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    «En termes de violences, être LGBT est un facteur de risque important»

    La date du 17 mai marque la Journée mondiale contre l'homophobie, elle a été choisie pour commémorer la décision de l’OMS, en 1990, de retirer l’homosexualité de la liste des troubles du comportement. Mais où en est-on aujourd’hui en Suisse? Raphaël Depallens, actif dans les milieux associatifs, fait le point avec nous.

    Publié le 
    17 Mai 2016
     par 
    Lucie Ryser

    Lancée en 2005 et coordonnée au niveau international par le comité IDAHO, cette journée est aujourd’hui célébrée dans plus de 60 pays à travers le monde.

    Pour parler de ce thème d’actualité, nous avons rencontré Raphaël Depallens, actif dans le milieu associatif en Romandie depuis plusieurs années.

    FEMINA Quel est votre parcours dans le monde associatif?
    Raphaël Depallens J'ai été actif au sein de VoGay, association vaudoise pour la divesité sexuelle et de genre, 2 années en tant que Vice-président et 2 autres en tant que membre du comité, et ai aussi oeuvré durant 2 ans en tant que coordinateur de la mobilisation et de la prévention. J'ai également fondé et suis actuellement responsable du PAV - Pôle Agressions et Viol, qui accueille des victimes (Lesbiennes - Gay - Bisexuelles - Trans (LGBT)) de violences physiques, psychiques ou sexuelles.

    Que pensez-vous du principe de «journée internationale contre l'homophobie et la transphobie»?
    Je pense que cette journée du 17 mai a les mêmes qualités et de ce fait les mêmes faiblesses qu'une autre (comme celles consacrées à la femme ou à la lutte contre le Sida), à savoir que c'est important d'avoir un jour spécifique - une annotation dans un agenda - où l'on peut évoquer un thème, des situations et des contextes de vie avec une médiatisation des situations problématiques ou difficiles, qui permet ainsi une sensibilisation du grand public. Le défaut, si j'ose le nommer ainsi, c'est que n’y consacrer qu’une journée par an, c'est réduire une thématique à bien peu de chose et que cela devrait être toute l'année qu'il faudrait lutter.

    Quel regard portez-vous sur le mot «homophobie»?
    Le terme d'homophobie est très courant, toutefois il revêt un aspect particulier. La phobie est par définition une peur irrépréhensible de quelque chose, et relève à ce titre de la psychologie. Elle est donc considérée comme une pathologie. La personne homophobe n'est de ce fait plus responsable de ses mots ou de ses actes puisqu'elle est malade. Pour cette raison, parler d'hétérosexisme semble être plus adapté.

    L'homophobie (ou hétérosexisme, donc) est-elle encore très présente en Suisse?
    L'hétérosexisme est effectivement encore fréquent dans notre pays. J’en veux pour exemple la loi, qui ne reconnaît pas le caractère aggravant d'un délit ou d'un crime porté à l'attention d'une population par le fait de son orientation sexuelle ou de son identité de genre. Il y a aussi le partenariat enregistré, autorisé aux personnes de même sexe, mais qui n'offre pas les mêmes droits que le mariage. Les homosexuel-le-s souhaitant avoir des enfants ou ayant des enfants vivent des situations particulières et souvent inégales. Ce dernier exemple donne lieu à de nombreux débats généralement pleins de mauvaise foi et ancrés dans un dicours patriarcal et désuet. Il faut savoir que l'on considère la stérilité comme l'impossibilité de pouvoir avoir des enfants par soi-même. Un couple gay remplissant cette condition, je ne vois pas en quoi l'adoption ou d'autres moyens pour fonder une famille ne pourraient leur être octroyés.


    © Getty

    En ce qui concerne les violences de notre société (structurelles ou institutionnelles) face aux orientations sexuelles minoritaires ou aux identités de genre atypiques, je constate - au travers du travail que nous faisons au PAV - que le fait d'être LGBT est un facteur de risques important. Il est aussi nécessaire de relever que le nombre de tentatives de suicide des jeunes homosexuel-le-s est encore 2 à 4 fois plus élevé que chez les autres jeunes. L’hétérosexisme ayant un impact sur l’estime de soi cela peut générer de l'anxiété et de la peur, ce qui joue un rôle considérable sur la santé.
    Par ailleurs, on peut noter par le prisme du cinéma que les thématiques liées à l'orientation sexuelle ou à l'identité de genre ont le vent en poupe et permettent aussi de sensibiliser par cette forme de médiation culurelle que peuvent être les films ou l'art en général, ce qui est plutôt encouragant. (Récemment: «The Danish Girl», «Free Love» avec Ellen Page, «The Imitation Game», «La Belle Saison», «Carol»… ndlr).

