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Interview: Angèle, frange et démons

Angele interview album frange et demons

«Je pense que j'essaie d'être la plus honnête possible, je crois que c'est dans ça que je trouve l'inspiration, dans les émotions qui me traversent et elles sont hyper diverses, évidemment.» - Angèle

© Manuel Obadia Wills

FEMINA Comment allez-vous, Angèle? Entre le marathon de la promo, le stress de la sortie de Nonante-Cinq et le rétablissement du Covid, vous survivez?
Angèle
C'était intense, mais c'est allé. Evidemment un truc vraiment chiant avec le coronavirus c'est cette perte d'odorat, et puis j'ai perdu ma voix pendant un moment, ce qui est encore plus embêtant!

Cette décision de publier votre album en plein live d'anniversaire sur Instagram, pendant votre quarantaine, une semaine avant la date officielle [le 10 décembre 2021], c'était un vrai coup de tête ou c'était un peu prévu? Vos producteurs ne se sont pas arrachés les cheveux?
C'était vachement un coup de tête quand même, parce que j'avais vraiment cette envie de pouvoir utiliser ce temps libre que j'avais, et aussi de ne pas regretter mon anniversaire toute seule. Ce soir-là il y avait un truc rigolo. Donc voilà, tout à coup j'ai décidé de le faire. C'était déjà un peu le bordel à cause du fait que j'étais malade, donc quelques jours de plus ou de moins c'était finalement le cadet de nos soucis. Et puis j'ai mon propre label, donc ce n'est pas vraiment comme si j'avais un patron au-dessus de moi qui décidait à ma place.

Un nouvel album qui cartonne, un docu Netflix que presque tout le monde a vu, un rôle dans le prochain film Astérix dont vous avez bouclé le tournage il y a peu... 2021 vous a offert une accélération brutale comme avec le phénomène Brol. Vous attendiez-vous à un nouveau décollage aussi rapide pour le succès?
Non, car il y a toujours le doute qui est hyper présent. Pour être honnête, c'est difficile de se projeter, c'est difficile d'avoir envie d'un succès parce que c'est vulnérabilisant. J'essaie de ne pas trop me poser ces questions-là et je suis ravie du retour de Nonante-Cinq, c'est génial, mais ce n'est pas quelque chose que j'arrive à vivre dans le sens où je ne le vois pas à mon échelle. C'est assez marrant, car je passe mes journées à défendre l'album et à en parler, mais à côté de ça je ne vois pas vraiment ce que ça a comme impact.

Vous qui dites être angoissée de nature, comment vivez-vous ça?
C'est confrontant parce que je fais un métier qui clairement a des moments très angoissants, je n'ai pas choisi la profession la plus paisible que je pouvais de ce point de vue. Et en même temps les angoisses que j'ai se dilapident aussi grâce à la musique, c'est elle qui me permet de parler de mes doutes, qui me permet de m'émanciper le plus possible. Donc c'est un mélange des deux. C'est à la fois ce qui me cause le plus d'angoisses et à la fois ce qui me soigne.

© Manuel Obadia Wills

Et pourquoi ce documentaire, qui vous expose beaucoup, justement?
C'est parti d'une proposition de Netflix, qui nous a demandé si on était partant, et j'ai trouvé que c'était une super idée. Donc on a fini par se lancer dans ce projet sans trop savoir où ça nous mènerait - je dis on car c'est avec les deux réalisateurs, qui sont des amis. L'idée à la base cependant n'était pas de partir sur un truc aussi personnel, mais plutôt de raconter une histoire. Mais je me suis assez vite rendu compte que l'histoire, justement, avait déjà été suffisamment racontée, que finalement, ce qui allait avoir du sens, ce serait que ce projet puisse me permettre de me libérer de quelque chose.

Et c'est à ce moment-là qu'on s'est aperçu que des carnets véhiculaient plein de choses que les images ne disaient pas. Revenir sur ce que disaient ces pages permettait de raconter certaines histoires que je n'avais pas encore abordées, qu'elles amenaient des commentaires bien plus personnels et introspectifs que juste un documentaire qui décrirait une tournée ou une success story de façon trop factuelle.

«Les angoisses que j'ai se dilapident aussi grâce à la musique, c'est elle qui me permet de parler de mes doutes, qui me permet de m'émanciper le plus possible. [...] C'est à la fois ce qui me cause le plus d'angoisses et à la fois ce qui me soigne.»

