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Etre actrice, c’est se tromper soi-même pour devenir une autre. Frêle et forte, fantasque et réfléchie, désinvolte et sérieuse, intrépide souvent, flippée parfois, Sylvie Testud surfe sur le registre de ses opposés avec la grâce et la maîtrise d’un funambule sur un fil. Femme aussi singulière que plurielle, elle s’amuse à brouiller les pistes, à n’être jamais là où on l’attend. Que ce soit au cinéma, au théâtre ou en librairie. Derrière ou devant la caméra. Un vrai tourbillon. En janvier dernier, elle lance un pavé dans la mare du septième art en publiant le roman C’est le métier qui rentre (Ed. Fayard), où elle règle ses comptes avec l’univers du cinéma. Fin avril, elle hante les salles obscures. Trois rôles, trois façons d’être envisagée. Par Alexandre Arcady dans «24 jours», par Frédéric Schoendoerffer dans «96 heures», et par Agnès B. (son premier long-métrage) dans «Je m’appelle Hmmm…» Une omniprésence. Normal, sa forte personnalité fait mouche et a été saluée par de nombreux prix, dont deux césars.

Mais ne lui dites pas que tourner relève de son vocabulaire quotidien, ni que sa filmographie à rallonge donne le tournis, car la jeune quadra née à Lyon rétorque: «Quand vous passez en revue vingt ans d’une vie, ça paraît énorme. J’aime être dans l’action, mais je n’ai pas l’impression de friser le surmenage.»

Image trop glorieuse

Du recul, de l’autodérision, l’insoumise au physique de brindille en a à revendre. Alors qu’attablées à une terrasse, on aborde le chapitre «Sous les jupes des filles» pour l’interroger sur ce qui l’a convaincue d’embarquer dans cette joyeuse aventure orchestrée par Audrey Dana, elle livre soudainement bataille: une haie indisciplinée de plantes en pots taquine de trop près ses cheveux. «Non mais, moi qui m’étais coiffée!» Puis elle se ravise: «C’est l’énergie d’Audrey qui m’a fait monter dans le bateau. Je n’ai pas dit oui sur un scénario, mais sur un désir.» Touchée d’avoir été élue par la réalisatrice-actrice pour son côté représentatif des différents visages de la femme du XXIe siècle, elle poursuit: «C’est émouvant d’entendre que l’on fait partie des nanas dans lesquelles on peut se reconnaître.» Quelle était l’image projetée? «Très glorieuse, trop. Audrey me voyait comme quelqu’un de vif, une intrépide se riant des diktats. Mais j’ai dû la corriger et lui préciser que j’étais une vraie peureuse. Je souffre d’un symptôme enfantin qui se déclenche dans le noir, une fois la lumière éteinte. J’en parle dans un de mes bouquins: «Le ciel t’aidera». J’y raconte le grand courage que je peux avoir le jour et la terreur qui me prend la nuit. Seule dans la rue, j’ai beau avoir 300 mètres à franchir, je cède à la panique. Avec les scénarios catastrophe qui se bousculent dans ma tête, je pourrais faire flipper une armée! Ce sont des peurs possibles et non des frayeurs dingues.»

Voilà donc qui explique le tempérament ultracraintif de Sam, son personnage dans «Sous les jupes des filles». Mais comment a surgi l’idée de lui faire endosser un rôle de gynécologue? «Parce que c’est la première personne qui te libère, celle qui te donne le droit d’avoir un rapport sans tomber enceinte… Audrey pensait que j’étais quelqu’un d’absolument libre. J’aurais voulu répondre oui. Sauf qu’on ne l’est jamais assez.» Et l’affranchie de regretter d’être d’une génération proétiquettes, ficelée dans des contraintes puritaines. «Je suis une admiratrice des Agnès B., Sonia Rykiel, de la réalisatrice Chantal Akerman, de ces quinquagénaires et plus qui n’ont pas eu à choisir entre être intellectuelle ou séductrice. Aujourd’hui, les choses se tendent. On doit opter pour un camp: être un cerveau ou une bimbo, une coincée ou une libertine… A l’époque, l’adultère me semblait mieux accepté.»

Mentir pour de vrai

L’infidélité, le thème lui parle. Bizarre, elle et son compagnon informaticien étant des champions de la durabilité. «On s’est rencontrés à l’adolescence. Mais on s’est payé pas mal de breaks, dont un de huit ans! Reste que la fidélité est une notion que je ne comprends pas. Je lui préfère la sincérité.» La recette de la longévité de son couple? «Elle est en lien avec mon métier. Je passe le plus clair de mon temps à sortir de moi, à me glisser dans la peau d’autrui. Etre actrice, c’est se tromper soi-même pour devenir une autre. Si je vendais des pans-bagnats, j’aurais sans doute besoin d’aller voir ailleurs. Prendre le même train pour aller toujours au même endroit, ça doit rendre fou!» A voyager dans tant de corps étrangers (Sagan, Calamity Jane, Amélie Nothomb dans «Stupeur et tremblements…»), à mentir pour de vrai, ne risque-t-on pas de se perdre de vue? «Non, au contraire. Si vous avez bien fait votre job, vous n’avez pas de mal à vous en aller, à redevenir vous-même.»

Attentive à l’éducation de ses enfants, Ruben, 9 ans, et Esther, 3 ans et demi, elle avoue sa difficulté à s’improviser guide suprême: «Donner des ordres, ce n’est pas mon truc. Après, j’ai de la peine à leur expliquer que parfois, et c’est de leur âge, ils doivent se soumettre à l’autorité. Je répète à mon fils: «Patiente, quand tu seras grand, tu feras ce que tu veux.» Et sûr qu’à l’école de l’autonomie ces deux petits-là disposent du meilleur modèle de figure libre.

Votre cadeau Ça dépend. En ce moment, j’offre à tout le monde «Her Majesty», un livre classe consacré à la reine d’Angleterre paru aux Editions Taschen. Il est kitch à crever, j’adore!

Votre péché mignon Tous les matins, il me faut mon camembert. Je le trempe dans le café. Pour mon mec, c’est une cause de divorce!

Votre truc antistress Dormir. Il me faut 9 heures de sommeil au minimum. Mais j’ai horreur des siestes: j’ai peur de rater quelque chose.

Le lieu qui vous ressemble Les gorges du Verdon, en Haute-Provence. Eau, caillasse, arbres, herbe: cet endroit est comme moi, un mélange d’un peu tout.

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