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Récit poignant

«Mon combat: aider les enfants démunis»

Mon combat aider les enfants demunis maryam nicollier Guillaume Megevand

«Malgré tout ce que j’ai vu et vécu, je suis une personne très optimiste, je garde les yeux tournés vers l’avenir et tout ce qui peut être amélioré dans ce monde.»

© GUILLAUME MEGEVAND

Je suis née en Iran, à Téhéran, dans un milieu familial très ouvert d’esprit: ma famille appartient à la communauté bahaïe, laquelle accorde une grande importance à l’éducation, particulièrement celle des filles, et au service à l’humanité. C’est ainsi qu’à l’âge de 19 ans, après avoir complété ma scolarité en Iran et en Turquie, je suis arrivée à Neuchâtel pour y poursuivre des études de sciences sociales. Je ne parlais quasi pas un mot de français, mais j’avais très envie de l’apprendre! Je pense que cela vient du fait que mon père, décédé lorsque j’avais 10 ans, entretenait un lien particulier avec cette langue.

À cette période, j’ai rencontré mon mari, Jean-Luc, et nous nous sommes mariés en 1970. Cela fait bientôt cinquante-deux ans! La Suisse est devenue mon chez-moi. Avec Jean-Luc, nous avons toujours vécu à Genève, à l’exception d’une période de cinq ans passée à Zurich, durant laquelle sont nés nos deux premiers enfants. Mon mari, réalisateur, avait fondé une production de films documentaires, avant de prendre la direction du département audiovisuel du CICR. En 1979, lorsque la révolution iranienne a éclaté, de nombreuses personnes ont été contraintes de fuir le pays, dont plusieurs membres de ma famille qui nous ont rejoints à Genève. J’ai vite réalisé que les réfugiés avaient besoin d’aide, notamment pour gérer leurs démarches administratives, de traductions pour faciliter leur intégration en Suisse… On m’a proposé de devenir interprète et d’assister aux échanges entre les Iraniens et les autorités suisses. Aujourd’hui, j’assiste encore certains d’entre eux, par exemple en traduisant des documents. Je parle effectivement le farsi, le français, l’anglais, pas mal de turc et d’allemand… Tant que j’ai de l’énergie, je continue!

Ma famille restée en Iran s’est vue largement persécutée et totalement dépouillée par le régime islamique, en raison de son appartenance à la religion bahaïe.

Il y a trente ans, presque jour pour jour, j’ai perdu mon frère, emprisonné et exécuté sans procès, après avoir été accusé sans raison d’espionnage pour le compte d’Israël. Des années après, en 2012, mon neveu s’est vu accablé de la même accusation. Il a été incarcéré pendant cinq ans, sans le moindre jour de répit. C’était comme si un cauchemar se répétait, nous nous sommes battus depuis la Suisse, entreprenant toutes les démarches officielles possibles pour l’aider.

Une puissante envie d’agir

Jean-Luc et moi-même avons toujours été très actifs, faisant ce qu’on pouvait pour aider autrui. En 1989, mon mari, alors réalisateur à la RTS, ressentait le même besoin d’agir que moi: après avoir fait le tour du monde en tant que caméraman d’Henry Brandt, de 1965 à 1968, et témoigné de situations humaines insupportables durant ses tournages, il souhaitait apporter avec moi une aide concrète.

Lors d’un voyage en Turquie en compagnie de nos trois enfants, nous avons ressenti un déclic: à Izmir, où j’avais vécu petite, nous sommes tombés sur une famille plongée dans la misère. Nous voulions les soutenir sur le long terme, mais ne savions pas comment nous y prendre… Alors, en rentrant à Genève, nous avons décidé de créer une association: via une annonce publiée dans le journal, nous avons proposé aux personnes intéressées de nous rejoindre. Le téléphone a sonné plus de 40 fois, ce jour-là! Je m’en souviendrai toujours, c’est si beau de voir à quel point les gens peuvent être généreux lorsqu’ils sont motivés. Ainsi est née l’Action de Soutien à l’Enfance Démunie (ASED), qui a fêté son trentième anniversaire en 2019.

Soutien aux enfants défavorisés

Pour nous, ce fut le début d’un magnifique chapitre de vie. Alors que les débuts de l’ASED se résumaient à des classeurs rangés au sommet de nos armoires, nous n’avons cessé de nous agrandir, jusqu’à disposer de bureaux pour multiplier nos opérations d’aide et de développement durable. Toujours dans le but de soutenir la scolarisation des enfants défavorisés, afin de les aider à construire leur avenir, nous bâtissions des projets à partir d’informations récoltées par nos contacts sur place, avant de nous démener pour récolter l’argent nécessaire à les réaliser.

Commencées en Turquie, ces opérations se sont étendues à une vingtaine de pays, dont l’Inde, la Bolivie ou encore l’Albanie, où nous avons œuvré à l’un de nos plus grands projets, dès l’année 1993: ayant constaté les conditions inhumaines qu’y subissaient jadis les orphelins en situation de handicap, nous avons lutté pour que des centres d’accueil tenus par des adultes formés leur soient consacrés.

À force d’efforts et de persévérance, nous avons permis une importante amélioration et, en octobre 2021, Jean-Luc s’est vu décerner une distinction, remise par le président albanais, nous remerciant pour toute l’aide apportée.

Nous avons pris notre retraite il y a quelques années, mais l’ASED poursuit son activité. Au fil de tous ces voyages, nous avons tissé des liens puissants avec de nombreuses personnes. Je me souviens notamment du jour où, de passage en Turquie pour rendre visite à cette première famille que nous avions soutenue, j’ai été très touchée d’apprendre que mon prénom, Maryam, avait été donné à leur fille cadette. Ce sont des petites choses, mais elles marquent indéniablement. Nous avons fait ce que nous avons pu, même si j’aurais aimé en faire davantage.

Malgré tout ce que j’ai vu et vécu, je suis une personne très optimiste, je garde les yeux tournés vers l’avenir, vers tout ce qui peut être amélioré dans ce monde. Et je peux dire aujourd’hui que j’ai reçu autant que j’ai donné.

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