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    J’ai lu pour vous «Not that kind of girl» de Lena Dunham

    Je me suis plongée dans le livre autobiographique de Lena Dunham, la créatrice de la série «Girls».

    Publié le 
    8 Novembre 2014
     par 
    Muriel Risse

    Comme beaucoup, j’ai instantanément adoré Lena Dunham juste après avoir visionné le premier épisode de sa série, «Girls». J’ai aimé sa fraîcheur, son sourire, sa manière de mettre en scène la sexualité, l’amitié, les perspectives professionnelles de la génération Y. Franchement, lorsque l’on est dans la vingtaine, difficile de ne pas se reconnaître.

    C’est donc avec délectation (et malgré les innombrables critiques médiatiques) que je me suis plongée dans la lecture de «Not that kind of girl», son premier roman. Car comme son personnage dans la série, Hannah Horvath, Lena écrit. Elle écrit comme elle filme: avec humour, réalisme, générosité.

    L’horreur absolue

    La première partie du livre, «Corps», est la plus bouleversante étant donné que Lena, pour la première fois, y parle du viol qu’elle a subi alors qu’elle était étudiante. Son tyran se nomme Barry, un ami d’un ami. Ce soir-là, Lena avait bu. Beaucoup. Et lorsque Barry lui propose de la raccompagner, elle accepte. Elle ne réalise pas tout de suite l’horreur de la situation: «Le refrain que j’entendais encore et encore dans ma tête, tel un mécanisme d’auto-apaisement, était ‘C’est ce que les adultes font’. » Il faudra que Lena se confie à son amie Audrey pour qu’elle se retrouve face à la réalité: «Tu as été violée», lui dit-elle sans détour. «Je n’ai jamais consenti d’être traitée de cette manière», admet Lena.

    Dans ce chapitre, Lena évoque aussi le combat qu’elle a mené contre son corps avant de finir par l’aimer et l’accepter tel qu’il est. Montrer son corps nu à la télévision a fonctionné comme une sorte de thérapie. «Tout ce que j’ai vu en étant enfant, de «Beverly Hills» à «Sur la route de Madison» m’a amené à croire que le sexe était un événement embarrassant mais qui réchauffe où deux amoureux aux peaux lisses et gluantes parviennent à un orgasme mutuel en respirant fort l’un en face de l’autre. Outre le fait que ces images sont vulgaires, elles peuvent également être destructrices. Entre les films pornos et les comédies romantiques, on nous dit haut et fort que tout ce que nous faisons est faux. Nos linges de lit sont faux. Nos mouvements sont faux. Nos corps ne sont pas les bons.»

    Elle évoque également la découverte de son corps de par l’observation de ses parents et de sa petite sœur, Grace. Un blog ultraconservateur, Truthrevolt.org, est allé jusqu’à reprocher à Lena des attouchements envers sa sœur. Cela paraît totalement hors de propos étant donné que l’écrivain avait alors 7 ans…

    Devenir grande sœur

    Dans la seconde partie intitulée «Amitié», Lena consacre justement un chapitre à Grace et aux sentiments ambigus qu’elle a ressentis lorsqu’elle est devenue grande sœur. «Mes sentiments étaient si violents, si tragiques, que je n’ai jamais pu les oublier; je pense même que je ne les ai plus jamais ressentis depuis. Peut-être est-ce la même sensation que de trouver un amant dans le lit de votre conjoint. Peut-être est-ce plus proche de l’impression de se faire licencier de son travail après 30 ans. Peut-être est-ce simplement le sentiment de perdre tout ce qui nous appartenait.» Mais très vite, Lena prend son rôle de grande sœur très à cœur, quitte à trop en faire: «Ce que je voulais vraiment, mis à part son affection, c’était de savoir qu’elle avait besoin de moi, qu’elle était complètement perdue sans sa grande sœur pour la guider à travers le monde.» Puis un jour, Grace fait son coming out et le monde de Lena s’effondre à nouveau: «J’ai pleuré, parce que soudain je comprenais à quel point je ne la connaissais pas».

    Bad school days

    Alors qu’on l’imaginait incroyablement populaire et scolairement épanouie, Lena enfant n’était pas une petite fille très heureuse. Outre ses nombreuses phobies qui lui pourrissaient la vie (comme la peur de mourir en s’endormant), elle n’avait pour ainsi dire aucun ami. «J’ai détesté l’école dès le premier jour. Je suis rentrée du jardin d’enfants et je me suis assise à mon petit bureau. Mon père m’a demandé: ‘Alors, comment c’était?’ ‘C’était sympa, lui ai-je répondu. Mais je ne pense pas y retourner.’»

    Après ses études obligatoires suivies d’une école d’art, Lena se retrouve au chômage. «J’étais devenue le type d’enfants que les parents redoutent d’avoir», écrit-elle. Elle finit par trouver un emploi dans une boutique de vêtements pour enfants hors-de-prix (oui, à l’image de Jessa dans la série «Girls»). «A la question ‘quel est le pire job que tu aies jamais eu’, je pouvais alors répondre: ‘Un jour, ma patronne m’a hurlé dessus pour avoir donné à Gwyneth Paltrow la mauvaise taille de leggings pour bébé.’ »

    Elle travaille alors avec ses deux amies d’enfance et commence à tourner avec elles une websérie basée sur leurs peurs de l’avenir, la pression de leurs parents, leur soif de gloire. C’est ainsi que Lena mettra un pied à l’étrier et deviendra la réalisatrice que l’on connaît. Un sous-chapitre est également consacré au sexisme en vigueur à Hollywood…

    Conclusion

    Certes, ce n’est pas le livre du siècle. Et non, ce n’est pas un manifeste féministe. «Son livre a la superficialité de la chick litt et le pseudo trash déguisé en anti-langue de bois (devenu sa marque de fabrique) qu’elle y ajoute n’y changera rien», note Nelly Kaprièlian dans sur le site internet des «Inrocks». Malgré tout, elle m’a ému, amené à réfléchir sur mes propres choix, fait rire avec son égo démesuré («lorsque j’étais enfant, j’étais hypnotisée par ma propre beauté») et les souvenirs qu’elle garde de ses ex («Devon (ndlr: l’un des premiers amoureux de Lena) m’a appris beaucoup de choses. Il a notamment changé l’alarme de mon iPhone de Marimba à Timba, ce qui me permettait de me réveiller de meilleure humeur, plus calme.»

     

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