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    Non mais allô quoi, t'as pas vu la série «You»?

    Chaque semaine, Sonia Arnal, la rédactrice en chef de Femina, croque dans son édito le quotidien, avec humour et ironie. Ce dimanche 13 janvier 2019, elle s'interroge: la vie sociale était-elle plus facile avant le monde des séries?

    Publié le 
    13 Janvier 2019
     par 
    Sonia Arnal

    Les conversations et les séances de rédaction, ça devient compliqué. On peine à suivre, collectivement. Moi, j’ai un peu l’habitude: je n’ai plus de télé depuis 25 ans, donc je suis larguée depuis autant d’années.

    Les cafés entre collègues où chacun donnait son avis sur le dernier épisode de «Friends» (des «Feux de l’amour» quand la tablée était plus âgée) ou commentait le dernier clash chez Ardisson (chez Hanouna quand la tablée était plus jeune), autant dire que ça n’a jamais été ma tasse de thé.

    Mais avant, comme tout le monde en pensait quelque chose et exprimait ce quelque chose, qui était souvent un presque rien, je prenais un air concerné, hochais la tête, produisais des «hein-hein, hein-hein» et arrivais parfaitement à faire croire au groupe que je savais de quoi on causait – alors que je n’ai jamais vu un seul épisode de «Friends» ni de «24 heures chrono».

    Maintenant que chacun est abonné à une plateforme différente et regarde sur commande la série de son choix, on entre dans une ère aux dialogues surréalistes:

    — Tu aimes la voix off de «You»?
    — De moi???
    — Non de «You», la série quoi!

    Et juste quand on comprend que c’est «You» qu’il faut avoir vu, une autre partie de la rédaction enchaîne sur l’épisode de «Black Mirror» dans lequel on est supposée choisir la suite du scénario mais pas tant que ça finalement, d’où un autre dialogue absurde:

    — Mais alors, c’est interactif ou pas?
    — Oui, mais non. Tu es quand même coincée dans un scénario qui te mène, quoi que tu choisisses, là où il veut.
    — Oui, mais c’est ça que ça dénonce, c’est tout le propos!
    — C’est une mise en abyme.

     

     

     

    L'ère de la polyphonie

    S’ils le disent… moi, je ne sais pas si c’était mieux avant, mais maintenant en tout cas c’est polyphonique. Va trouver quelqu’un qui a vu les mêmes épisodes de la même série plus ou moins au même moment que toi pour échanger autour d’un domaine commun! Au temps pour la fonction référentielle de la communication, aurait dit mon prof de linguistique.

    Ce dialogue de sourds ne me gêne pas plus que ça, puisque je suis depuis toujours une malcomprenante de ces échanges. Je trouve même dans cette singularité du programme TV une vraie liberté.

    Du coup je vais peut-être regarder «Friends» ce soir. Ou «24 heures chrono».

    L'art de choisir la bonne résolution

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