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Les Américains les appellent «friends withbenefits». Autrement dit des amis avec des avantages. Voire «fuck buddies» – copains de baise. En français, on dit plutôt «plans culs réguliers» ou «copains de couette». Expressions qui évoquent toutes le même sujet: ces proches avec qui l’on a une relation sexuelle suivie sans amour ni couple. L’auteure Marie Minelli consacre un ouvrage à ce phénomène bien plus courant qu’on ne le pense. Alors, sexe et amitié font-ils bon ménage?

FEMINA Faut-il oser les «sexfriends»?
MARIE MINELLI Oui. La sexualité entre amis est libérée des contraintes sociales, de l’angoisse que l’on peut ressentir après une suite de rendez-vous galants et des enjeux, lourds parfois, que l’on fait peser sur la relation de couple. Une psy que j’ai interrogée pour mon livre trouve qu’il y a une forme d’immaturité affective dans le fait de séparer sa vie sexuelle de sa vie sentimentale. Mais beaucoup de personnes qui ont un sexfriend trouvent qu’il s’agit là d’un mode de fonctionnement mûr et réfléchi. Pour eux, c’est une manière de mener leur vie sexuelle comme un adulte, en étant maîtres de leurs choix.

Ce phénomène est-il récent?
C’est récent dans le sens où l’on en parle plus maintenant puisque la sexualité est un sujet moins tabou. Dans les médias ou les films, il est souvent question de sexfriends. Dans la série Bref, le héros a un «plan cul régulier». L’année dernière, deux films consacrés à cette thématique sont sortis sur les écrans: Sex friends et Sexe entre amis. Mais quand on se penche sur la littérature du XIXe siècle, on s’aperçoit qu’à l’époque il y avait déjà des libertins et des relations sexuelles entre amis ou hors du couple.

Ce n’est pas donc pas une relation symptomatique de notre époque?
Non. Mais avant, c’était une relation par défaut, un plan B. On avait un sexfriend car on n’arrivait pas à être en couple.

Est-il courant d’avoir un «sexfriend»?
Très. J’ai interrogé des gens sur des forums, dans la vie ou par le biais de questionnaires, et toutes les personnes à qui j’ai parlé et qui ont une sexualité active ont déjà eu recours au moins une fois à ce mode de relation. Encore faudrait-il définir ce qu’on appelle sexfriend. Pour certains, cela peut être un coup d’un soir, alors que pour d’autres, c’est une personne avec qui on a une relation suivie mais pas d’engagement formel et amoureux.

Les hommes sont-ils plus nombreux que les femmes à avoir un «copain de couette»?
C’est tout à fait mixte. De nombreuses femmes sont adeptes de cette pratique. Cela leur permet de se protéger, de ne pas surinvestir la relation et de ne pas être déçues à l’arrivée. Beaucoup ont aussi un idéal féministe d’indépendance et n’ont pas envie de se mettre dans une relation de type «conte de fées» où elles auront des attentes disproportionnées et irréalistes par rapport à leur partenaire.

Qu’est-ce qui fait un bon «sexfriend»?
A mon avis, il faut avant tout être d’accord avec la personne en question sur le mode de relation qu’on va avoir. Cela afin d’éviter le cas de figure où l’un des deux est amoureux de l’autre et accepte d’être son partenaire sexuel faute de mieux. Il faut aussi connaître assez la personne pour lui faire confiance. Il ne s’agit pas de se mettre à nu, au sens premier, avec le premier venu. Sans toutefois faire dévier la relation vers une relation de couple ambiguë. On ne se voit pas à la Saint-Valentin, on ne passe pas Noël ou son anniversaire ensemble, on ne se fait pas de cadeaux romantiques. Pour autant, on n’oublie pas les règles élémentaires de respect et de savoir-vivre. Ce n’est pas parce qu’on est juste un partenaire sexuel qu’on doit être nié dans son humanité.

Dans l’imaginaire collectif, les relations sexuelles finissent invariablement par mener au couple. Y a-t-il donc une forme de condamnation sociale du «sexfriend»?
Cela dépend. C’est vrai que certains ne présentent pas leur sexfriend à leur entourage. Ils le considèrent comme quelqu’un qu’on rejoint une fois qu’il fait nuit et avec qui on a aucune vie sociale. D’autres, au contraire, le présentent comme un ami particulier.

Le modèle familial a complètement changé au fil des ans. La relation de type «sexfriends» pourrait-elle être un nouveau modèle de couple?
Oui. La famille nucléaire n’est pas vouée à disparaître, au contraire! D’un côté, on voit apparaître les sexfriends, le mariage homosexuel, les «trouples».Mais de l’autre se développent de plus en plus de couples hétéros mariés traditionnels, comme une forme de réaction à ces nouveaux modèles.

Le «sexfriend» ne va donc pas tuer le couple traditionnel?
Non, il va seulement le compléter.

Vous-même avez-vous déjà eu un «sexfriend»?
Oui.

Et ça s’est terminé comment?
On s’est mariés.

A lire

«Osez… les sexfriends»,
de Marie Minelli,
Ed. La Musardine, 120 p.

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