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Ces femmes séduites par les serial killers

Serial Killers pablo padilla unsplash

«La source fondamentale de ce pouvoir d’attraction est l’idéalisation. Ces individus séduisent par leur apparente force et établissent un rapport de dépendance à distance chez la ou les compagnes».

© Pablo Padilla

«Cette nuit, Allah m’a fait rêver de toi.» Seul survivant du commando terroriste du Bataclan, qui a tué 131 personnes fin 2015, à Paris, Salah Abdeslam fait chavirer les cœurs depuis sa cellule ultra-sécurisée. Pour preuve, la masse de lettres intimes qu’il reçoit, parmi lesquelles celles de Maéva, jeune admiratrice de 21 ans, qu’il n’a pourtant jamais rencontrée. Fin septembre, la presse révélait l’existence d’une correspondance entre le terroriste le plus médiatisé du moment et cette habitante du sud-ouest de la France.

Ce parfum d’idylle flotte également du côté du tueur et violeur en série Patrice Alègre qui, fin août, a demandé sa libération dans l’optique d’épouser une psychologue canadienne de 40 ans, mère de deux enfants, rencontrée durant sa détention. Celui qui purge une peine de prison à vie a déjà failli passer la bague au doigt à une autre admiratrice en 2009. Celle-ci confiait alors être «comme une gamine de 15 ans qui aime à en mourir».

Mécanique du bad boy

Noyés sous le courrier du cœur, les bourreaux sadiques sont pourtant a priori aux antipodes de la romance. «Cette attraction féminine pour les grands criminels s’observe depuis longtemps, notamment avec les tueurs en série, décrit Panteleimon Giannakopoulos, professeur de psychiatrie à l’Université de Genève. Ce sont les individus les plus médiatisés, aux traits de personnalité psychopathiques les plus importants, qui focalisent cette attention.»

Anders Breivik
Anders Breivik. Terroriste norvégien, auteur des attentats d’Oslo et d’Utøya, été 2011. 77 victimes. Reçoit 800 lettres par an en prison. © Alamy Stock Photo

Avant d’être guillotiné, en 1922, Landru, célèbre tueur en série français ayant assassiné onze femmes, reçut déjà près de 4000 lettres et 800 demandes en mariage durant son incarcération et son procès-fleuve. Depuis, les experts ont observé le même déferlement d’admiratrices autour de tous les grands criminels sanguinaires.

Une fascination quasi exclusivement féminine que Stéphane Bourgoin, spécialiste français des tueurs en série, résume par une image marquante, celle du procès de l’Américain Ted Bundy, en 1979. Ce psychopathe, violeur et nécrophile à ses heures, avait massacré au moins trente femmes. Toutefois, «le public était composé aux trois quarts de dames amoureuses essayant de capter son regard. Etonnamment, ce sont souvent ceux qui ont commis les crimes les plus abominables qui rencontrent le plus de succès.»

Un air de Bonnie and Clyde

Tomber en pâmoison devant un sadique du Midwest plutôt que craquer pour Timothée Chalamet ou David Beckham, la chose semble inconcevable. Pourtant, à y regarder de plus près, on peut déceler des similarités. «Parmi ces centaines, voire parfois ces milliers de femmes, qui cherchent à correspondre avec le même criminel incarcéré, une grande partie est dans la logique du fan-club, éclaire la psychologue Adèle Zufferey. Ce sont des groupies attirées par une célébrité, qui apparaît plus accessible que les stars classiques, car lorsqu’on est emprisonné à vie, on a plus de temps à soi.»

Guy Georges. Tueur en série français, alias Le tueur de l’Est parisien. 7 victimes. Reçoit 10 à 20 lettres par jour. A droit à un parloir intime de 3 h pour fréquenter une étudiante de 22 ans. © Getty Images

Si la plupart de ces admiratrices n’envisageront pas vraiment de s’aventurer au-delà de la correspondance épistolaire, une partie va se projeter dans une dimension relationnelle. C’est le syndrome de Bonnie and Clyde, également connu sous le terme plus clinique d’hybristophilie. Cette déviance sexuelle qualifie un individu attiré par les personnages malfaisants. Les petites fiancées des psychopathes souffriraient-elles donc elles aussi de troubles mentaux?

