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S’il n’y a pas de panneau «Interdit aux homosexuels» sur la porte du centre de transfusion sanguine vaudois, c’est tout comme. Alors que les donneurs de sang manquent cruellement, les critères d’exclusion sévères pratiqués en Suisse comme dans la plupart des pays européensne font qu’empirer les choses. Le manque de sang est donc chronique, et la situation se détériore encore en été, lorsque les donneurs partent en vacances. Mais aussi en hiver, lorsque plusieurs de ces mêmes donneurs tombent malades et ne peuvent, temporairement, plus offrir leur sang. Car chaque donneur compte. «Il faut réaliser que 200 donneurs environ seront nécessaires pour un seul patient atteint d’une leucémie aiguë au cours de son traitement», prévient le professeur Jean-Daniel Tissot, médecin-chef du service de transfusion sanguine vaudois. Et les cantons qui hébergent un hôpital universitaire ont un besoin encore plus accru du précieux liquide rouge. «Pour les cantons de Genève ou de Bâle-Ville, qui ont un CHU mais qui n’ont pas d’arrière-pays, la situation est dramatique.»

Peu d’appelés et beaucoup d’exclus

Anecdote saisissante: fin juin, il a suffi que deux personnes se fassent greffer au CHUV pour que les réserves de sang du centre vaudois soient presque à sec! Le besoin est donc énorme, et il ne fera que s’amplifier vu le vieillissement de la population. «C’est pour ces raisons que nous allons devoir intensifier nos campagnes publicitaires, mais cela coûtera de l’argent», avertit Rudolf Schwabe, le directeur de Transfusion suisse, une institution autonome de la Croix-Rouge Suisse qui fédère les 13 centres de transfusion régionaux.

Paradoxe? Le sang manque, pourtant les centres de transfusion doivent refuser une bonne partie des gens qui viennent spontanément à eux pour offrir le leur. Jusqu’à un tiers des volontaires sont ainsi exclus chez les plus jeunes, comme c’est le cas lors des collectes mobiles, à l’EPFL ou à l’université par exemple. Sur le site internet du centre vaudois, un mot d’excuse illustre la difficulté des professionnels: «Nos réussites dépendent (…) aussi de tous ceux qui sont malheureusement (et trop souvent) recalés en raison des critères très sévères d’aptitude». Le message est clair. Mais au fond, il paraît normal, après le scandale du sang contaminé et les risques liés au virus VIH (mais aussi à l’hépatite ou la syphilis), de prendre un maximum de précaution. Certes, mais aujourd’hui, chaque pochette de sang est testée, au bénéfice d’une traçabilité exemplaire, et retirée du circuit en cas de nécessité. Une personne malade même sans le savoir sera détectée. Ainsi, en 2011, 18 donneurs ont été diagnostiqués positifs (1 VIH, 1 hépatite C, 8 hépatites B et 8 Syphilis), et leur sang n’a bien sûr pas été utilisé.

«Nous bénéficions d’une qualité de sécurité extraordinaire, notre système est même trop sécurisé. Je dors sans problème par rapport à la sécurité, mais je fais des cauchemars en pensant qu’un jour nous n’arriverons peut-être plus à répondre à la demande», confie Jean-Daniel Tissot.

Il est ainsi le premier à souhaiter un assouplissement de ces critères d’exclusion. Comme bon nombre de professionnels de la branche. Las, ces derniers ne font qu’appliquer les directives. Une personne homosexuelle est ainsi de facto écartée, mais aussi toutes celles et ceux qui ont eu un rapport (même protégé) avec un partenaire connu depuis moins de six mois. Et la liste est longue. D’où l’importance cruciale de l’autoévaluation. «C’est notre message: si vous souhaitez répondre à notre appel au secours, vérifiez avant de venir chez nous que vous pouvez donner de votre sang, ne venez pas pour rien, souligne Jean-Daniel Tissot. Ce phénomène d’exclusion peut se révéler être une blessure narcissique!» C’est d’ailleurs pour faciliter ce travail d’autoévaluation qu’une application pour iPhone et smartphones vient de voir le jour (ndlr: «Mavietonsang»), permettant en quelques clics de savoir si l’on est apte ou non à offrir quelques décilitres de son sang.

Pour le professeur Tissot, interdire les homosexuels n’est pas la solution. «Environ 50% des donneurs qui se sont révélés séropositifs étaient des hommes avec des relations homosexuelles cachées, et la plupart du temps mariés. Il faut donc focaliser le débat non pas sur les relations homosexuelles, mais sur les comportements à risque. Une femme qui a des relations sexuelles avec de très nombreux hommes prend aussi des risques. Dans un monde idéal, si tous nos donneurs étaient fidèles, nous n’aurions plus besoin de tests!»

