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«Don't Worry Darling», un thriller féministe haletant

«Don't Worry Darling», un thriller féministe haletant

Alice (Florence Pugh) est heureuse avec son époux Jack (Harry Styles) dans la communauté de Victory. Jusqu'à ce que d'étranges événements chamboulent sa routine de femme au foyer.

© WARNER BROS

Don't Worry Darling, vous en avez probablement entendu parler. Et pas pour son scénario haletant ou la prestation de sa star, Florence Pugh. Bien avant sa sortie au cinéma, le second long-métrage de l'actrice-devenue-réalisatrice Olivia Wilde (Dr House) a suscité un battage médiatique. D'abord pour son casting. Le projet, annoncé en 2019, devait offrir le rôle principal masculin à Shia LaBeouf. Malaise sur le plateau en préproduction, Olivia Wilde renonce à travailler avec l'acteur à cause de son comportement problématique. «J'avais une responsabilité envers [Florence Pugh], a déclaré la cinéaste à Vanity Fair. Il aborde son travail d’acteur avec une intensité qui peut être perturbante. Ce n’est pas l’état d’esprit que je demande pour intégrer mes productions.» Quelques mois plus tard, Shia LaBeouf était accusé de violences conjugales par son ex-compagne FKA Twigs. L'acteur dément avoir été viré et dévoile des conversations privées qui laissent entendre une situation plus complexe, ainsi qu'une mésentente entre Olivia Wilde et Florence Pugh. Harry Styles est finalement casté pour le rôle titre masculin, et finit par se mettre en couple avec la réalisatrice. S'ensuivent des accusations de favoritisme et d'inégalités salariales.

Mais le drama ne s'arrête pas là. Lors de la première à la Mostra de Venise, le 5 septembre 2022, de nouvelles polémiques régalent les tabloïds: y'aurait-il de l'eau dans le gaz entre les membres du casting? Harry Styles qui crache sur la main de Chris Pine, Florence Pugh qui boude la promo du film, on aura tout entendu. «On se méfie beaucoup des femmes en position de pouvoir. On nous accorde rarement le bénéfice du doute, a réagi Olivia Wilde auprès de Vanity Fair. [...] C’est presque ironique. Mon second film traite de la force incroyable des femmes, de ce dont nous sommes capables lorsque nous unissons nos forces, et de la facilité avec laquelle on peut faire tomber une femme en utilisant ses pairs pour la juger et la couvrir de honte. C’est exactement ce dont il est question en ce moment.» Dommage que ces controverses - démenties par les intéressé-e-s - fassent de l'ombre au film. Sexiste, ce tapage? On ne peut pas l'écarter…

Le synopsis

Plongeons dans l'American Dream des années 50. Alice (Florence Pugh) forme un duo complice et amoureux avec son mari Jack (Harry Styles) au sein de la communauté expérimentale et aisée de Victory, une oasis de verdure isolée au cœur du désert californien. Les résidentes sont toutes femmes au foyer et partagent leur temps entre le décrassage de la baignoire, les cours de ballet et les après-midi cocktails. Les hommes, de leur côté, travaillent pour l'entreprise de la petite ville, dirigée par le PDG visionnaire Frank (Chris Pine). Toutefois, cette utopie couleur Dragibus sonne étrangement faux. La vie d'Alice bascule quand elle aperçoit un avion s'écraser au-delà des collines sablonneuses et lorsque sa voisine dépressive Margaret (KiKi Layne) est victime d'un accident. Des événements dont elle semble la seule témoin. Victory n'est soudain plus cette petite ville moderne et sûre et la jeune femme commence à poser des questions. Qu'est devenue Margaret? Pourquoi est-ce interdit de quitter l'enceinte de la communauté? Que fait son époux au juste au sein de l'entreprise, très secrète? Et pourquoi personne ne la comprend?

«Don't Worry Darling», un thriller féministe haletant
© WARNER BROS

On a aimé: Florence Pugh, l'esthétique rétro et le female gaze

L'étoile du film est sans nul doute la Britannique de 26 ans Florence Pugh (Midsommar, Les Filles du docteur March). La jeune actrice est époustouflante de charisme dans son rôle de femme au foyer rebelle. Elle incarne à la fois l'épouse entièrement dévouée à son mari et à son foyer, la victime en proie à un délire paranoïaque et la femme forte et déterminée, prête à prendre son destin en main.

L'ambiance angoissante, sur fond d'esthétique Instagram à la perfection suspecte, est superbement réussie grâce à une bande sonore asphyxiante, des plans qui semblent constamment en recherche de symétrie et des couleurs saturées. Les images rétro sont sublimes, presque trop belles pour être vraies, et trahissent les failles de Victory. Les Corvettes des messieurs scintillent de leurs teintes arc-en-ciel, le ciel est bleu piscine, la piscine bleu ciel et le gazon luxuriant contraste avec la poussière rouge du désert. Les superbes villas épurées, typiques de Palm Springs, et les costumes des personnages à la Mad Men finissent de recréer l'univers de catalogue publicitaire figé dans les photographies de Slim Aarons.

Difficile d'aborder en détail les thèmes abordés par Don't Worry Darling sans complètement spoiler. Mais il s'agit en bref d'une critique de la société patriarcale, de la volonté de contrôle des hommes sur les femmes, du consumérisme et de l'idéal américain de la famille nucléaire dans les années 50. D'autres sujets, comme la santé mentale, le virtuel et les dérives sectaires sont abordés en filigrane.

Finalement, ce n'est peut-être qu'un détail pour certain-e-s, mais pour nous ça veut dire beaucoup, les scènes de sexe entre les protagonistes, Alice et Jack, sont entièrement consacrées au plaisir féminin. Et ça, c'est plutôt rare dans la représentation de l'amour hétéro au cinéma!

On a moins aimé: Harry Styles et les failles du scénario

Si vous vous précipitez au cinéma uniquement pour applaudir votre idole Harry Styles (Dunkerque), vous allez être déçu-e-s. Le chanteur incarne un personnage creux et influençable, à la limite du pantin. Difficile d'affirmer alors si sa prestation est réussie ou non, mais de toute évidence, les charmes de l'acteur ne transparaissent pas une fois dans la peau de Jack. On se doit de souligner que l'ex-leader des One Direction ne chante pas dans le film (mais il danse). Florence Pugh trouve cependant une véritable co-star en Chris Pine (Star Trek), flamboyant de perversité dans le rôle de l'homme d'affaires énigmatique, et fondateur de Victory, Frank.

Malheureusement, si l'on est séduite par le récit dans son ensemble, le scénario manque parfois de cohérence. Quelques mystères restent à jamais irrésolus, et même si l'histoire n'en souffre pas particulièrement, cela peut-être une source de frustration. De même, le dénouement n'est pas surprenant, puisqu'il est révélé dans un flashback un peu précoce.

En résumé, Don't Worry Darling se situe à la croisée entre Matrix, Black Swan, The Truman Show et Black Mirror. Le mélange vous interpelle? Foncez!

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