Angèle

Vous y évoquez notamment ce que vous estimez être une trahison du magazine Playboy, qui a publié une photo de vous malgré votre refus. Vous avez également pu dire que certains médias vous avaient volé votre coming-out en osant révéler des choses sur votre vie amoureuse. Pensez-vous que les médias se comportent différemment, se permettent certaines choses parce que vous êtes une jeune femme?
C'est sûr que certaines pratiques existent parce qu'elles sont profondément ancrées dans la misogynie, mais au même titre certains artistes doivent subir le racisme, l'homophobie, la transphobie. Il y a des choses qui sont à déconstruire et à changer. En tant que femme, et en tant que femme LGBT, j'ai eu droit à nombre de petits mots misogynes et homophobes donc oui, c'est certain que cela a une influence.

Mais je pense aussi que ce qui est intéressant là dedans, c'est qu'au final, le fait de pouvoir en parler m'a permis de passer à autre chose, j'ai pu me concentrer sur la musique, sur ce que j'avais envie de continuer à faire, et ne pas subir la peur que ça produit. Car ces discriminations génèrent de la peur, de la paranoïa, on a l'impression qu'on se sent piégé. Il y a beaucoup d'angoisses qui sont nées de tout ça, car quand j'ai commencé la musique je n'avais pas l'impression d'être très reconnue.

Brol était d'ailleurs sorti en pleine ère MeToo, des milliers de personnes ont pu se retrouver dans vos chansons souvent engagées, notamment Balance Ton Quoi, ou Ta Reine. Pensez-vous avoir contribué à améliorer un peu les choses du côté des droits des femmes et des droits LGBT?
J'ai toujours un peu peur de dire ça car on n'a pas encore beaucoup de recul. Ce dont je suis certaine c'est que la pop culture a toujours été le reflet de l'Histoire, de l'actualité, et c'est certain que cela y contribue, mais c'est important de parler d'ensemble, de parler des autres artistes qui évoquent aussi ces sujets. Il y a également beaucoup de personnes qui militent et qui travaillent très activement.

Moi c'est à travers la musique, c'est là que je me sens le mieux et que j'arrive à m'exprimer le mieux, mais je suis loin d'être la seule à être féministe. Les mentalités changent progressivement, il y a des déconstructions qui peuvent permettre de dire que voilà, des choses ont bougé depuis MeToo, même si malheureusement c'est encore insuffisant.

En parlant de changements, la Angèle de 2017 est-elle différente de l'Angèle de 2021?
Ah oui, très! Et heureusement, d'ailleurs, sinon ça voudrait dire que je n'ai vraiment pas grandi ou évolué. J'ai pris en maturité et puis il y a quand même cinq ans qui sont passés depuis, c'est l'âge suffisant pour devenir adulte je crois. Entre 21 et 26 ans, il y a un monde.

On vous voit faire des chorégraphies plus pop dans vos nouveaux clips, quand ceux de Brol vous montraient danser des choses plus légères, personnelles, improvisées. Y a-t-il une sorte de tournant un peu pop internationale, peut-être inspiré par votre expérience avec Dua Lipa?
Je crois que c'était une envie artistique de pouvoir aller plus loin dans la chorégraphie, car la danse a toujours fait partie de moi. Effectivement avant c'était peut-être un peu plus indé, mais même maintenant c'est moi qui continue à m'occuper de ça, j'écris ces mouvements avec des chorégraphes et cela reste une façon de faire assez artisanale.

J'ai fait appel à Marion et Caroline, qui sont des danseuses que je connais très bien et qui bossent avec moi sur la tournée, et je leur ai demandé si elles voulaient jouer le jeu pour Bruxelles et Démons car je trouvais ça rigolo. Mais je pense même aller plus loin pour la tournée, j'ai toujours aimé la chorégraphie, la danse, et je trouve que dans un projet pop ça a complètement sa place.

Avec une chanson vous arrivez à nous faire rire, avec une autre vous parvenez à nous tirer des larmes, comment arrivez-vous à avoir une telle force de frappe dans des registres si différents, c'est rare de pouvoir émouvoir d'un bout à l'autre du spectre, non?
Je ne suis pas sûre d'avoir la réponse. Je pense que j'essaie d'être la plus honnête possible, je crois que c'est dans ça que je trouve l'inspiration, dans les émotions qui me traversent et elles sont hyper diverses, évidemment. Il y a des moments de grande joie, de rire et beaucoup de moments d'humour car ça fait vraiment partie de ma vie et de ma façon de faire, mais il n'y a pas que ça bien sûr. Parfois l'humour ça cache aussi une grande tristesse, un grand manque de confiance en soi, et ce sont des choses dont j'ai besoin de parler aussi.

