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Il y a deux ans, quand Maxime est né, «j’ai pris conscience du cadeau que c’était d’avoir pu le mettre au monde en respectant le processus naturel de la naissance», raconte Sarah Duflon, une éducatrice de 29 ans. Cela veut dire que la jeune femme n’a pas recouru à une péridurale, qu’aucun appareillage sophistiqué n’a enregistré en permanence l’avancée du travail, et qu’elle a pu choisir les positions qui lui convenaient le mieux jusqu’à ce que son bébé montre le bout de son nez. Le tout dans un environnement chaleureux et intime… à l’hôpital.

Une sage-femme a assuré le suivi de sa grossesse et les suites de son accouchement. Cela s’appelle un accouchement «physiologique».Un terme plutôt rébarbatif. Pourquoi pas «naturel»? «Parce que cela donne une idée de retour en arrière. Et on pense tout de suite aux dangers pour la mère et l’enfant, répond Sarah Duflon. Or cette manière d’accoucher ne comporte pas plus de risques.» Cette affirmation est confirmée par de nombreuses études scientifiques: l’hypermédicalisation de routine, pratiquée même en l’absence de tout facteur de risques peut entraîner des interventions (péridurales, césariennes, épisiotomies etc.) non justifiées pouvant avoir des conséquences négatives pour la mère et le nourrisson.

En gestation au CHUV

Depuis son expérience «formidable», Sarah Duflon a contribué à fonder l’association «Naît-Sens» qu’elle préside. Son but: informer le public et les futurs parents sur les alternatives aux accouchements médicalisés. Qui se pratiquent à domicile, en maisons de naissance gérées par des sages-femmes ou, de plus en plus, en milieu hospitalier. Dès le 29 septembre 2012, ses membres seront présents chaque dernier samedi du mois au marché de Lausanne.

«Naît-Sens» soutient le projet d’une unité de soins ce type que le CHUV devrait bientôt ouvrir au sein de sa maternité à l’initiative d’un groupe de sages-femmes. Le budget doit être avalisé, et «si la décision est positive, nous pourrons démarrer dans quelques mois, déclare Jocelyne Bouton, directrice des soins du département de gynécologie et d’obstétrique. Notre unité d’accouchements physiologiques proposera un suivi complet, du début de la grossesse au post-partum. Le fonctionnement sera assuré par des sages-femmes.» En cas de problème, médecins spécialisés et technologie nécessaire sont prêts. «Depuis que le projet est connu, de très nombreuses femmes nous contactent, relève Jocelyne Bouton. On peut parler d’engouement!»

La création de cette unité serait une première par son ampleur. Mais plusieurs hôpitaux se sont déjà engagés dans cette voie. A Zurich, Berne ou Aigle (où Sarah Duflon a accouché), qui a repris le flambeau de Châtel-Saint-Denis pionnier en Suisse romande. A Genève, les HUG ont accédé à la demande de l’association «Bien-Naître» et depuis plus d’un an des sages-femmes agréées peuvent accoucher leurs clientes dans une salle de la maternité. Selon Ana Bela Gallo, «la collaboration se passe très bien. Nous assurons une vingtaine d’accouchements par an, mais nous n’arrivons pas à répondre à la demande».

Effet de mode ou changement de mentalité? Pour Jacques Seydoux, président de la Société suisse de gynécologie et d’obstétrique, «cette évolution est une solution d’avenir que je soutiens». Il parle en connaissance de cause puisque à l’hôpital de Delémont où il occupe le poste de médecin-chef, une salle «nature» a été aménagée (baignoire, ballon, lit spécial…). «Il est indéniable que les progrès de la médecine ont permis de réduire les risques et sauvent des vies, affirme le spécialiste, mais on est peut-être allés trop loin.»

Quant à Liliane Maury Pasquier, présidente de l’Association suisse des sages-femmes, elle constate que «les femmes veulent redevenir sujets et non plus objets pendant leur grossesse et leur accouchement». Elle insiste sur une bonne information: «S’il n’y a aucun facteur de risque, les femmes doivent pouvoir choisir leur manière d’accoucher en toute connaissance de cause.»

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