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Fille d’un pharmacien nîmois qu’elle adorait et pour qui elle a voulu devenir célèbre, égérie de la Nouvelle Vague, Bernadette Lafont illumine les écrans de son insolence, de son naturel, de sa voix inimitable, depuis plus d’un demi-siècle. Le 26 octobre prochain, la populaire et charismatique actrice, à l’affiche de tant de films qu’elle en a perdu le compte, va fêter ses 75 ans. Difficile à croire quand on la rencontre dans les locaux de la Gaumont à Neuilly.

Ligne de jeune fille, impeccablement maquillée et coiffée, la comédienne est pimpante, dynamique, chaleureuse. Depuis toujours, le théâtre et le cinéma dominent son quotidien, la motivent et la font avancer. Mais au-delà de Paulette, où elle incarne une mamie dealeuse de shit méchante et raciste, cette native du Scorpion se plie avec grâce et humour au jeu de l’interview pour dévoiler une part plus intime.

FEMINA Hors des plateaux ou de la scène, qui êtes-vous et comment vivez-vous?
BERNADETTE LAFONT Une personne ordinaire qui a vécu une enfance heureuse, s’est le plus souvent bien amusée, et une têtue qui a l’habitude de réaliser ses rêves. Je mène une existence simple, saine, très réglée. Je suis assez monacale, je sors peu, je dors beaucoup. Je suis du matin, dont l’énergie me dope. Fervente adepte de l’effort physique, je pratique assidûment le Pilates pour me tenir en forme et me donner à fond dans mon métier.

Des moments de détente quand même, au milieu de cette activité forcenée?
Je n’ai pas la télévision, mais j’écoute beaucoup la radio. Je fais du feu dans ma cheminée, je lis, surtout des biographies. Je suis curieuse de tout ce que je ne connais pas et je n’ai jamais fini d’apprendre.

L’automne prochain, vous fêterez vos 75 ans. Est-ce que cela vous angoisse?
Non. Tant que je travaille et que j’aides projets, la vieillesse ne me fait pas peur. Et j’en ai des tas, de projets! A part mon métier, j’ai une passion, les travaux dans les maisons. J’en ai deux. Une dans les Cévennes et l’autre dans les Deux-Sèvres, vers Saumur. J’adore les arranger. Sinon, j’aime aller au marché et dénicher de quoi préparer des repas pour mes amis. Je me prends deux jours. Un pour les courses l’autre pour cuisiner. Souvent des plats à base de champignons... Je ne suis pas très dessert, mais je réussis des mélanges de fruits crus et cuits.

Votre anticonformisme est légendaire. On a même dit que vous incarniez l’indépendance sexuelle et intellectuelle. Dans «La fiancée du pirate», les hommes tombent comme des mouches face à vous.
Si vous voulez la liberté, prenez-la, n’attendez pas qu’on vous la donne. C’est ce que j’ai fait. Il y a tant de pièges dans la société. Quant à l’indépendance sexuelle, chaque chose en son temps. Aujourd’hui… Mais il est vrai que je n’ai pas boudé mon plaisir, particulièrement dans les années avant le sida. J’ai eu plein d’amants. Je ne suis d’ailleurs pas la seule. A cette époque on faisait l’amour comme on prenait le thé.

Vous sentez-vous plus femme, mère, ou comédienne?

Difficile de répondre. J’ai eu deux maris, trois enfants, un garçon et deux filles, dont Pauline, qui est morte dans un accident de forêt en 1988. Il y a un avant et un après Pauline… On ne se remet jamais d’une telle tragédie… Mais mon métier m’a sauvée. Je suis donc davantage une comédienne dans la mesure où j’ai choisi le métier d’abord.

En dépit de votre côté décomplexé, y a-t-il des choses qui vous font rougir?
Je suis souvent choquée. Par la vulgarité, l’incivilité, le spectacle parfois navrant qu’offrent nos politiciens. Mais cela ne me fait pas rougir, cela me met en colère. Comme l’abandon des vieux qui a inspiré Paulette, mon dernier film. Il est parti de l’histoire vraie d’une vieille dame, qui décide de trafiquer du haschisch dans sa cuisine pour ne pas se retrouver à la rue. Aujourd’hui, on veut nier la vieillesse. Tout le monde doit être jeune et beau. C’est fatigant.

Quel est le plus beau compliment qu’on vous ait fait. Et de qui venait-il?
De Robert Hirsch, un acteur pour qui j’ai une dévotion absolue. Il dit toujours en m’accueillant: «Voila le plus beau sourire du cinéma français.»

Y a-t-il une chose que vous ne savez pas faire et qui vous handicape?
Je suis nulle en pâtisserie, c’est dommage pour mes petits-enfants. J’en ai cinq. Trois filles et deux garçons. Et puis il y a une chose que je regrette bien qu’elle ne soit pas un handicap, c’est de ne pas avoir appris à monter à cheval. J’avais en fait une véritable peur de cet animal.

Revenons au cinéma, vous avez tourné quelque 150 films, des courts-métrages, des téléfilms... N’avez-vous jamais eu envie de passer derrière la caméra?
N’importe qui aujourd’hui se pique de réalisation. Mais je respecte trop le cinéma pour cela. Il faut avoir quelque chose à dire. Je suis à ma place dans mon histoire d’interprète et ça me va très bien.

Comme vous ne vous arrêtez jamais, où et quand vous retrouvera-t-on prochainement?
En février, je serai sur scène à l’Opéra Comique dans Ciboulette, mis en scène par Michel Fau. Et au cinéma, on me verra dans Attila Marcel, une comédie de Sylvain Chaumet.

Une dernière question, Bernadette Lafont. Si vous pouviez recommencer votre vie?
Je crois bien que je referais la même chose. Ou peut-être serais-je chorégraphe. Je viens de la danse, même si je ne l’ai pratiquée qu’en amateur.

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