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Le ton est souvent suave: «Veuillez l ire la notice d’emballage». D’autres fois, plus sec: «Voir la notice d’emballage». En Suisse, tout médicament autorisé à la vente, qu’il soit prescrit par un médecin ou non, allopathique ou homéopathique doit obligatoirement être accompagné d’une information compréhensible. Ces textes sont rédigés par les fabricants et avalisés par Swissmedic, l’autorité fédérale de contrôle des médicaments. Problème: «De nombreuses personnes renoncent à un traitement après avoir pris connaissance des effets secondaires possibles», selon Jacques de Haller, le président de la Fédération des médecins suisses (FMH). Dans quelle proportion? Il y a une dizaine d’années, le nombre de ces patients méfiants était estimé à 23%. Il n’a certainement pas diminué…

Un excès de prudence?

Il faut dire que certaines notices ressemblent à de véritables scénarios d’horreur. Prenez, par exemple, ce médicament en vente libre pour combattre les symptômes de la grippe et des refroidissements. Il peut provoquer de la «fatigue, de la somnolence ou inversement, agitation et trouble du sommeil, maux de tête, nausées, vomissements, diarrhée et constipation». «Une augmentation de la tension artérielle et un ralentissement des pulsations cardiaques ne sont pas exclus.» Sans parler des réactions allergiques qui pourraient mener à une détresse respiratoire…

«Cette avalanche de catastrophes est effrayante, admet le Dr Bertrand Kiefer, rédacteur en chef de la Revue Médicale Suisse. On est passé d’une époque paternaliste où les patients devaient faire confiance, à l’excès contraire qui ne les aide pas à prendre une décision. Du coup, ils vont sur internet où ils trouvent le pire et le meilleur. Il faudrait, par exemple, que les notices distinguent entre les effets secondaires désagréables et ceux qui constituent un réel danger.» Des précisions sur leur fréquence – ou leur rareté – seraient également bienvenues.

Pourtant, l’introduction de ces notices a constitué un réel progrès. A l’époque, la Suisse a fait partie des pays pionniers en la matière. Jusque-là, en effet, seules les professions médicales bénéficiaient des données communiquées par l’industrie pharmaceutique. «Les notices pour les patients ne datent que d’une vingtaine d’années», rappelle Thierry Buclin, professeur de pharmacologie et de toxicologie au CHUV, à Lausanne. «Le principe est bon, mais ne suffit plus. L’information doit être plus complète». D’autant que la liste des effets secondaires s’allonge. Parce qu’on les détecte mieux et aussi parce que les fabricants sont sur la défensive.

Thierry Buclin souhaite une plus grande implication des patients: «Les médecins devraient les encourager à lire ces notices et en parler avec eux». Et plaide pour la trans parence: «Les évaluations confidentielles des médicaments par Swissmedic devraient être accessibles sur internet». Pour l’instant, seules les notices y figurent, ce qui permet d’y inclure rapidement tout nouvel effet secondaire (www.documed.ch) et Swissmedic prévoit d’y joindre des liens pour une information plus détaillée. Quant aux évaluations, la Suisse envisage d’emboîter le pas à l’Union européenne qui les publie déjà… pour autant que ce progrès puisse être financé!

Lire la notice... et ensuite? Quelques conseils

  • Oui, lisez la notice d’emballage! Mais ne restez pas seul(e)s avec vos questions, voire vos angoisses.
  • Demandez à votre médecin si, dans votre cas (chacun(e) est unique), des effets secondaires sont possibles, et si le risque existe, sont-ils importants? Négligeables? Vont-ils durer pendant tout le traitement ou non? Peut-on les soulager?
  • Si vous prenez d’autres médicaments, même sans ordonnance, signalez-les toujours pour éviter d’éventuelles interactions.
  • Le médicament prescrit est-il depuis longtemps sur le marché? Dans ce cas, les risques d’effets secondaires inconnus sont nettement réduits.
  • C’est une nouveauté? Là, une plus grande prudence s’impose. Des médicaments plus anciens seraient-ils aussi adaptés à votre cas?
  • Comme toujours en médecine, mettez en balance les bénéfices attendus avec les risques possibles. La conclusion sera bien différente s’il s’agit de sauver votre vie ou d’améliorer une situation désagréable, mais supportable et sans risque à long terme.
  • Dites toujours à votre médecin si vous ne prenez pas les médicaments prescrits.
  • Signalez à votre médecin tout effet secondaire répertorié ou nouveau. Ces symptômes sont-ils vraiment dus au médicament? Dans tous les cas, il faut en chercher la cause.
  • Enfin, si votre praticien refuse toute discussion, changez de médecin! Le dialogue et une relation de confiance sont bien sûr des conditions essentielles à une bonne collaboration et un traitement efficace!

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