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Témoignage: la double peine d'un cancer du sein au temps du Covid

La double peine d'un cancer du sein au temps du Covid

«Je suis sortie épuisée de cette dernière hospitalisation et en fin de droit au salaire. J’ai entrepris des démarches pour obtenir de l’aide de l’assurance invalidité en attendant de pouvoir reprendre le travail. Mais c’est bien entendu compliqué.»

© Sophie Brasey

«Je me sens victime du cancer, mais aussi en partie victime du Covid.» Françoise Ineichen raconte avoir ressenti beaucoup de colère, l’automne dernier, en voyant certaines personnes minimiser la menace du virus, alors que les hôpitaux se remplissaient. Car depuis plus d’un an et demi, elle en a fait des allers-retours au CHUV: un cancer du sein, un traitement puis une opération repoussés, la Vaudoise aura encore dû traverser six mois de complications, qu’elle impute, en partie en tout cas, au Covid et aux profondes réorganisations que la pandémie a imposées au système hospitalier.

«Ma prise en charge aurait pu durer neuf à dix mois, mais presque deux ans plus tard, ce n’est pas encore fini…»

Son parcours, elle le raconte avec une précision chirurgicale. Il faut dire que le monde médical ne lui est pas tout à fait étranger. Avant de se retrouver en arrêt maladie, cette femme de 49 ans occupait le poste de maître d’enseignement à la Haute Ecole de santé Vaud (HESAV), filière soins infirmiers. C’est en décembre 2019 qu’on lui diagnostique un cancer du sein. Un deuxième. Pas une récidive, un deuxième cancer, sur l’autre sein. Six ans plus tôt, Françoise Ineichen avait déjà subi l’ablation d’une tumeur, une radiothérapie et une chimiothérapie. Cette fois-ci, d’entente avec son oncologue, elle se soumet à une double mastectomie avec chirurgie reconstructive, afin de réduire le risque de rechute. Sur la table d’opération, dès le mois de janvier, on lui enlève les seins et on lui pose de petites prothèses provisoires. Insérées sous les muscles pectoraux, elles seront petit à petit remplies de liquide pour que la peau se détende et pour créer l’espace nécessaire à des prothèses définitives.

Solitude à l’hôpital

L’intervention est un succès. Elle se rend donc au CHUV toutes les deux semaines pour les fameuses injections. Jusqu’à ce que le Covid renvoie tout le monde à la maison.

«Comme beaucoup de patients, je n’ai plus pu accéder à l’hôpital pendant deux mois, car mon traitement n’était pas considéré comme vital.»

Un contretemps qu’elle vit plutôt bien à l’époque: «J’avais encore en tête de reprendre mon travail dès que possible, et cette coupure m’a permis de prendre conscience de ma fatigue, d’intégrer le fait que j’avais un deuxième cancer et de me reposer un peu.» Fin mai, les injections reprennent et, après une attente normale, l’opération destinée à lui poser des prothèses définitives est agendée en novembre. Sauf que l’automne sera dévastateur sur le front du Covid. En lisant la presse, Françoise Ineichen découvre que les interventions chirurgicales planifiées seront suspendues. «Cette fois, je l’ai très mal vécu, confie-t-elle. J’avais repris progressivement mon travail et planifié cette intervention afin que mon absence ait un impact minimum sur mes mandats d’enseignement. J’avais besoin de me projeter vers l’avenir et de passer à autre chose.»

Une perspective d’autant plus motivante que ses collègues et sa hiérarchie la soutiennent beaucoup. «C’était très difficile de leur répondre que je ne savais pas si je pourrais assumer mes cours et mener des projets, ne sachant pas quand je serai opérée.» Elle passe finalement sur le billard fin décembre. Mais en janvier, des complications surviennent. Une plaie sur le sein droit s’est ouverte. A cet endroit, sa peau est plus fine, moins résistante pour avoir été irradiée lors de son premier cancer. Une infection se déclare à la mi-mars alors qu’elle avait pu reprendre son travail depuis quelques semaines à peine. Opérée deux fois, elle fera plus d’un mois d’hôpital, pratiquement sans pouvoir recevoir de visite, les mesures de protection sanitaires ayant été drastiquement renforcées.

Batailler sur plusieurs fronts

En fin de compte, les reports de soins liés au Covid l’auront forcée à conserver plus longtemps des prothèses provisoires. «Même si ce n’est pas le seul et premier élément, cela a sans doute contribué aux complications qui sont survenues ensuite», estime-t-elle. Eprouvants physiquement et moralement, ces contretemps ont eu des conséquences bien au-delà. Accompagnée par la Ligue vaudoise contre le cancer, Françoise Ineichen considère que, pour elle, l’impact est sévère:

«Je suis sortie épuisée de cette dernière hospitalisation et en fin de droit au salaire.»

La caisse de pension a pris le relais, mais à hauteur de 50% de son revenu. «J’ai entrepris des démarches pour obtenir de l’aide de l’assurance invalidité en attendant de pouvoir reprendre le travail. Mais c’est bien entendu compliqué. C’est un combat supplémentaire que je dois mener et dont je me serais bien passée», explique-t-elle, sachant qu’une nouvelle intervention chirurgicale sur son sein droit est planifiée en novembre.

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