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«Mon séjour en Inde m’a appris la résilience»

Temoignage mon sejour en inde ma appris la resilience

«Même quand on se sent au fond du gouffre, on peut toujours trouver des ressources en soi. Il faut oser faire des erreurs, tenter des choses complètement à côté, ce sont aussi elles qui nous guident vers la meilleure version de nous-mêmes, ce pourquoi nous sommes là.»

© Corinne Sporrer

Notre expérience indienne a joué un rôle essentiel dans notre histoire. Le départ s’est décidé en trois mois à peine, sur un coup de tête, une inspiration soudaine. C’était en 2013, nos enfants avaient 2 et 4 ans, et les choses se sont déroulées très naturellement. L’idée initiale était d’expérimenter une nouvelle aventure en Inde, mais notre démarche était vraiment professionnelle: mon mari, originaire de ce pays, avait envie d’ouvrir un restaurant suisse sur place. A ce moment-là, nous tenions déjà un restaurant indien à Nyon, que nous avons confié à notre associé, et nous rêvions d’apporter des découvertes culinaires des deux côtés. Malheureusement, une fois sur place, rien ne s’est passé comme prévu. Nous étions partis sereins, sans avoir pris le temps de nous préparer à cette nouvelle vie. Or, lorsqu’on doit bâtir un quotidien en partant de rien, on est appelés à se déconstruire complètement, pour reconstruire son identité, peu à peu. C’est ce que nous avons découvert en posant nos valises à Mumbai.

Voyage initiatique

Bien sûr, l’Inde est un pays merveilleux, chaleureux, débordant de richesses, qui m’a ouvert les portes d’une culture et d’une spiritualité nouvelles. On dit souvent que l’expérience est tellement intense pour les sens, qu’on ne peut ressentir de sentiments mitigés: soit on adore, soit on déteste. Moi, j’ai adoré, je me suis imprégnée de l’énergie de ce pays. Nos enfants se sont très bien intégrés, ils ont fait preuve d’une ouverture d’esprit et d’une flexibilité incroyables! Nous voulions qu’ils fréquentent des enfants locaux et nous nous sommes consciemment éloignés des réseaux d’expatriés, afin de nous immerger au maximum dans la véritable expérience indienne.

Par contre, sur le plan professionnel, nous avons enchaîné les difficultés. Nous nous attendions évidemment à ce que ce soit difficile, mais nous ne pensions pas rencontrer autant de résistance: chaque projet que nous tentions de mettre sur pied tombait immanquablement à l’eau. Notre idée de restaurant ne s’est pas concrétisée et mon mari a tenté beaucoup de choses pour générer du revenu: exportation de poisson, importation de fromage et de chocolat, vente de places de jeu et de purificateurs d’air… De mon côté, je m’occupais des enfants, tout en essayant de lancer quelques projets, mais ça ne suffisait pas. Nous avons vécu une sorte de dépouillement et perdu beaucoup d’argent, bien que nous vivions dans un certain luxe comparé à la majorité de la population locale.

Heureusement, face à ces difficultés qui suscitaient beaucoup de frustration et de déception, notre dynamique de couple et de famille était solide. Nous étions très soudés et cette expérience a encore renforcé notre complicité.

Après trois ans, alors que nous avions enfin mis en place de quoi nous réaliser à Mumbai, nous avons été appelés à rentrer en Suisse pour reprendre le restaurant. Etonnamment, c’est le retour qui a été le plus dur. Il s’est organisé de façon aussi précipitée que le départ, mais sans excitation et le cœur brisé. Je ressentais alors un grand sentiment de déracinement et d’échec. De plus, durant notre séjour en Inde, nous avions participé à l’émission Bye Bye la Suisse, dont les images reflétaient, entre autres, nos déboires professionnels.

Ma fille s’est réadaptée à son quotidien suisse sans aucun souci, tandis que pour mon fils, un peu plus âgé, le retour a été douloureux. Il avait l’impression d’avoir tout perdu, d’être totalement déraciné. L’énergie indienne nous manquait beaucoup. Je pense que mon véritable voyage a commencé à ce moment-là. Je cherchais des réponses, je ne comprenais pas encore l’utilité réelle de cette expérience. Afin d’éclairer ces zones d’ombre, j’ai eu besoin d’écrire. Ce cheminement a duré cinq ans et a donné naissance à un livre.

Le pouvoir de rebondir

Ce que nous ne savions pas encore, au moment de rentrer, c’est que ce voyage nous avait apporté une richesse insoupçonnée! Notre définition de la réussite était ancrée dans une certaine image du succès professionnel et financier. Il m’a fallu dépasser ces notions pour comprendre que je m’étais ouverte à des émotions et à un épanouissement inédits. J’ai appris que le succès, c’était aussi vivre en alignement avec ce qu’on recherche réellement. J’ai écarté plein de barrières et j’ai fait tomber les masques, comme un oignon qu’on pèle, couche par couche.

Aujourd’hui, je me sens plus libre et plus connectée à moi-même. Je pense que j’ai laissé une part de moi en Inde, qui m’inspire et me nourrit à distance. Le véritable accomplissement, c’est ça!

D’ailleurs, les leçons de vie acquises en Inde nous aident indéniablement aujourd’hui, au cœur de la crise du Covid-19. Nous avons appris la résilience et le lâcher-prise, ce qui nous aide à avoir un certain recul. Par contre, il faut dire que la pandémie est survenue pile au moment où tout semblait enfin s’être équilibré: nous avions repris le rythme de cette vie en Suisse et le restaurant tournait à merveille. Et là, bam! Les portes se sont fermées et l’insécurité financière s’est réinstallée. Alors, au milieu de tout ça, il nous faut bien chercher des débouchés et des solutions pour rester à flot. La vie, c’est comme ça, j’ai l’impression: il ne faut pas que ça devienne trop facile, car sinon, on ne cherche plus, on ne grandit plus.

Actuellement, après cinq mois de fermeture, c’est compliqué. Nous avons été obligés de mettre en place un système de vente à l’emporter plus conséquent. Pour l’instant, c’est insuffisant, mais ça nous permet de survivre et de nous assurer que les gens ne nous oublient pas. On s’est dit qu’on avait deux options: soit on adoptait la position de victimes, soit on faisait de notre mieux. Notre clientèle est fidèle et régulière, nous faisons ce que nous pouvons pour continuer à tourner au maximum.

Et tout ça ne nous empêche pas de rêver, d’imaginer des projets futurs. Je souhaite notamment créer un espace d’inspiration, une sorte de showroom de l’Inde moderne dans lequel organiser des rencontres et des ateliers. Plein de choses se profilent pour l’avenir, même si tout est figé pour l’instant. J’essaie aujourd’hui de cultiver le fun, de mettre l’essentiel au centre de mon existence. Je me dis que les défis nous obligent à nous surpasser et nous mènent forcément quelque part. Si nous devions tout perdre au sortir de cette crise? Je sais que nous rebondirions sur quelque chose de plus juste. Même quand on se trouve au fond du gouffre, on peut toujours trouver des ressources en soi. Il faut oser faire des erreurs, tenter des choses complètement à côté, ce sont elles, aussi, qui nous guident vers la meilleure version de nous-mêmes, ce pourquoi nous sommes là.

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