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Dimanche prochain, entre un vendredi de «mobilisation et de lutte contre le terrorisme» et un lundi dédié aux diabétiques du monde entier, le calendrier planétaire affiche la «Journée internationale de la gentillesse». Vous ricanez? D’accord, ces Journées font un peu «inventaire à la Prévert».Mais si c’est l’idée même de gentillesse qui vous agace, attention, vous courez le risque de passer à côté d’une tendance lourde. Depuis très longtemps, c’est vrai, cette vertu fait un peu office de prix de consolation. On l’accorde volontiers à celles et ceux que l’on n’estime ni très futés, ni très sexy. Mais à en croire les observateurs de notre société contemporaine, tout cela serait en train de changer à vitesse grand V.

Une cote en hausse

Et cela, même si la journée du 13 novembre n’a de «mondiale» que le nom. Seuls 18 pays – la Suisse n’est pas du nombre – se préparent à la célébrer, le plus souvent à l’initiative d’organisations privées. En France, par exemple, elle est apparue il y a trois ans à l’initiative de notre partenaire Psychologies Magazine. La nouvelle cote de la gentillesse dépasse d’ailleurs largement l’organisation d’une simple «journée». Elle se mesure notamment au nombre d’ouvrages à succès qui lui sont consacrés depuis quelques années. Comme, par exemple, le Petit éloge de la gentillesse (François Bourin, éditeur) du philosophe Emmanuel Jaffelin paru cet automne après un Eloge plus conséquent en 2010.

A lire cet enseignant français, on découvre que cette notion, souvent méchamment malmenée, revient de loin. Pour le philosophe, la gentillesse «paie» l’origine même du mot qui la désigne, puisque les premiers chrétiens nommaient «gentils» ceux qui ne faisaient pas partie de leur communauté, à savoir les païens. Plus tard, le terme acquiert une certaine aura avec la noblesse du gentilhomme avant de la perdre au moment de la Révolution française qui fait table rase de l’ancienne hiérarchie sociale et de tout ce qui la rappelle. En ce début de XXIe siècle, au contraire, même les scientifiques en font un sujet d’études. A la quasi-unanimité, ils constatent que faire preuve de gentillesse peut, par exemple, préserver nos artères, faire barrage à la dépression et booster notre système immunitaire. Bref, qu’elle est bonne pour la santé. Pour autant que cette émotion soit sincère!

Besoin de bien-être

Une étude allemande portant sur les employés d’un centre d’appels, fortement «incités» par leur hiérarchie à être aimables même s’ils sont confrontés à des interlocuteurs acariâtres, ainsi a démontré que ces «gentils par obligation» en tombaient tout simplement malades. Feinte, la gentillesse épuise!

Pour David Sander, professeur en psychologie de l’émotion à l’Université de Genève, la montée en puissance de la gentillesse, valeur d’ordinaire discrète, semble aller de pair avec celle de notre recherche contemporaine de bien-être. Une quête qui passe aujourd’hui davantage par le wellness que le fitness, par la douceur plutôt que par la performance. «On ressent le besoin d’être plus gentil avec soi-même et cette attitude gagne les relations interpersonnelles», affirme ce spécialiste. Est-ce un phénomène passager? «Non, répond sans hésiter, Adolfo Bandolfi, professeur honoraire de théologie et d’éthique aux universités de Genève et Lausanne. C’est un mouvement de fond. Il n’y a d’ailleurs pas que cette valeur négligée qui refait surface. Dans la réflexion philosophique contemporaine, par exemple, la notion de respect fait aussi un retour remarqué.»

Cette évolution est également soulignée par la psychiatre et psychothérapeute lausannoise Françoise Riquier: «Dans les thérapies, on accorde de plus en plus d’importance à développer l’attitude de gentillesse ou de bienveillance parce que les émotions positives sont non seulement bénéfiques pour les relations, mais aussi pour le bien-être mental… Auparavant, c’étaient ceux qui paraissaient les plus forts qui étaient admirés. Désormais, on recherche davantage les situations où chacun trouve également son compte.»

On ne désespère pas…

Plutôt des bonnes nouvelles, non? Dont il faudra impérativement se souvenir après avoir encaissé une méchanceté ou pris une porte en pleine figure. Voire au moment de reposer le journal dans lequel on vient de lire le résumé de deux études américaines, plutôt déprimantes. L’une a établi que les hommes agressifs et désagréables sont mieux payés que leurs collègues plus aimables. L’autre, qu’un grand nombre d’adolescentes, accros à la téléréalité, sont convaincues qu’il vaut mieux être méchante pour se faire respecter et obtenir ce que l’on veut. Eh oui, malheureusement, il y a toujours des retardataires…

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