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Complètement accro aux nouvelles technologies, imaginatif, et surtout doté d’yeux très, très baladeurs. Le Big Brother déjà un brin mateur du roman «1984», de George Orwell, commence à sentir sérieusement le soufre sous notre ère hyperconnectée. Tous les signaux indiquent en effet une envolée de la pratique du voyeurisme, mode zizi sexuel, chez les internautes et les possesseurs de smartphones. Une foule pas forcément sentimentale, qui prend de plus en plus plaisir à scruter l’anatomie de son prochain sous des coutures en principe réservées à la seule sphère privée. A son insu, souvent, mais aussi avec son consentement, lorsque l’émoustillement est réciproque.

Dans les faits? Rangeons sagement au musée l’archétype du maniaque perché sur sa branche d’arbre et opérant avec des jumelles. Les miracles de l’internet 2.0 permettent aujourd’hui de transformer n’importe quel quidam en véritable satellite espion du nu. Avec des disciplines bien identifiées: «sexting» (échange d’images coquines sur téléphone), sexe par webcam interposée… Ou contemplation de photos intimes sur la toile, la plupart du temps de provenance douteuse car volées, comme dans l’affaire du «Fapenning», ces clichés de célébrités déshabillées, dont Jennifer Lawrence et Kirsten Dunst, diffusées et partagées à grande échelle sur le web cet automne. Un jeu parfois dangereux: «Le désir se nourrit d’un peu d’interdit et de voyeurisme, fait remarquer la sexologue Marie- Hélène Stauffacher, à Genève. On peut être à côté de la plaque sur le plan juridique, et ne pas l’être sur le plan sexuel. L’envie de septième ciel virtuel n’est pas toujours éthique.»

Pénis dans un verre de vin

Difficile de ne pas être interpellé par les chiffres. Selon un sondage réalisé par l’institut Ifop en 2013 en France, qui pointe du doigt les tendances voyeuristes ascendantes au sein de la société online, une personne sur trois est excitée par la vue d’un couple surpris en pleins ébats, et une sur cinq avoue avoir déjà «fait l’amour» avec quelqu’un depuis son écran. Des statistiques en augmentation depuis 2009.

Ces regards avides ne sont pas toujours ceux d’inconnus. Plusieurs scandales venus du monde politique ont défrayé la chronique ces dernières années. En 2013, Anthony Weiner, candidat démocrate ultrafavori à la mairie de New York, voyait sa carrière brisée après la révélation de son addiction aux sextos. Au même moment, un député australien devait démissionner à cause de son goût pour le troc de selfies classés X avec de jeunes correspondantes, l’une d’elles ayant reçu de sa part une photo de son pénis trempant dans un verre de vin.

Tous un peu voyeurs, donc. Et finalement, rien de bien étonnant. Dans une société où «le temps passé devant un écran est en passe de devenir la seconde activité après le sommeil», comme le prophétisait l’essayiste Jacques Gautrand durant les années 2000, dans une société qui a digéré depuis longtemps le choc des débuts de la télé-réalité et qui tend à nous rendre transparents sur les réseaux sociaux, il était prévisible que l’indiscrétion générale s’immisce jusque sous nos vêtements. «Le web amène les internautes à être des voyeurs au quotidien. Un comportement qui les encourage sans doute à agir de la même manière dans leur sexualité», commente Sami Coll, sociologue spécialiste des nouvelles technologies à l’Université de Genève. «Et puis, on ne cesse d’explorer toutes les dimensions de l’outil internet, parmi lesquelles l’assouvissement de nos propres désirs, relève quant à lui le sociologue de l’image Gianni Haver, de l’Université de Lausanne. Le voyeurisme tendancieux est évidemment favorisé par la technologie, puisque l’image n’a jamais été aussi facilement produisible et consommable.»

Voir sans être vu

Plus de web égale plus de numérique dans notre vie sexuelle: OK, assez logique. Mais pourquoi plus de voyeurisme? Peut-être parce qu’il est plus facile de se laisser guider par ses fantasmes, là, dans cette toile où l’on peut naviguer de façon anonyme. Voir sans être vu. Convoiter à l’envi sans être surpris, ni démasqué. «Morale, honte, jugements, on est soudain libéré de tous les éléments qui peuvent nous entraver», observe le chercheur lausannois. Cela conjugué à un vivier inépuisable de potentiels objets du désir. On comprend dès lors mieux le succès de la fameuse Chatroulette, ce forum vidéo dans lequel des milliers d’internautes se font à la fois voyeurs et exhibitionnistes.

