand, qui prépare un livre sur ces communautés aux styles dispersés. Et le genre de La Muse, ce serait plutôt?… «Nous sommes ouverts à toutes les propositions. Il faut juste que le coworker qui s’inscrit chez nous porte un projet qui tienne la route.»

Elle travaille en «coworking»

Viviane Lowe, traductrice, Genève «J’ai pas mal vécu à l’étranger, au gré des déplacements de mon mari. Lorsque nous sommes finalement revenus vivre en Suisse, je me suis mise à la recherche d’un espace de coworking comme j’en avais connu à Hongkong et Tokyo. J’habite à la campagne. Etre sur place, au centre-ville, c’est pratique pour fixer des rendez-vous. Le reste du temps, tout dépend du volume de travail. Dans les périodes où j’ai besoin de passer six heures très concentrée, je suis quand même plus efficace à la maison.»

Elle travaille en «jobsharing»

Patricia Binggeli, assistante administrative À 60%, Neuchâtel «A l’origine, l’idée de mon jobsharing a été suggérée par l’entreprise. C’était il y a trois ans. A l’époque, j’étais enceinte. La direction m’a proposé de reprendre mon poste, après mon congé maternité, à temps partiel, en le partageant avec quelqu’un d’autre. Pour moi, c’était une excellente solution: elle me permettait de concilier mon activité professionnelle et ma vie de famille. J’ai choisi un taux d’activité à 60%. Le jobsharing imposant une parfaite égalité, ma «moitié» travaille elle aussi à 60%. Une partie de notre taux se chevauche donc.»

Les mots du boulot

Bonnes adresses et petit glossaire pour réinventer son temps de travail.

Le jobsharing La solution idéale pour les postes à responsabilités qui ne souffrent pas du temps partiel. Un jobsharing, c’est un travail à 100% partagé entre deux mi-temps.

Le coworking Idéal pour les indépendants qui ne souhaitent ni travailler en permanence seuls à la maison ni payer plein pot un loyer de bureau. Pour un forfait proportionnel au taux d’occupation, on dispose d’une place de travail avec connexion wi-fi, salle de réunions, accès illimité à la machine à café… et création du réseau social indispensable à toute activité.

Télétravail Littéralement «travail à distance», soit: bosser chez soi comme on le ferait au bureau. Plus de bavardages entre collègues, plus de réunions qui s’éternisent, enfin la vraie vie pour avancer sur ses dossiers! Une prise de distance avec son biotope professionnel qui s’avère très productive. A condition d’être mesurée: pas plus de deux jours hebdomadaires, sous peine d’engendrer une rupture du contact avec le groupe.

Pour vous lancer

Jobsharing www.pacte.ch – le site de l’association du même nom.
www.go-for-jobsharing.ch – le blog de deux jobshareuses heureuses.

Coworking A Genève: La Muse, www.la-muse.ch, tél. 022  733 84 05, également à Lausanne, tél. 021 566 19 67.
Cric Crac Croc, www.criccraccroc.ch, tél. 022 321 62 80
A Lausanne: Numéro 3, www.num3.ch, tél. 078 788 35 35
Espace Coworking Lausanne, www.eclau.ch

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