C'est juste que je parle de tous les aspects de ma personnalité qui sont peut-être aussi ceux de tous les gens en général, personne n'est complètement l'un ou l'autre, on est beaucoup plus nuancé, on est pas binaire, on est toujours un peu de tout.

Vous vous exprimez souvent avec une voix très douce, posée, vous semblez très calme. Mais y a-t-il quelque chose qui fait sortir Angèle de ses gonds? Est-ce que ça vous arrive d'être en colère, de péter un plomb?
Oui, bien sûr, et je ne suis pas toujours si calme. Tout dépend avec qui. J'ai des moments où je suis très excitée, très en forme, très intense, évidemment ça peut m'arriver de m'énerver, sur des trucs d'injustice ou de concentration. Je peux être en colère mais quand même moins qu'avant quand j'étais vraiment plus jeune. Aujourd'hui je me suis un peu plus posée mais je ne montre pas tout non plus!

Dans votre docu, vous dites que vous vous êtes longtemps perçue comme la fille de, ou la sœur de. Maintenant que vous évoluez, on peut le dire, dans une toute autre catégorie, ressentez-vous une petite forme de culpabilité d'être devenue LA star de la famille?
Je l'ai ressentie pendant un moment. Heureusement cela a été l'occasion d'en parler pour me rendre compte que je n'avais pas à souffrir comme ça, parce que ça ne faisait pas souffrir mes proches alors que j'étais certaine que c'était le cas. Mais en effet c'est inévitable, on ne peut pas s'empêcher de penser ainsi, même si nos parents ne font pas ce métier je crois qu'il y a un truc comme ça.

Même avec mes amis j'ai longtemps eu un peu honte, je ne leur parlais pas de mon métier, je ne leur proposais même pas de venir à mes concerts, je préférais que ce soit eux qui fassent la démarche de venir me voir, parce que je n'avais pas envie de prendre trop de place dans leur vie, d'être un poids pour mes proches. Et j'ai compris plus tard qu'au contraire mes amis avaient leur vie, et tant que moi je ne l'exposais pas, ils pouvaient être à la fois mes amis et à la fois les premiers qui me supportent. J'ai donc chassé petit à petit cette culpabilité.

Vous avez à votre actif deux albums à succès. Quelle sera l'étape d'après? Ecrire pour les autres, ça vous botterait?
Je ne l'ai jamais fait et j'aimerais bien, j'adore écrire, mais je ne sais pas si c'est un exercice qui me conviendrait complètement. Il faudrait que j'essaie, pour l'instant je n'ai pas vraiment eu l'occasion ni le temps. On me l'a déjà proposé, c'est en cours, je ne peux pas en dire plus sinon je risque de spoiler les choses. Mais je ne sais pas si cela me mènera quelque part un jour.

Et comment avez-vous atterri au générique du prochain film Astérix?
Guillaume Canet, qui le réalise, est venu me demander. C'est assez cool car il y avait cette envie d'examiner le personnage de Falbala et de voir comment on pouvait la moderniser. C'était assez fun de travailler Falbala parce que c'était la première fois que je faisais un rôle où il y avait vraiment du texte, où je pouvais vraiment jouer, ce que je n'avais jamais fait. Cela m'a permis de découvrir que ça me plait beaucoup, même si je n'ai toujours pas vu le résultat, ma prestation sera peut-être une cata!

Reste que je suis hyper heureuse d'avoir pu faire partie de ce projet qui était assez incroyable, et super impressionnée par le travail de Guillaume Canet, qui lui incarne Astérix tout en réalisant, c'est un truc assez fou, sans oublier qu'il a aussi écrit. Il avait beaucoup de casquettes.

Mais vous a-t-il vraiment plu ce rôle de Falbala, qui est un peu, dans la BD, une femme potiche, une femme trophée qui n'a pas tellement de lignes de texte? Elle n'a quand même pas grand chose de féministe.
Justement, cela m'a plu car il y a vraiment eu une recherche pour changer ce personnage et lui permettre d'avoir de l'esprit, de l'humour. J'ai bien aimé le fait que c'est un personnage qui à la base a ce truc d'être une femme très belle et d'être à peu près peu réduite à ça, et je voulais pouvoir jouer de ces éléments et m'amuser autour de tout ça.

D'ici là, vous avez prévu de venir bientôt nous rendre visite?
Je vais venir en effet en 2022, notamment à Paléo, j'ai aussi au moins une autre date en salle qui est prévue. Ce qui est sûr c'est que je viens bientôt car j'adore jouer en Suisse.

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