Reste que dans cette histoire la technologie a bon dos. S’il est indéniable que les ivresses du surf sur internet influent sur nos comportements, notre nouvelle manie collective d’aller regarder sous les jupes et les caleçons doit également être lue comme un symptôme. Celui d’une société hypersexualisée qui, paradoxalement, cherche à ramener un peu d’ordre, ou du moins de lisibilité dans le paysage, note Marie-Hélène Stauffacher. «Les gens ne savent plus trop ce qu’est la normalité dans le domaine sexuel, explique la sexologue. Voir l’autre dans sa dimension érotisée, c’est pouvoir se comparer à lui et tenter ainsi de se situer soi-même, de se rassurer. Ce besoin n’est pas nouveau, sauf que le retour du puritanisme, le double discours libéral et conservateur l’accentuent énormément.»

La quête d’une norme, d’une identité, à travers l’image des autres. Démarche inconsciente typique des tâtonnements adolescents, non? Justement, le voyeurisme 2.0 connaît sa plus forte hausse chez les moins de 25 ans. Des travaux menés par la psychiatre canadienne Debra Katzman montrent notamment que le sexting est favorisé par la psychologie des ados, alors en plein défrichage de soi et testant leurs limites. Le sexe virtuel serait également une opportunité d’explorer la sexualité sans les risques de grossesse ou de MST, devenant une nouvelle manière excitante de flirter avant de passer réellement à l’acte. Bref, quelque chose du rituel initiatique.

Mes voisins si sexy

En grattant un peu plus le vernis tape-à-l’œil de ce phénomène du voyeurisme en ligne, on s’aperçoit pourtant vite qu’un autre enjeu fraie sous la surface: la quête d’une certaine authenticité. «Nous cherchons clairement à fuir la mise en scène permanente de notre monde, la scénarisation des rapports humains qui touche jusqu’à la représentation de la sexualité», analyse Gianni Haver. La preuve? La pornographie éditoriale traverse une crise sans précédent. Acteurs à la plastique stéréotypée, scénarios copiés-collés, diktat de la performance: toute cette sacro-sainte Trinité de l’industrie du X se voit remise en question. Car le fantasme contemporain n’est plus dans le factice: il se réfugie dans les vrais gens, les vraies situations, les vraies sensations.

Un désir matérialisé depuis quelques années par la figure de la «girl next door», autrement dit la voisine de palier, qui peut s’avérer au final plus émoustillante que n’importe quelle star retranchée dans son univers VIP. «Avec le sexting et autres vidéos un peu improvisées qu’on tourne avec un téléphone, on retrouve une certaine corporalité, une esthétique échappant à l’idéalisation, poursuit le sociologue de l’image. Comme les différents mouvements réalistes dans l’histoire de la peinture ou du cinéma, puis plus tard la télé-réalité, c’est une démarche libératrice.» Le voyeurisme, signe d’une émancipation? Qui l’aurait cru…

Sami Coll pense même percevoir un autre aspect rassurant dans la fortune actuelle du sexting. L’envoi d’une photo explicite paraît exhibitionniste et kamikaze au premier abord, mais c’est aussi, étrangement, une façon de créer une intimité avec le destinataire, qui est souvent convoité sexuellement. «Cette image n’est pas vouée à circuler partout sans contrôle: elle est censée rester sous les yeux d’une seule personne. Cela peut ainsi être une sorte de test de l’autre, de sa fiabilité, pour voir s’il mérite notre confiance. L’enjeu pour le futur couple éventuel est donc très fort.»

Pas si naïfs ou inconscients, les pratiquants du voyeurisme virtuel en général, et les adolescents en particulier. Mais outre la réalité de la sextorsion, un autre risque guette. Sur les sites de rencontre, comme le souligne Marie-Hélène Stauffacher, de plus en plus de personnes semblent surtout viser le flirt online et l’échange de clichés coquins, plus que la rencontre physique. La marque «d’un manque d’assurance croissant et de la peur d’être déçu», qui persisteront si le mode voyeur se fait exclusif. Oser se mettre en danger pour voir quelqu’un en chair et en os? Désormais, les mateurs n’ont plus l’apanage de la transgression.

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