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Interview

Un thé avec Suzanne Santos, co-fondatrice d’Aesop

Interview femina aesop suzanne santos

Suzanne Santos dans son environnement si particulier. Si chaque boutique a un agencement différent, elles ont toutes une ambiance unique faite de raffinement et d'harmonie.

© DR

Elle est souvent présentée comme le cerveau derrière Aesop et voyage dans le monde entier pour expliquer son approche atypique. Rencontre avec Suzanne Santos dans le cadre douillet du quartier général de la marque, à Paris.

FEMINA Vous étiez la première employée d’Aesop pour qui vous travaillez depuis 32 ans. Quelles étaient vos premières tâches dans l’entreprise?
Suzanne Santos
Dennis (Paphitis, le fondateur d’Aesop) était sur le point d’ouvrir son premier salon de coiffure, à Melbourne, et il en avait une idée très précise, une «vision», même si je n’aime pas ce mot, qu’il n’aurait lui-même pas utilisé. Il avait mis une petite partie de son argent dans les murs et une grande dans l’agencement qu’il voulait - les formes, les matériaux - pour créer son ambiance. Il avait également un sens aigu des relations publiques, du marketing.

Mon premier rôle a été de m’installer derrière le comptoir et d’accueillir les clients. Prendre les manteaux, faire des cafés, des choses toutes simples. Ce travail basique m’allait très bien à l’époque, car j’avais repris des études universitaires et j’avais un enfant. C’était parfait.

Comment expliquer le succès de la marque?
C’est d’abord le salon qui a été un succès, avant la marque, grâce à une quête permanente d’originalité. Ca peut paraître étonnant, mais pour l’époque, et même pour l’Australie, les idées étaient vraiment innovantes. Tout était dans le détail, le style de musique diffusé, les magazines étrangers très pointus, la qualité du café.

Un salon de coiffure où on pouvait lire «Vogue Italie» en buvant un vrai expresso, ça n’existait pas! C’était aussi un endroit très paisible où nous voulions que les gens se sentent vraiment à l’aise, y compris dans le silence, ce qui n’est pas chose aisée.

La première vague de clients l’a apprécié, en a parlé autour d’elle et d’autres gens sont venus. Puis Dennis a commencé à s’intéresser aux huiles essentielles, via un habitué du salon qui en vendait. Elles connaissaient une sorte de renaissance, dans les bougies notamment. Il a eu l’idée d’ajouter des mélanges d’huiles essentielles aux produits pour les cheveux, notamment aux teintures, afin d’en éliminer les odeurs désagréables. Il avait une vision complètement différente de ce que les soins pour cheveux devaient être. Il a ensuite approché un chimiste avec qui il a formulé le tout premier produit cosmétique proprement dit, qui existe toujours, la crème pour les mains Resurrection. Mon rôle a été de présenter ces produits, de les faire connaître, et voilà comment tout a commencé.

Etait-ce une surprise de, finalement, diffuser dans le monde entier ou était-ce le but dès le début?
Il n’y a jamais eu aucun objectif! Dennis a fait quelque chose d’extraordinaire. Il est allé en Californie avec ses produits emblématiques pour essayer de les vendre dans un concept store. Il y avait peu de marques de niche à l’époque, c’était le tout début des marques un peu atypiques et certaines boutiques ont accepté de les mettre en avant. Aesop a toujours eu une conception globale, holistique, de la beauté. Ce qui a fait la différence, c’est aussi la confiance innée qu’il avait dans ses produits, sans arrogance, mais avec l’intuition qu’ils pouvaient rencontrer un public. Il a prospecté pour trouver des endroits où il y aurait des gens susceptibles d’être intéressés par ces produits différents.

Parlons composition. La devise d’Aesop est «To use fewer, better ingredients in a smarter way», soit utiliser moins d’ingrédients, meilleurs et de façon plus intelligente. Pourquoi ne pas supprimer dès lors ceux qui sont controversés?
La question des ingrédients suspectés d’être dangereux est compliquée. Pour y couper court, nous nous basons uniquement sur les faits scientifiques. Nous n’allons pas nous priver d’ingrédients qui ont des résultats extraordinaires, prouvés par la science, mais nous faisons très attention à leur provenance et à la façon dont ils sont extraits, par exemple. Ça aussi c’est très important. Le fonctionnement de la peau est compliqué et celui des ingrédients aussi. Nous essayons de rendre cela le plus compréhensible possible.

