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C’est en 1962 que l’actrice s’engage pour la première fois, choquée du traitement réservé aux veaux dans les abattoirs. Toujours aussi rebelle, elle répond à nos questions.

FEMINA Comment est né votre amour inconditionnel pour les animaux?
BRIGITTE BARDOT
En même temps que moi, le 28 septembre 1934.

Quand vous êtes intervenue pour la première fois en faveur de la cause animale, en 1962, est-ce que vous imaginiez l’ampleur du mouvement que vous avez initié?
On ne peut jamais prévoir les répercussions que certaines interventions vont provoquer cinquante ans après…

En 1962, précisément, vous veniez de tourner «Vie Privée» avec Louis Malle. Un film dans lequel vous interprétiez le rôle d’une vedette traquée comme un animal, situation que vous viviez dans la vie réelle. Ce filma-t-il contribué à déclencher une remise en question personnelle, sur l’existence que vous vouliez vraiment mener, loin de la célébrité, des paillettes et des paparazzis?
J’ai énormément souffert de cette célébrité qui m’a rendue prisonnière de moi-même et à laquelle je n’échappe toujours pas.

Quel est l’engagement en faveur de la cause animale dont vous êtes la plus fière?
C’est mon engagement en général dont je suis fière. C’est un peu comme rentrer dans les ordres de la protection animale, comme on rentre en religion, en faisant abnégation de beaucoup de choses.

Vos appels en faveur d’un meilleur traitement des animaux obtiennent un écho considérable en Europe. Qu’en est-il en Asie, notamment en Chine, ou bon nombre d’animaux que nous considérons comme des amis de l’homme sont utilisés comme des produits de consommation courante, que ce soit en cuisine ou en pharmacie?
Nous obtenons avec beaucoup de difficultés certaines améliorations en France, des miettes par rapport à l’énergie que nous dépensons car les gouvernements successifs se sont montrés avares et indifférents. Alors vous pensez bien que dans des pays asiatiques, on peut aller se faire foutre!

Combien de personnes participent, directement ou indirectement, aux activités de votre fondation?
Nous sommes près de 90 salariés, dont une quarantaine de saisonniers, et plus de 600 bénévoles.

Bien avant Mai 68, vous étiez le symbole de la femme libre, indépendante, revendiquant liberté de parole et liberté sexuelle sans se soucier du qu’en-dira-t-on. A l’époque, autant que votre beauté, ce comportement qualifié parfois de scandaleux a déchaîné les passions. Pensez-vous qu’il a également été un modèle pour des femmes rêvant d’émancipation? Certaines vous en ont-elles parlé?
Ecoutez, je me fiche pas mal de cette liberté des femmes que l’on m’attribue alors que je m’assieds dessus. Chacun fait ce qu’il veut de sa vie .Moi, j’ai vécu comme je le voulais sans penser à tout ce fourbi.

Vous vous êtes retirée du monde du cinéma jeune, à 39 ans. Pour quelle raison avez-vous pris cette décision?
Je me suis retirée du jour au lendemain du cinéma sans jamais y revenir parce que j’avais décidé de donner le reste de ma vie à la protection des animaux. Ça n’a pas été tous les jours facile, car on ne passe pas comme ça d’un extrême à l’autre. J’ai dit à l’époque: «J’ai donné ma jeunesse et ma beauté aux hommes, maintenant je donne mon expérience et le meilleur de moi-même aux animaux.» J’ai dû apprendre, je me suis fait ridiculiser, mais j’ai tenu bon contre vents et marées et, aujourd’hui, ma Fondation à qui j’ai tout donné est une des plus puissantes de France et du monde.

Vous est-il arrivé de regretter d’avoir arrêté de tourner?
Mais non, je ne regrette rien.

De tous vos films, quel est votre préféré?
J’aime La vérité, L’ours et la poupée.

Le fait de vous revoir sur l’écran à l’époque de votre gloire vous rend-il nostalgique?
Je ne regarde jamais en arrière.

Y a-t-il des films que vous regrettez de ne pas avoir tournés?
Mais non voyons, sinon je les aurais tournés.

Après votre «retraite» du grand écran, avez-vous gardé des liens d’amitié avec certains acteurs avec lesquels vous aviez tourné?
Avec Alain Delon, qui soutient mon action et que j’aime profondément. Et Belmondo, de temps en temps. Robert Hossein est également un ami proche.

Actuellement, comment passez-vous vos journées?
A répondre à vos questions et à mon courrier, très abondant. Je m’occupe de mes animaux qui sont le soleil de ma vie.

Vivez-vous toujours à la Madrague?
Oui, je ne vis pas dans un tonneau... enfin pas encore!

Quelles réflexions vous inspire la société actuelle?
Une catastrophe, une décadence, une détérioration, une tristesse, une fin de tout, une emprise de la drogue qui détruit, une insécurité qui ravage, un manque de liberté totale. Une démographie galopante qui envahit le monde et extermine les animaux.

Vous est-il pénible de vieillir?
Il faut accepter de vieillir et de mourir, c’est la loi de la nature. J’ai beaucoup de chance d’avoir atteint ces 77 ans.

Compte tenu du développement remarquable de la Fondation Brigitte Bardot, quel bilan tirez-vous des 50 dernières années?
Qu’avec courage, volonté et amour on peut arriver à ce qui est le but de notre vie. Ma fondation me survivra et continuera mon combat. Elle est mon héritage, ma succession et la prolongation de ma vie.

Quel message souhaitez-vous adresser aux lectrices de Femina?
Mes petites filles de Femina, restez aussi naturelles, laissez pousser vos cheveux, il n’y a rien de plus beau pour une femme, soyez féminines – c’est notre qualité première – et, dans la mesure du possible, aimez les animaux. Je vous embrasse tendrement.

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