témoignages

    Ancien financier, gothique et éleveur de rats

    A l’aube de ses 40 ans, Neo a décidé de vivre ses passions: se consacrer aux rongeurs et développer la scène gothique.

    Publié le 
    2 Octobre 2017
     par 
    Valeria Aloise

    La bâtisse était ancienne et défraîchie. Il n’était pas rare de croiser des rats dans la cour de récré ou en classe. Alors que ces animaux dégoûtaient et effrayaient mes petits camarades, moi ils me fascinaient. Ils n’étaient pas beaux, mais je voyais au-delà de leur apparence. Quand un rat ramassait des feuilles puis repartait dans son nid, je devinais un papa ou une maman qui travaillait durement. J’imaginais leur vie en communauté. C’était le début des années 1980, les rats étaient tabous et réservés aux punks. J’ai grandi au Tessin dans un environnement chrétien. Le dimanche, avec mes parents, nous allions à l’église. La spiritualité m’attirait. Mais pas seulement: j’aimais les chiffres et l’électronique.

    Revanche sur la vie

    A 16 ans, j’ai vécu dans un squat à Genève. Je ne prenais pas de drogue et ne buvais pas d’alcool. Pour subvenir à mes besoins, je nettoyais les toilettes publiques. Une fois mieux installé, j’ai suivi l’Ecole de culture générale et adopté mes premiers rats. Ces rongeurs affectueux m’ont permis de relâcher la pression et m’ont beaucoup apporté. Après un cursus en informatique et en gestion, j’ai occupé des postes d’ingénieur réseau et de directeur de centre de formation informatique. En 2005, à l’âge de 30 ans, je me suis marié. Cinq ans plus tard, j’ai demandé le divorce.

     

    Je voulais tout changer pour me prouver que j’avais encore de la valeur. J’avais besoin d’une revanche sur la vie!

     

    Je me suis donné comme but d’atteindre les sommets, en devenant conseiller financier. Une fois formé, j’ai vite obtenu d’excellents résultats. Certains clients proches de la retraite me confiaient que s’ils pouvaient revenir en arrière, ils prendraient des chemins très différents. Pourtant, ils avaient fait tout comme il faut: une carrière, un mariage, des enfants, une maison. Leurs paroles raisonnaient en moi. Je gagnais bien ma vie mais je n’étais pas heureux et m’ennuyais. A force de vouloir me prouver des choses, j’étais à des kilomètres de moi-même.

    Musique et rats

    Pour moi, la musique a toujours été un moyen d’expression et d’identification. Dès 2011, j’ai commencé à écouter la musique des cybergoths dite aussi dark electro. J’ai trouvé ma place dans le milieu en apportant un soutien aux plus jeunes. Voir son enfant s’habiller en noir, adopter des piercings… les parents ne comprennent pas. Via les réseaux sociaux ou lors de festivals, des jeunes alternatifs se confiaient à moi. Grâce à mon expérience de conseiller, j’ai pu les aider, tel un grand frère. Mais les événements dark electro étaient inexistants en Suisse romande et pour assister à une soirée, je parcourais des centaines de kilomètres. L’Allemagne, l’Angleterre ou Zurich, je passais plus de temps sur la route qu’à profiter sur place.

     

    2015 a été une année déterminante: j’ai quitté mon job et j’ai décidé, avec plusieurs amateurs du genre, de lancer le Dark Romandie Festival. Il s’est déroulé en 2016, à Genève. L’expérience était folle car nous l’avons organisé en trois mois seulement. Environ 400 personnes y ont assisté. Nous préparons la prochaine édition qui se tiendra en 2018.

     

    Boules d'amour

    Cette même année, je me suis lancé dans l’élevage de rats avec l’association Rats-à-Truffe à Puidoux. Ce rongeur inspire parfois le dégoût ou la peur de maladies. Néanmoins, avec les années et grâce au film d’animation Ratatouille, il a acquis une place d’animal domestique. Les rats sont affectueux et intelligents. Aux Pays-Bas, la police s’en sert pour trouver des résidus de poudre d’explosif sur des suspects. Leur flair est dix fois plus performant que celui du chien. Ils peuvent aussi venir en aide aux personnes en difficulté en dénouant, par exemple, des lacets de chaussures.

    En trois jours, on peut dresser un rat à n’importe quel exercice. Je leur apprends le rappel ou à ramener des objets. Via l’association, nous faisons aussi découvrir d’autres systèmes de détention pour petits rongeurs axés sur leur bien-être. Je pense que tous les animaux devraient être libres mais je sais aussi que ces boules de poils et d’amour apportent du bonheur à leur propriétaire.

    Prises de conscience

    Maquillage intense, canne, cheveux longs, accessoires à clous et vêtements rouges et noirs. Entre mon costard-cravate de financier et mon style cybergoth actuel, il y a un fossé. Mes proches n’ont pas été surpris par mon look car ils m’avaient connu fan de métal avec des vestes à clous. Ils savent que je meurs d’ennui dans les standards et m’ont toujours soutenu.

     

    Dans notre société, on est quoi qu’il en soit constamment soumis au jugement des autres. Un look hors du commun ne fait pas de nous des fous.

     

    Des criminels à l’allure conforme, il y en a de nombreux exemples. Je n’ai par contre en tête aucun gothique qui ait commis des atrocités. Le mouvement se veut apolitique et areligieux. Ce qui est sombre et ténébreux nous rappelle instinctivement la mort. Mon apparence renvoie les gens à des questions existentielles qui suscitent des émotions. Est-ce qu’il y a une vie après la mort, un au-delà? Si oui, lequel? Certains se montrent curieux, me complimentent ou demandent une photo, d’autres ricanent. Mais lorsque je discute avec eux, ils m’avouent souvent être terrifiés par la mort.

    Plus libre

    Mon changement de style m’a aussi énormément appris sur les femmes. Me maquiller, me faire les ongles ou me lisser les cheveux… par le passé, je ne comprenais pas pourquoi ma compagne passait autant de temps dans la salle de bains. Avant ma métamorphose, je n’étais pas à l’écoute des femmes, comme beaucoup d’hommes d’ailleurs. Désormais, je vis sereinement au jour le jour, en accord avec moi-même et la spiritualité.

    Certes, j’évolue dans un système de contrôle – le mouvement gothique – à l’intérieur d’un autre système – la société. Mais en connaissant les règles de chacun, je me sens plus libre. Une chose est sûre, si je pouvais revenir en arrière, je referais tout à l’identique. Si je changeais ne serait-ce qu’un détail, je ne serais pas qui je suis aujourd’hui.


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