La dernière crème lancée est destinée aux peaux sensibles. Notre hygiène de vie et notre environnement font que de plus en plus de femmes en souffrent. Mais est-ce qu’on n’a pas aussi tendance à utiliser trop de cosmétiques?
Je partage complètement ce point de vue. Les gens sont perdus, parce qu’ils recherchent toujours mieux. Les attentes sont confuses, on ne sait plus pourquoi on achète des produits. L’industrie cosmétique a, d’une certaine manière, perdu son sens ou les clients se sont perdus dans l’industrie cosmétique. Certains besoins sont fondamentaux et pour cela il faut de bons produits, pour nettoyer la peau par exemple. Il faut également la renforcer et il existe des ingrédients fantastiques pour ça, mais en abuser serait une erreur. C’est la même chose pour l’organisme. Il a besoin de se nourrir, mais trop de nourriture n’est pas bon, même si la qualité est au rendez-vous.

J’adore cuisiner, mais je n’ai pas besoin de vingt ingrédients pour faire un bon repas. C’est la même chose pour la peau.

Je ne crois pas que se contenter d’un démaquillant et d’un hydratant soit suffisant, mais 10 produits appliqués sur la peau, c’est un non-sens. Les consommateurs sont devenus fous.

Que faire pour garder une belle peau quand on prend de l’âge? Augmenter son budget cosmétique? Changer de routine?

Je pense qu’il y a des moments de la vie où nos attentes sont différentes. Parfois, quand je rentre chez moi, je ressens le besoin d’utiliser un produit en particulier, selon mon humeur. Il y a des jours où je sens que ma peau a besoin de plus d’attention, en fonction de différents facteurs, de mon sommeil, que sais-je... Il est important d’écouter son ressenti et ce à tous les âges. Toutefois, en vieillissant, il devient de plus en plus important de vérifier la qualité de ce que nous donnons à notre organisme, comme à notre peau. Du calcium pour les os, une bonne hydratation, c’est vital. Et les produits que vous utilisez doivent être respectueux de votre peau. Elle devient plus sèche avec l’âge? Nourrissez-la davantage! Utilisez un filtre solaire pour éviter les taches. Les conséquences de nos choix finissent toujours par se voir...

Vous voyagez beaucoup, quels sont vos indispensables pour récupérer et vous sentir bien?
C’est plus simple pour moi, car je n’ai qu’à aller dans une boutique Aesop et prendre ce dont j’ai besoin! Honnêtement, il m’est difficile de répondre à cette question. Comme je vous l’ai dit tout à l’heure, ça dépend de comment je me sens. Ma peau va-t-elle être exposée à plus de bactéries? et selon le pays, quelle sera la qualité de l’eau? Du coup, je ne me déplace jamais, jamais, jamais sans un nettoyant, un bon basique, par exemple notre Parsley Seed Facial Cleanser (le gel nettoyant à la graine de persil pour le visage), car il contient un antioxydant. Un hydratant, de la même gamme, fait aussi partie du voyage, bien sûr, car il est léger mais nourrissant. Par ailleurs, dorénavant je prendrais toujours la nouvelle crème Seeking Silence (l’hydratant pour visage en quête de répit), car souvent, en déplacement, je suis déboussolée. Enfin, dans l’avion, j’applique une fine couche de notre masque hydratant à la camomille bleue pour le visage, que je laisse poser. C’est une bonne astuce pour survivre à l’atmosphère de la cabine.

Que connaissez-vous de la Suisse?
Aesop est présent en Suisse depuis longtemps, j’ai donc déjà eu l’occasion de visiter votre pays. C’est un long voyage, mais malgré la distance, j’ai l’impression que les Australiens et les Suisses ont beaucoup de points communs.

La première fois que je suis venu, c’était l’hiver. Ce fut ma première confrontation avec de la neige lourde, épaisse et se déplacer était compliqué. J’arrivais d’Australie où c’était l’été, évidemment, avec des températures très élevées, et je me suis dit: «Quel pays intéressant!»

Je me suis rendu compte que puisque nos deux pays connaissaient des conditions extrêmes, nous allions nous comprendre et que notre société et ses produits allaient rencontrer le succès. Il y a, en Suisse, un sens de la qualité que nous chérissons aussi, ce qui crée de belles affinités.

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