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Chronique: «Citizen Kane» n’est pas un chef-d’œuvre

Chronique Benjamin Decosterd Citizen Kane nest pas un chef doeuvre

«La crainte de n’avoir rien compris enclenche alors le manège du chef-d’œuvre et Citizen Kane reste culte, sans que personne ne remette en question ce statut. Je dis stop.» - Benjamin Décosterd

© United Archives GmbH / Alamy

Charles Foster Kane est un enfant joyeux qui fait un bonhomme de neige et de la luge. Sa mère confie son éducation à un banquier pour qu’il devienne riche, seul et (bien plus tard) mourant. Juste avant de claquer, Kane dit «Rosebud». Pourquoi? C’est ce que se demande un journaliste qui interviewe alors les proches de Kane. Ce qui permet, grâce à des flash-back, de découvrir ce qu’il s’est passé entre la luge et le lit de mort. A la fin, on apprend que Rosebud, c’est simplement la marque de la luge. (Quel twist.)

D’après la croyance populaire, il faudrait absolument avoir vu Citizen Kane parce que, je cite: «Techniquement, pour l’époque, c’est révolutionnaire.» Alors on le regarde, pour pouvoir ensuite répéter qu’il faudrait absolument avoir vu Citizen Kane pour les mêmes raisons, de peur de dire quelque chose qui montrerait que nous sommes incultes («mais en fait, il s’est suicidé, non ?»).

La crainte de n’avoir rien compris enclenche alors le manège du chef-d’œuvre et Citizen Kane reste culte, sans que personne ne remette en question ce statut.

Je dis stop.

Stop, parce que techniquement, aujourd’hui, ce n’est plus si dingue. Depuis 1941, d’autres films ont été tournés avec des travellings, une profondeur de champ et des jeux de lumière travaillés.

Dans de nombreux domaines (sport, exploration, technologie), on s’intéresse aux prouesses techniques à faire encore, au lieu de s’extasier devant celles qui sont déjà dépassées. En d’autres termes, il n’y a que dans les films que la première fois est incroyable. Certainement la magie du cinéma.

Stop aussi parce qu’il serait temps d’assumer nos références culturelles. Pour moi, Rosebud, avant d’être une luge, c’est le code des Sims pour avoir 1000 Simflouz en plus. Voilà, c’est dit. Essayez, on se sent plus léger.

Pas un chef d'oeuvre (pour les bonnes raisons)

On peut ensuite tranquillement avancer que Citizen Kane est un très bon et beau film (quoique un peu lent) qui se termine avec un propos fort: sur le marché du besoin d’amour, même les riches sont ruinés. L’amour, l’enfance, ça ne se rachète pas; ça s’entretient.

Pour s’en convaincre, il suffit de voir la fin du deuxième mariage de Charles Foster Kane. Sa femme Susan va sombrer dans l’alcool mais est déjà tombée dans les puzzles (c’est vous dire si elle s’emmerde). Isolé chez lui, le couple hésite à aller à New York pour tromper l’ennui.

Vous y ajoutez des brunchs au Café de Grancy à commander des chaïs pour meubler les silences et vous avez un couple de bobos malheureux post-Covid.

Parce que oui, Citizen Kane fait réfléchir sur des thématiques étonnamment actuelles: le libéralisme cruel déguisé en populisme protectionniste (coucou Donald), l’exemplarité et la transparence en politique (coucou Pierre), ou encore les liens entre médias et pouvoir (coucou Bolloré).

En huitante ans, ce qui était pointé du doigt dans Citizen Kane n’a pas été évité et s’est même aggravé. La preuve, c’est que le titre de cette chronique aurait dû être Citizen Kane n’est pas un chef-d’œuvre pour les bonnes raisons. Mais, comme le dit si bien Charles Foster Kane: «Si le titre est suffisamment gros, l’article devient suffisamment important.» (Quel twist.)

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