    Ce qui joue aussi un rôle important de nos jours et dans notre société c'est que l'on considère généralement les personnes homosexuelles au travers de leur sexualité, et je vous assure, j'en connais beaucoup: ils / elles sont bien plus que cela...

    Quelles sont les difficultés rencontrées par une personne gay après son coming out, dans la vie de tous les jours?
    Faire un coming out peut être difficile, toutefois, il y en a fort heureusement beaucoup qui se passent bien. Dans le cas ou cela est compliqué, il faut s'imaginer la pression, la peur du rejet que cela peut produire. Une autre difficulté que rencontre la personne homo, c'est le «coming out permanent», à savoir révéler son orientation sexuelle à son travail, à son club de sport, puis au nouveau copain de sa mère, à ses enfants, à son ex-femme, à son patron... Il est souvent relevé qu'il n'est pas nécessaire de faire un coming out. Toutefois il peut s’avérer très compliqué et aliénant de ne jamais rien révéler sur soi, sur son week-end ou sa vie de tous les jours.


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    Autre problématique, et non des moindres: on peut constater que les insultes les plus fréquentes et qui remplissent sans doute le mieux leur fonction sont aussi celles qui atteignent l'orientation sexuelle (PD, tapette, pédale, enculé, lopette, sale gouine...). La popularité de ces insultes affecte durablement les personnes homosexuelles.

    Quelles ont été les conséquences du SIDA dans les années 80, qui sont encore une réalité aujourd'hui?
    Le VIH/SIDA a joué un rôle important et a rendu la population gay visible dans les médias (et de ce fait invisibilisé la population lesbienne). Ce coup de projecteur qui perdure et qui offre aux associations des moyens pécuniaires met aussi en avant la médicalisation de l'homosexualité. L’intérêt de l'Etat dans les années 80-90 pour aider financièrement les associations gays (et non pas les association lesbiennes, malheureusement) était une conséquence de cette maladie terrible; on peut dès lors émettre l'hypothèse que c'est aussi par ce réductionnisme que cette population est considérée, ce qui représente également, selon moi, une forme de violence. Il est en outre nécessaire de relever qu’actuellement les trithérapies et autres moyens médicaux concernant le VIH ont changé les impacts qu'elle a pu avoir, cette maladie étant désormais considérée comme chronique et non plus mortelle. Toutefois la honte, le rejet et bien d’autres éléments continuent à stigmatiser les personnes vivant avec le virus.

    Y'a-t-il des réactions homophobes dans tous les milieux (hétéro, gay, culturel, social...)?
    Oui, en effet. Les microsociétés reproduisent les inégalités subies. Toutefois, une certaine solidarité est aussi présente. En ce sens, les Gay Pride jouent un rôle important: malgré les connotations frivoles, festives et joyeuses qu’on peut lui donner, le sens profond de cette manifestation, son âme, sont à défendre.

    Quelles actions sont encore à mener, que peut-on faire pour apporter des solutions à ce problème?
    Je pense que ce n'est pas forcément en termes d'actions que l’on doit se placer mais plutôt de compréhension. Cela aide beaucoup de réaliser que la différence entre homo et hétéro est seulement une barrière fictive. Je pense que le discernement par la société du système construit de la polarisation des rôles de genres (masculin / féminin), de sexe (homme / femme) et d'orientation sexuelle (hétéro / homo) permettra de déconstruire les idées préconsues et soulagera tout le monde.


    © Getty

    Quelques associations actives dans la région

    VoGay, association vaudoise de personnes concernées par l’homosexualité.

    Dialogai, au service de la communauté gay de Genève.

    Lilith, association de femmes homosexuelles du canton de Vaud et de Suisse romande.

    A noter aussi le blog des filles affranchies, qui donne une autre image des lesbiennes, loin des clichés.

     

    Les événements à venir en Suisse

    7 juin, journée contre l'homophobie à l'école sociale de Lausanne: expo "STOP Homophobie" de 9h00 à 16h30 dans l'école (bâtiment A) et à 17h15 une conférence de Caroline Dayer sur le sujet dans l'auditoire du bâtiment A.

    «La différence n’est pas un choix mais l’égalité, si!» Tel est le slogan de la Pride 2016 qui aura lieu à Fribourg du vendredi 24 juin au dimanche 26.

    La Zurich Pride, qui se tiendra du 3 au 12 juin 2016.

     

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