«Etant moyennement convaincu par la catégorie des déviances sexuelles, je trouve peu constructif de ranger directement ces personnes sous cette étiquette, analyse Pascal Roman, professeur ordinaire de psychologie clinique, psychopathologie et psychanalyse à l’Université de Lausanne. Elles agissent par le biais de mécanismes inconscients de diverses natures. Certaines s’auto-investissent d’une position de sauveuse, toute-puissante, désirant contribuer à la rédemption de l’homme criminel, d’autres mobilisent un mouvement de protection, de type maternel, face à la situation d’enfermement et les sévères conditions de détention d’un individu.»

Violence et libido

L’intérêt pour ce genre de partenaire «est parfois le seul moyen de donner un sens à leur vie», précise Adèle Zufferey. Au point que certaines, aux Etats-Unis, passent des bras d’un tueur en série à un autre, au fur et à mesure de leurs exécutions…

Dans une minorité de cas, la figure dangereuse du criminel peut aussi provoquer une excitation d’ordre purement sexuel, comme le souligne Panteleimon Giannakopoulos: «Le désir est entretenu par l’idée de protection assurée par un homme fort, pouvant assumer des actes graves tout en restant debout et duquel émane la lumière noire d’une force brute. On retrouve fréquemment ce processus dans la vie quotidienne, avec l’attachement passionnel de certaines femmes pour des individus malfaisants

Séducteurs malgré eux

Se sentir aimée par un homme «investi d’une telle dimension de puissance, ou même l’imaginer, peut avoir quelque chose de paradoxalement rassurant», ajoute Pascal Roman. Et puis, le tueur étant la plupart du temps enfermé jusqu’à la fin de ses jours entre quatre murs de béton, l’idée de puissance demeure largement fantasmée.

Francis Heaulme. Tueur en série français, surnommé Le routard du crime. 11 victimes. Correspond avec plusieurs femmes, dont l’ex-top model Jane Eland. © Getty Images

«L’attraction exercée par ces gens est largement due au récit médiatique, qui les dépeint fréquemment comme des individus possédant un immense pouvoir, physiquement invulnérables ou surdoués et charismatiques, souligne Stéphane Bourgoin. Or, ce n’est pas toujours le cas dans la réalité.» D’ailleurs, ces tueurs en série, terroristes et autres bouchers domestiques étaient-ils déjà des tombeurs avant leur arrestation? Quelques-uns semblent avoir eu une vie conjugale ou affective relativement normale, à l’instar de Patrice Alègre ou de Ted Bundy, qui eurent des petites amies n’ayant jamais figuré dans leur viseur fatal.

D’autres, comme Charles Manson, déjà entouré de groupies énamourées avant son incarcération, ou le terroriste Carlos, auteur d’attentats meurtriers dans les années 70 et 80, et connu pour son pouvoir de séduction, jouissent d’une personnalité magnétique prompte à faire tourner les têtes. «Lorsque j’ai rencontré Charles Manson, qui a toujours eu le club d’admiratrices le plus imposant de tous, j’ai pu m’apercevoir qu’il avait quelque chose de captivant dans le regard, se souvient le spécialiste français. Toutefois, c’était une crevette d’à peine 1,60 m.»

Une dynamique favorable

Décédé en 2017, Manson demeure une exception. Généralement, le tueur en série qui n’a pas encore été pris est si perturbé, asocial, froid ou étrange, qu’il peine à susciter la convoitise dans la vie de tous les jours. «L’Américain Gerard Schaefer, un policier doté d’un Q.I. de 130, qui possédait aussi le plus grand nombre de déviances sexuelles imaginables chez un seul être humain, n’a attiré les femmes qu’une fois en prison, relève Stéphane Bourgoin. Il a fini par se fiancer avec une de ses amies de jeunesse, qui s’est manifestée après son arrestation.»

Marc Dutroux. A enlevé, violé et tué des mineures de moins de 16 ans. 5 victimes. Reçoit de nombreux courriers. En 2014, la presse révèle qu’il correspond avec deux adolescentes fascinées par lui. © Jean-Christophe Verhaegen

Un tour de passe-passe involontaire explique cette soudaine attractivité «La source fondamentale de ce pouvoir d’attraction est l’idéalisation, explique Panteleimon Giannakopoulos. Ces individus séduisent par leur apparente force et établissent un rapport de dépendance à distance chez la ou les compagnes.» Les femmes qui craquent pour des bourreaux sanguinaires ou des terroristes présentent souvent «une grande fragilité narcissique, ce qui favorise ce processus d’admiration sans bornes, cette construction d’une figure héroïque hors de tout esprit critique», fait remarquer Pascal Roman.

