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«Mis à part Federer, je ne connaissais rien à la Suisse»

«Mis à part Federer, je ne connaissais rien à la Suisse»

«Le lendemain, il m’écrit un message: «ça te dit d’aller manger une morse?» Je n’ai pas compris, j’étais confrontée à mon premier mot suisse!»

© Corinne Sporrer

En septembre 2008, j’ai débarqué à Bristol. Après un bachelor en anglais à l’Université de Rennes, je suis ainsi partie en Angleterre pour devenir «assistante de langue» durant un an. J’enseignais le français à des ados. Et je ne connaissais personne dans cette ville. Si bien que lorsque ma tutrice m’a annoncé qu’une soirée était organisée pour réunir tous les assistants en poste à Bristol, j’ai sauté sur l’occasion.

Sur le flyer, l’itinéraire restait approximatif, je ne savais pas exactement comment me rendre à cette adresse. Et manque de bol, je suis tombée sur un chauffeur de bus qui effectuait son premier jour de travail, il était complètement perdu et avait un plan en papier pour se repérer dans les rues. C’est ainsi que j’ai découvert qu’un bus pouvait même effectuer une marche arrière! Malheureusement, il ne m’a pas du tout conduit au bon endroit. J’étais découragée, il faisait nuit, j’étais seule. Je me suis dit: «Mais qu’est-ce que je fiche là? Je ferais mieux de rentrer.» Finalement, j’ai déniché le bon bus, je suis arrivée dans le quartier. Mais seconde difficulté: impossible de trouver l’adresse exacte de la fête.

Un véritable parcours du combattant

Je n’étais vraiment pas rassurée, d’autant plus qu’en lisant les journaux, j’avais appris qu’il y avait un rôdeur dans les parages. J’ai tourné pendant une quinzaine de minutes, puis j’ai décidé de rentrer. Mais en voulant rejoindre la route principale, je suis tombée sur quelques personnes qui se faufilent par une porte. Je les ai suivis… et mon périple s’est enfin achevé au bon endroit.

Il devait y avoir une soixantaine de personnes. J’ai discuté avec Allemand, on avait bien accroché. Au moment de passer à table, je me suis ainsi assise à côté de lui. Et à ma droite, se trouvait Vincent. C’était très étrange, car il ne m’a pas adressé la parole. Après avoir mangé, tout le monde a pris la direction du centre-ville pour poursuivre la soirée. C’est à ce moment que l’on a commencé à faire connaissance tous les deux.

Je me rappelle qu’il avait patienté avec moi le temps que je commande une crêpe (évidemment!), et qu’il m’avait raccompagné jusqu’au taxi.

Le lendemain, il m’écrit un message: «ça te dit d’aller manger une morse?» Je n’ai pas compris, j’étais confrontée à mon premier mot suisse! Je lui ai répondu: «si tu veux, mais je ne vois pas ce que c’est…». Au bout d’une semaine, on était ensemble. On n’aurait pu ne jamais se croiser, car l’on vivait et travaillait dans des coins totalement opposés de Bristol. Et là, on ne se quittait plus. On profitait de tous les week-ends pour sillonner l’Angleterre en bus, c’était magique. En février, il est venu avec moi rendre visite à ma famille à Saint-Malo. Le sacrifice ultime pour un Valaisan: il n’allait pas assister aux festivités de carnaval pour passer du temps avec «une Française». Certains de ses amis n’ont pas compris.

J’ai également fait la connaissance de ses parents, qui sont venus en Grande-Bretagne lui rendre visite. Ils étaient adorables mais ne se sont pas emballés. Bien plus tard, j’ai appris qu’ils avaient dit à leur fils: «On va laisser passer l’hiver». Mais avant la saison froide, place à l’été: de retour de Bristol, nous avons passé 2 semaines en Bretagne, puis 2 semaines en Suisse, pour que chacun puisse faire découvrir sa région à l’autre. Si bien qu’à la rentrée, j’ai flippé. On allait être séparé par de nombreux kilomètres: je débutais un master en traduction à Paris, lui poursuivait son cursus à Lausanne. Toutes les trois semaines, l’un ou l’autre prenait le TGV. C’était frustrant, car dès que l’on se retrouvait le vendredi soir, un décompte s’enclenchait dans ma tête: «ça y est, il ne reste plus que 47 heures».

Quitter (à nouveau) la France

J’avais de la peine à savoir ce que je souhaitais faire, mais ce master ne me convenait pas. J’ai donc postulé pour un cursus en tourisme à Clermont-Ferrand, et un autre en journalisme à Neuchâtel. Et j’ai finalement opté pour le second. J’avoue, je l’ai aussi choisi pour Vincent. Mais ça m’allait bien de quitter la France, d’aller voir ailleurs et de tenter quelque chose de nouveau. Vincent s’était occupé de me trouver un studio dans la ville et m’avait accompagné lors de la première réunion. Une fois de plus, je débarquais dans un lieu où je ne connaissais personne. Mais quitter mon pays, finalement, ça ne me faisait pas grand-chose. Et les trajets entre Neuchâtel et Lausanne étaient bien plus pratiques que les TGV Lausanne-Paris.

Désormais, nous avons construit notre vie en Suisse. Je me souviens encore de la sensation lorsque j’ai vu nos deux noms côte à côte sur la boîte aux lettres: enfin!

Nous nous sommes mariés en Valais et en Bretagne, nos deux enfants ont vu le jour à Lausanne, notre ville adorée. Et je n’imagine pas vivre ailleurs. Le plus difficile? L’éloignement par rapport à ma famille. Cela me serre toujours le cœur pour mes enfants également, ils ont moins de contact avec leurs cousins.

Valais et Bretagne, même combat

Dans un sens, Vincent aussi s’est expatrié: il a quitté le Valais. Et ça n’est pas rien, ça a été un effort pour lui aussi. D’ailleurs, on lui demande très souvent «quand est-ce que tu rentres?» lorsqu’il passe par Sion. Apprivoisé ses amis, sa famille, n’a pas toujours été facile. Les mentalités sont parfois fermées. Lorsque j’ai débarqué, je ne connaissais rien de la Suisse mis à part Federer, je ne pouvais même pas citer la capitale. C’est ce que beaucoup de Romands reprochent souvent aux Français: vous connaissez notre histoire, notre culture, vous regardez nos chaînes de télévision. Et malheureusement, le contraire n’est pas réciproque.

Mes enfants sont plus suisses que français, c’est sûr. Maxime, l’aîné, parle de «bavette», de «lolette» et de «jaquette», ça me fait sourire.

Je le reprends souvent en lui disant «Non Maxime, tu utilises une serviette, tu as besoin de ta tétine et tu mets ton gilet!» C’est important pour moi qu’ils aient tout de même la Bretagne dans leur cœur, dans leur vie. Nous y allons au minimum deux fois par an. Et franchement, quelle chance incroyable nous leur offrons de pouvoir skier l’hiver et se baigner dans l’océan en été.

D’ailleurs, Saint-Malo et le Valais se ressemblent, on a la même mentalité. On est chacun très fier de notre région et on aime bien faire la fête! Vincent me soutient à 100%: il est tombé amoureux de ce coin de France et il le connaît même mieux que moi. Il a déjà parcouru deux fois le tour de Bretagne à vélo et y a organisé plusieurs camps scolaires. C’est vexant, c’est moi qui dois désormais lui demander «Dis un jour, tu m’emmèneras à Ouessant?»

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