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Cannes: Adèle Haenel dans «La Fille inconnue» des frères Dardenne

Adele Haenel Cannes Dardenne

Les réalisateurs belges Luc (à gauche) et Jean-Pierre Dardenne et la Française Adèle Haenel.

© Alberto Pizzoli/AFP

Construit sous forme d'enquête, «La Fille inconnue» est centré autour du personnage de Jenny, jeune médecin généraliste. Un soir, elle n'ouvre pas sa porte à une jeune femme qui sonne après la fermeture de son cabinet. Le lendemain, elle apprend par la police que celle-ci a été retrouvée morte non loin de là. Alors que la police lui dit ignorer l'identité de cette jeune femme, Jenny va se lancer toute seule dans une enquête pour essayer de savoir qui elle est.

«On s'intéresse à notre personnage, qui est le Docteur Jenny. Et c'est quelqu'un qui va se sentir responsable, alors que personne ne se sent responsable. C'est pour ça qu'elle va mener cette enquête», a expliqué lors d'une conférence de presse Luc Dardenne, 62 ans, le cadet des deux frères.

«Il y a longtemps qu'on parle d'un personnage qui essaie de réparer, je pense que c'est venu de là. On a parlé de quelqu'un qui voulait réparer, et qui n'allait pas passer son temps à essayer d'esquiver les questions et les responsabilités», a renchéri son frère Jean-Pierre, 65 ans.

Habitués du Festival de Cannes, où ils font partie des rares cinéastes à avoir remporté deux fois la Palme d’or, pour «Rosetta» en 1999 et «L'Enfant» en 2005, les frères Dardenne, chantres d'un cinéma social enraciné en Belgique, situent à nouveau leur film à Seraing, dans la banlieue industrielle de Liège, leur ville natale, où ils aiment tourner leurs films.


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Un cinéma épuré

Comme ils le faisaient dans leur précédent opus «Deux jours, une nuit» avec le personnage d'ouvrière interprétée par Marion Cotillard, allant frapper chez ses collègues pour les convaincre de renoncer à leur prime, les frères Dardenne filment au plus près le personnage de Jenny, dans une mise en scène épurée. La caméra la suit dans son cabinet avec ses malades, dans ses déplacements pour des visites et, surtout, dans son enquête, allant de place en place avec la photo de la jeune femme pour essayer de retrouver ceux qui l'auraient vue et découvrir son identité, poussant peu à peu les autres à changer avec elle.

Adèle Haenel, qui collabore pour la première fois avec les frères Dardenne, interprète cette femme déterminée, tout en retenue. «Ce personnage devient un autre, il est possédé par la fille inconnue qu'elle ne connaît pas, dont elle n'a pas vu le corps, dont elle a juste l'image, image qui la concerne au plus haut point», a expliqué Luc Dardenne.

Traquant la vérité de leur héroïne et des autres personnages du film, les frères Dardenne poursuivent dans leur veine naturaliste pour poser la question de la responsabilité individuelle. Si leur sujet a une large portée sociale, ils réfutent cependant avoir voulu faire «un film à thèse».

«Nous, on ne fait pas des thèses sur telle ou telle situation. On est avec un personnage. Et ce qu'on espère, c'est que le spectateur en tant qu'individu soit concerné par ce comportement exceptionnel, peut-être un peu aberrant, peut-être exagéré, peut-être fou de Jenny», a ajouté Luc Dardenne.

«Ce qui nous intéresse, ce sont les gens. Mais c'est certain que le spectateur peut le lire comme une histoire qui fait un diagnostic sur la société aussi», a-t-il estimé.

Applaudi, mais également hué à la projection de presse, ce film au rythme lent a suscité nettement moins d'enthousiasme à Cannes que «Deux jours, une nuit» présenté en 2014 au Festival.

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