Quand l’amour se fait arme

«Moi seule peut voir l’homme derrière le monstre» est d’ailleurs l’une des phrases récurrentes des fiancées de tueurs en série. Seulement, pas sûr qu’il y ait vraiment un petit cœur qui batte chez ces individus.

«La plupart sont incapables de sentiments, témoigne Stéphane Bourgoin. Ils ont en revanche souvent une grande capacité à embobiner, à tordre la réalité à leur avantage et ils jouent de ces idylles pour en tirer quelque intérêt.»

Ce n’est évidemment pas sans danger, comme le montre le cas de Veronica Campton. Après être tombée amoureuse, en 1980, du détenu Kenneth Bianchi, alias l’étrangleur des collines, la jeune femme alla jusqu’à commettre un meurtre avec le même mode opératoire que son chéri, cherchant à convaincre les enquêteurs que le vrai criminel courait toujours. Bianchi pensait pouvoir s’innocenter en manipulant ainsi sa compagne.

Les hommes restent froids

Demeure une question: pourquoi la tueuse sanguinaire, elle, ne provoque pas une excitation identique chez ces messieurs? L’explication est, en premier lieu, strictement statistique. Les femmes ne composent que 5% de la population carcérale et cette présence plutôt anecdotique minimise les expositions médiatiques. Elles sont en outre souvent incarcérées pour des crimes «moins porteurs d’une charge de fascination, tels que des infanticides et des meurtres passionnels», précise Pascal Roman.

La tueuse, machine froide et calculatrice, fait donc face au tueur, impulsif et violent à sang chaud. Ces figures ne boxent ainsi pas dans la même catégorie de fantasmes, résume Adèle Zufferey. «Pour un homme la femme criminelle aura plutôt une connotation castratrice.» Pas terrible pour se projeter en Roméo.

Des mariages entre quatre murs

Les frères Menéndez

Erik Menéndez et son épouse Tammi. © DR

Lyle et Erik ont 21 et 18 ans lorsqu’ils massacrent leurs parents au fusil de chasse, en 1989, à Beverly Hills. Leur habile mise en scène fait croire à un règlement de comptes mafieux, permettant aux frangins d’être rayés de la liste des suspects et d’empocher les 14 millions de dollars de l’héritage. Mais l’un d’eux finit par confier sa culpabilité à son psy, relançant la justice à leurs trousses.

Un procès ultra-médiatisé s’ouvre en 1995. Anna Eriksson, mannequin suédois tout juste révélé par un shooting dans Playboy, prend fait et cause pour Lyle et lui envoie des courriers enflammés. Elle quitte son petit ami pour assister aux audiences. Malgré la condamnation à perpétuité des deux frères, elle épouse Lyle en 1996. De son côté, en 1999, Erik se marie avec Tammi (photo), une admiratrice qu’il avait également connue lors de son procès, retransmis à la télévision.

Charles Manson

Afton Burton, alias Star Manson, et son fiancé Charles Manson. © DR

Mi-gourou, mi-psychopathe, il ne tua personne de ses mains. Les membres de la tribu de marginaux qu’il dirigeait et appelait la Famille commirent, eux, des meurtres sur commande. En 1969, il ordonna notamment le massacre des VIP d’une villa de Los Angeles. Sharon Tate, l’épouse de Roman Polanski, enceinte de 8 mois, y est assassinée avec les autres occupants.

Arrêté en 1970 et condamné à la peine de mort (commuée en enfermement à perpétuité), le gourou collectionne les admiratrices. En 2014, il entend se marier avec l’une d’elles, Afton Burton (photo), avec qui il entretient une correspondance depuis qu’elle a 16 ans. Il annule ce projet d'union en 2015, découvrant que sa fiancée désirait devenir propriétaire de son corps après sa mort, afin de l’embaumer et de l’exposer…

Richard Ramirez

Richard Ramirez et son épouse Doreen Lioy. © DR

De 1984 à 1985, cet Américain prit l’habitude d’entrer par effraction dans des maisons californiennes pour violer et assassiner les femmes qui y vivaient, parfois après avoir abattu leur compagnon ou mari. Un mode opératoire digne des thrillers les plus anxiogènes, à l’origine de son surnom de Traqueur de la nuit.

La police l’arrête alors qu’il a déjà commis 14 meurtres. Il est envoyé dans le couloir de la mort. Sa violence envers les femmes ne l’empêche pas d’attirer l’attention d’admiratrices. En 1996, il se marie même en prison avec Doreen Lioy, une journaliste indépendante très croyante. Il meurt de maladie en 2013.

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