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Depuis quelques mois, les études scientifiques qui mettent en garde contre la surconsommation de vitamines et suppléments alimentaires sortent en rafale. Et des spécialistes multiplient les mises en garde, comme certains experts de la lutte contre le cancer aux Etats-Unis ou le professeur de médecine bernois Peter Jüni. Ce dernier déclarait en janvier 2012 qu’en Suisse, chaque année, 300 personnes mouraient d’avoir ingéré trop de gélules ou de pilules censées nous faire du bien. Une estimation mathématique, contestée, par exemple, par le Dr Ulrich Moser, président de la Société suisse de nutrition (SSN),mais qui a fait l’effet d’une bombe.

Pourquoi une telle offensive? «Parce que ce marché, déjà colossal, ne cesse de se développer et que les gens recourent de plus en plus à ces substances, répond le Dr Vittorio Giusti, spécialiste des troubles alimentaires au CHUV. C’est paradoxal: les campagnes de prévention pour sensibiliser la population à l’importance d’une bonne alimentation pour la santé, ont été un énorme succès. Qui n’a pas entendu parler des 5 fruits et légumes par jour? Mais cette prise de conscience a un revers: les gens ont réalisé qu’ils se nourrissaient mal, alors ils pensent compenser avec des suppléments.»

En Suisse, selon une étude menée au CHUV en 2007, une personne sur quatre, y recourt. Notre pays est encore loin derrière les Etats-Unis (une personne sur deux),mais la tendance est à la hausse. Or, les vitamines fabriquées en laboratoire n’agissent pas comme celles que nous absorbons grâce à notre alimentation. Ce phénomène n’est pas encore complètement expliqué: «On suppose que les vitamines «naturelles» sont associées à d’autres substances qui facilitent leur absorption au niveau cellulaire, raconte le Dr Giusti. Et que notre corps maintient un équilibre subtil parmi vitamines et minéraux.»

Toute prise excessive de tel ou tel supplément, voire de cocktails «maison», risque de le rompre. Au point même de transformer des substances normalement bénéfiques en dangers pour la santé. Prenons les fameuses vitamines antioxydantes (A, C, E, bêta-carotène). Consommées dans l’alimentation, elles sont considérées comme des alliées de poids contre le cancer. En 1994, des chercheurs finlandais ont donc voulu prouver que des doses élevées de bêta-carotène (synthétiques) protégeaient les fumeurs du cancer du poumon. Leur étude a démontré le contraire! Ce résultat était tellement inattendu que des travaux identiques ont été menés aux Etats-Unis. Le verdict a été le même... Quant à la vitamine E, elle n’a pas non plus tenu ses promesses de défense contre le cancer de la prostate. Une étude américaine de longue durée lancée en 2001 a même dû être interrompue prématurément quand on s’est rendu compte qu’à haute dose, la prise de vitamine E augmentait les risques de contracter la maladie.

L’euphorie, c’est fini!

Pour le président de la SSN, il n’y a pas de doute: «La période d’euphorie autour des suppléments synthétiques est derrière nous.» Il faut dire qu’ils portaient des espoirs démesurés. Dans les années 50, on croyait que ces vitamines, faciles et peu coûteuses à produire, permettraient à tous d’être bien nourris. Puis, on a pensé – certains en sont encore convaincus, d’autres veulent nous le faire croire – qu’elles pourraient prévenir les maladies, retarder le vieillissement et apporter le bien-être.

Ce n’est pas le cas. Faut-il pour autant regarder avec suspicion notre tube de vitamine C ou renoncer aux gélules qu’on prend pour renforcer nos ongles et nos cheveux? «Absolument pas, rassure le Dr Giusti, tout est une question de mesure. Personnellement, je n’ai par exemple rien contre la prise d’un cocktail de vitamines au printemps. Mais il faut éviter d’en prendre trop, trop longtemps et de les mélanger.»

Ulrich Moser, 66 ans, qui affirme prendre des suppléments multivitaminés régulièrement depuis dix ans, ne dramatise pas non plus. «Contrairement aux Etats-Unis, en Suisse, les dosages sont strictement contrôlés. Aussi bien pour les suppléments achetés comme tels que pour ceux qui sont ajoutés à des produits alimentaires.»

Reste que certaines personnes n’hésitent pas à se «shooter» à coups de tablettes pour se faire du bien, comme ce patient du Dr Giusti qui avait tant forcé sur la vitamine C qu’il a dû être hospitalisé pour des calculs rénaux. Attention donc aux overdoses. Si avec les vitamines présentes dans l’alimentation on n’atteint jamais la cote d’alerte, avec les synthétiques, à très haute dose, le risque existe. En conclusion, pour nos experts, actuellement, rien ne vaut les vitamines et les minéraux contenus dans notre assiette ou notre verre. Et, en règle générale, seules quelques situations de santé particulières (voir encadré) justifient un recours aux produits de synthèse.

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