santé

    Dépression périnatale: osons en parler

    Avant ou après l’accouchement, plus d’une femme sur dix souffre en silence de cette maladie considérée, à tort, comme «honteuse».

    Publié le 
    16 Décembre 2014
     par 
    Emmanuelle Elie

    Cela devrait être l’un des plus beaux moments de la vie d’une femme: avoir un enfant. Pourtant, la réalité est parfois plus sombre. On se sent épuisée, on perd l’appétit, on a peu de plaisir à s’occuper de notre bébé, on est anxieuse. Bref, on est déprimée.

    Rien à voir avec le très fréquent baby-blues. Ce vague à l’âme, qui se traduit par une forte émotivité et une humeur irritable dans les jours qui suivent l’accouchement, disparaît en général au bout d’une semaine. En revanche, la dépression périnatale, qui peut se manifester pendant la grossesse ou après la délivrance, «est une maladie», souligne Nathalie Nanzer, responsable de l’unité Guidance infantile du service de psychiatrie de l’enfant et de l’adolescent des Hôpitaux de Genève (HUG). Et elle peut durer de quelques semaines à plusieurs années.

    Crise identitaire

    Les adolescentes, les femmes appartenant à un milieu défavorisé, qui vivent seules ou qui ont déjà eu une dépression, sont les plus à risque de souffrir de cette pathologie. Mais personne n’est épargné puisque la maladie touche en moyenne 13% des femmes enceintes ou qui viennent d’avoir un enfant – «même si ce n’est pas le premier», précise la pédopsychiatre.

    On pourrait penser que les bouleversements hormonaux ou le déficit de vitamines qui accompagnent la grossesse sont en cause. Ce n’est pas le cas. La preuve: «10% des hommes vivent, eux aussi, les mêmes moments de désarroi et d’incompréhension quand ils deviennent père», constate le médecin, auteure d’un livre à ce sujet: «La dépression du post-partum. Sortir du silence» (Editions Favre).

    La cause? Elle peut être liée à des facteurs héréditaires qui créent une fragilité psychologique. Mais il faut surtout la chercher dans «l’enfance de la mère», selon Nathalie Nanzer. Lorsque l’on devient parent, on vit «une crise existentielle aussi importante que celle de l’adolescence. A ce moment-là, le passé personnel se réveille sans qu’on en ait conscience.» On s’interroge soudain sur ses propres parents et «plus le jugement que l’on porte envers eux est sévère, plus on a un idéal élevé et plus on craint de mal faire».

    Quelles conséquences?

    La dépression périnatale de la mère – ou du père – rejaillit sur la vie du couple. «Elle est la première cause de divorce, selon le médecin des HUG. Un très grand nombre de séparations ont lieu durant l’année qui suit la naissance d’un enfant.» Ce dernier subit d’ailleurs les répercussions du mal-être familial. On observe alors parfois chez les tout-petits des troubles de l’alimentation ou du sommeil, un caractère irritable, ou au contraire une trop grande sagesse. Plus tard, au moment où ils entrent à l’école, leurs résultats scolaires en pâtissent. Tous ces symptômes sont «le reflet des déficiences relationnelles entre la mère et son fils ou sa fille». Certains enfants «s’en sortent très bien, souligne Nathalie Nanzer. Mais d’autres ressentent les conséquences de la dépression maternelle tout au long de leur vie et surtout quand, à leur tour, ils deviennent parents.»

    Les psychothérapies sont efficaces

    Les femmes concernées doivent «oser en parler autour d’elles», conseille la pédopsychiatre. Sinon, elles se dévalorisent et leur maladie peut devenir chronique. La dépression périnatale est en effet encore souvent considérée comme un sujet tabou. «On a tant mis la naissance d’un enfant sur un piédestal que les mères pensent qu’elles devraient être comblées par cet heureux événement.» Quand elles ressentent de l’anxiété, elles en ont honte et elles s’isolent encore davantage plutôt que de rechercher de l’aide.

    Entretien prénatal pour limiter les risques

    Pourtant, des traitements existent. «N’importe quelle approche psychothérapique peut être utile», selon la psychanalyste. Dans l’unité de Guidance infantile genevoise, les médecins travaillent «sur la parentalité et sur l’histoire personnelle des parents, ainsi que sur les relations parents -enfants». Quand les mères consultent rapidement, ils obtiennent de bons résultats dans «80% des cas».

    A titre de prévention, Nathalie Nanzer recommande aux futures mamans d’avoir recours à l’entretien prénatal. Elles pourront ainsi parler aux sages-femmes de ce qu’elles ressentent. Une démarche «très utile» pour limiter les risques de faire une dépression du post-partum qui gâche la joie de devenir mère.

    Des astuces simples pour se sentir mieux

    Bébé est là, on devrait se réjouir, mais on n’a plus le goût à rien. Dans ce cas, mieux vaut consulter. Mais il faut aussi éviter de rester seule avec ses anxiétés.

    En discuter avec ses amies En parler à son entourage, à sa sage-femme ou à son médecin, c’est une bonne manière de rompre sa solitude. Mais aussi de déculpabiliser. On se rend compte alors qu’on est loin d’être la seule à souffrir de dépression du post-partum.

    Prendre du temps pour soi Sortir pour boire un thé, se faire faire un massage, aller chez le coiffeur ou encore se plonger dans un livre passionnant: tout est bon pour tenter d’alléger le poids de sa déprime.

    Faire de l’exercice Course à pied, tennis, fitness, mais aussi yoga ou jardinage: il ne faut pas hésiter à reprendre une activité que l’on apprécie. Rien de tel pour avoir une meilleure forme physique et se remonter le moral.

     

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