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Rencontre avec Julie Sando, cinéaste récompensée aux Visions du Réel

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Ce moyen métrage unique raconte les retrouvailles de la jeune cinéaste avec sa grand-maman, Shigeko Sando, qu’elle rejoint dans sa maison, au Japon, après plusieurs années d'absence.

© JULIE SANDO

Le premier adjectif qui nous vient, c’est «cristallin». D’abord, pour décrire le rire lumineux de Julie Sando, 29 ans, lorsque nous la contactons par téléphone. Puis, pour la pureté et la délicatesse folles qui transparaissent de son film, Fuku Nashi, présenté au festival Visions du réel 2022. Ce moyen métrage unique raconte en effet ses retrouvailles avec sa grand-maman, Shigeko Sando, qu’elle rejoint dans sa maison, au Japon. Renforcée par le poids d’années criblées de terribles événements, la puissance de cette rencontre laisse fusionner les genres de l’autofiction et du documentaire. Au travers du regard de Yukie, le personnage qu’adopte Julie Sando tout au long du film, on sent vaciller la paroi distinguant généralement œuvre et réalité. On aurait presque envie d’évoquer une métalepse cinématographique, tant on a le sentiment de vivre ces instants en même temps que les personnages. Un moment de silence parlant, une scène d’une beauté pure puisée dans un quotidien documenté avec amour, et nous voilà de l’autre côté de la caméra, dans le jardin foisonnant de Shigeko. Avec un peu de tension, parfois, alors que les deux femmes rebâtissent progressivement leur lien. D’ailleurs, l’une des traductions possibles du titre japonais Fuku Nashi est «sans vêtements», suggérant une révélation, un dévoilement.

Ainsi l’aspect personnel et poétique du film, son message important, ainsi que les immenses efforts investis, ont porté leurs fruits: le 17 avril 2022, lors de la remise des prix de l’événement culturel nyonnais, la jeune artiste helvético-japonaise ayant grandi dans le canton de Vaud, a décroché le prix de la compétition nationale remis par la SRG SSR, ainsi que le prix Zonta de soutien à la création, une aide pour de futurs projets.

Sept ans de travail

Titulaire d’un Bachelor en cinéma et d’un Master en pratiques artistiques contemporaines à la HEAD, Julie Sando a débuté Fuku Nashi en 2014, lors d’une année sabbatique. «Je suis retournée au Japon pendant trois mois, après une longue absence, se souvient-elle. Je crois que je ne le réalisais pas encore exactement pourquoi, mais j’avais besoin d’y aller, je ressentais une urgence de filmer. Au départ, je nourrissais le fantasme de réaliser un film politique, notamment suite au séisme survenu à Tōhoku, en 2011. Cela a commencé naturellement, je me questionnais beaucoup quant à la manière par laquelle les catastrophes survenues en notre absence nous affectent.» Puis, au fil des prises, des discussions et du temps, la jeune femme réalise que tous ses questionnements, ainsi que sa colère, se rejoigenent sur un point: celle de son métissage et des questions identitaires, de la souffrance occasionnée par la quête d’appartenance à une culture ou à l’autre. Les réponses, ainsi qu’elle l’a découvert, se trouvaient dans ces instants de grâce du quotidien, ceux passés avec sa grand-mère.

«Après ce premier retour, je suis allée au Japon une ou deux fois par an, durant sept ans, poursuit-elle. Au niveau du film, ces différents voyages ont suscité une certaine évolution; je suis devenue plus active dans la lutte contre le racisme et dans le féminisme. J’ai rencontré des personnes avec des origines d’Asie de l'est et du sud-est, vivant les mêmes questionnements que moi. Cela m’a permis de mettre des mots sur ce que j’ai vécu enfant et adolescente.» Aussi partage-t-elle l’importance des réactions émouvantes de ces personnes, celles qui partagent son ressenti, après la sortie du film:

«C’est vraiment ce qui était le plus important pour moi, de voir que les personnes se reconnaissaient dans mon travail.»

Lorsqu’on la questionne quant à la réaction de sa grand-maman, Julie Sando avoue qu’elle n’a pas encore eu le temps de lui annoncer l’obtention des prix: «Mais je sais qu’elle est fière de moi. Elle a beaucoup ri en découvrant le film. Vu qu’elle est dedans, je pense qu’elle a regardé ça comme des archives de famille.»

L’urgence de créer

Tout ce travail, Julie Sando l’a accomplie seule, d’abord par le biais de son association JoY Films, puis avec le soutien de la HEAD, lors des dernières étapes de production, en collaboration avec Dimitri Faravel. Elle a toujours tenu à ce que le résultat soit aussi proche que possible de sa volonté: «C’était comme un rubicube, explique-t-elle à propos du montage en duo. On a beaucoup discuté, beaucoup donné. C’était une sacrée aventure.»

Créer, la jeune femme le fait depuis toute petite. Hormis la production cinématographique, elle réalise également des performances artistiques et a toujours dessiné. «La création a toujours été la pour moi, explique Julie Sando. C’est quelque chose qui se rapporte à la survie. J’avais des problèmes d’apprentissage à l’école, mais le dessin a toujours été là, pour m’aider à m’exprimer et pour qu’on me prenne au sérieux. Ensuite, je pense que dès qu’on décide d’exposer ce qu’on créé, c’est un geste politique. On va offrir à des spectateurs-trices des images à regarder, et il faut en avoir conscience. Avec ce film, je voulais aborder quelque chose de nécessaire, soit la représentation d’une famille culturelle mixte, en espérant donner une meilleure visibilité de certains vécus et de partager cela avec des personnes qui se reconnaîtront.»

Où voir Fuku Nashi?

Le moyen métrage de Julie Sando devrait bientôt faire de nouvelles apparitions dans des festivals cinématographiques. Si aucune date n’a été confirmée pour le moment, la cinéaste a promis de nous tenir au courant!

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