Les prémices d’un changement sont là. En Angleterre, les homosexuels peuvent, depuis l’automne dernier, à nouveau donner de leur sang…à condition toutefois de ne pas avoir eu de relations sexuelles au cours des douze derniers mois. Une manière de ne plus condamner une orientation sexuelle mais bien plutôt un comportement. La Suisse, elle, préfère s’aligner sur les recommandations de la Direction européenne de la qualité du médicament et soins de santé (DEQM), une organisation dépendant du Conseil de l’Europe. «Une commission d'experts de la DEQM s’est demandée s’il fallait assouplir les règles actuelles, et a décidé en décembre dernier qu’il fallait les conserver, précise le docteur Rudolf Schwabe. Notre service regrette d’exclure ainsi des personnes qui sont déjà souvent discriminées socialement, mais les projections tendent à montrer que le risque de transmission du VIH via une transfusion sanguine augmenterait si les homosexuels étaient admis à donner de leur sang.» La grande crainte des médecins, c’est évidemment cette «fenêtre diagnostic», cette courte période (1 à 2 semaines) durant laquelle une personne peut être contaminée par le virus mais où il n’est pas encore détectable.

La technologie à la rescousse

Mais peut-être que demain, la technologie viendra rendre caduque la polémique: depuis l’été 2011, les centres de transfusion suisses peuvent (et doivent) «purifier», via un procédé chimique, l’un des trois composants du sang, les plaquettes. Virus VIH, hépatites, bactéries telles que la syphilis et autres parasites (malaria) sont ainsi éliminés. «Et nous devrions arriver à faire de même l’année prochaine avec le plasma», espère le professeur Jean-Daniel Tissot. Problème: c’est de globules rouges dont les hôpitaux ont le plus besoin. Et il faudra vraisemblablement encore quelques années avant que cette technique ne s’applique à ce si précieux liquide. En attendant, une sécurité extrême reste la norme.

«Mavietonsang»

Une appli pour iPhone et smartphones permettant de déterminer si l’on est apte ou pas à donner son sang. Gratuite sur l’AppStore.

Plus d'infos: www.mavietonsang.ch

De la veine au congélateur: le parcours du sang donné

1. Après avoir rempli un questionnaire et subi un petit examen (poids, tension, pouls), le donneur s’installe, l’infirmière pose l’aiguille et le don à proprement parler commence. Il faut compter une dizaine de minutes. Parallèlement à la poche, l’infirmière remplit quatre tubes, qui seront envoyés à Berne pour les différents tests. Chaque tube est doté d’une étiquette portant le même numéro que la poche de sang.

2. Le sang est composé de plusieurs éléments, avec divers usages en médecine et différentes dates de conservation. Le centre de transfusion sépare donc le produit initial en 3 éléments. Après un passage en centrifugeuse, la poche est placée sur cette presse automatisée. La pression sépare les globules rouges (ou érythrocytes, plus lourds) du plasma. Reste dans la poche initiale la couche intermédiaire, appelée leuco-plaquettaire.

3. Les poches contenant les globules rouges (qui transportent l’oxygène) sont filtrées une nouvelle fois, pour permettre une meilleure conservation. C’est le produit le plus utilisé pour toutes les transfusions (30 000 poches utilisées chaque année dans le seul canton de Vaud, contre 7000 poches de plasma et 4000 de plaquettes), mais il ne peut être conservé que 42 jours, à 4 degrés.

4. Cinq poches contenant une couche leuco-plaquettaire du même groupe sanguin sont connectées de manière stérile et lavées avec une solution de conservation. La nouvelle poche ainsi obtenue (photo) est pressée afin d’en extraire les plaquettes, qui permettent la coagulation. Depuis janvier 2011, elles sont purifiées de tout virus par un procédé électro-chimique. Elles ne peuvent être conservées que 5 jours, à température ambiante.

5. Les poches de plasma – élément qui permet de maintenir la capacité d’un individu à fabriquer un caillot et donc de stopper une hémorragie –, peuvent être conservées deux ans sous forme congelée. Elles doivent passer par une chambre froide spéciale, qui va faire descendre la température du plasma à moins 70 degrés en quelques minutes, cela afin de stabiliser ce dernier.

Photos: Francesca Palazzi

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