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«La pandémie a gâché notre aventure d’expats»

La pandemie a gache notre aventure dexpats

«Nous avons décidé de rester jusqu’à la fin de l’année et nous avons bien fait. Le lockdown s’est allégé et nous avons pu découvrir le pays, ses habitants, sa cuisine et ses coutumes, ce qui a rendu au final l’expérience acceptable.»

© Charles Postiaux / Unsplash


L’expatriation est une grande aventure, logistique déjà, mais surtout émotionnelle. Toutefois, quand on doit tout refaire dans l’autre sens après quelques mois à peine, c’est encore une autre histoire. C’est celle que nous avons traversée, avec ma famille, via Singapour. Mes amies avaient de forts doutes quant à mon départ. J’avais déjà quitté mon travail en Suisse pour suivre mon mari en Allemagne, d’abord à Hambourg, puis à Berlin. Son dernier poste l’avait amené à 650 km de chez nous et il faisait les trajets en voiture tous les week-ends pour rentrer, c’était rude, fatiguant… et tellement dangereux. Après deux ans à ce rythme, il a cherché une solution, au sein de son entreprise, en plein développement vers l’Asie. Pourquoi pas l’expatriation? Nous avons pas mal hésité avant de nous arrêter sur Singapour, une ville que j’avais visité lors d’un voyage professionnel et dont je gardais un bon souvenir. Les enfants et moi étions cependant moyennement motivés. Nous avions construit notre vie à Berlin, une maison, des amis, mon agence de communication et marketing avec mes clients et mon réseau que j’avais mis six ans à construire, beaucoup de liens affectifs aussi. Entre la distance et le décalage horaire de 6 à 7 heures, il n’était pas possible pour moi de garder mes mandats.

Ce fut un choix difficile. Mon mari a mis des mois à nous convaincre, sans parler de tout ce qu’il y avait à planifier.

Il était très enthousiaste, il ne voyait que les avantages: se retrouver à nouveau en famille au quotidien, vivre une expérience culturelle enrichissante dans une ville avec un excellent système éducatif et la possibilité de voyager plus facilement dans cette partie du monde, proche du Japon, de Bali, de l’Australie.

Finalement, nous nous sommes décidés et avons tout organisé. Trouver un locataire pour notre maison, expédier nos meubles et affaires par container – en mer durant quatre semaines – une partie par avion, le reste dans des valises pour avoir l’essentiel à notre arrivée, chercher une école, un logement…

Nous avons finalement débarqué en janvier 2020, quittant l’hiver allemand pour la chaleur moite de Singapour. Nous avons passé le premier mois dans un appartement de fonction avant de trouver notre logis parfait. Nous avons déménagé et… le lockdown a été prononcé. Juste avant de quitter l’Europe, les journaux commençaient à parler de ce virus chinois et on pensait alors qu’il allait rester cantonné à l’Asie. Nos amis nous disaient d’ailleurs: «Vous êtes sûrs de vouloir partir là-bas? Bonne chance!»

© DR

Un mauvais scénario

Singapour a tout de suite été très touché par l’épidémie et a réagi très vite de manière stricte. Les frontières ont été fermées et un confinement très sévère a été instauré. Nous nous sommes retrouvés cloîtrés dans notre appartement, les enfants étaient en homeschooling et, surtout, mon mari ne pouvait plus voyager, alors que c’était la base de son contrat: démarcher des clients partout en Asie et retourner une fois par mois à la maison mère en Allemagne.

Tout était bloqué, la situation empirait partout dans le monde, y compris en Europe. L’employeur de mon mari a également été très affecté par la pandémie. Il a décidé en moins de 2 semaines d’abandonner ce projet et de mettre fin à son contrat.

Trois mois et demi après avoir tout quitté, nous nous retrouvions sans emploi dans un pays étranger! Or, il était difficile de rentrer tout de suite, car nous avions des engagements contractuels à respecter et à régler (logement, école, leasing de la voiture). De plus, notre maison berlinoise était louée. Je n’arrivais pas à y croire, j’avais l’impression qu’il y avait une caméra cachée. Après toute l’énergie mise dans cette expatriation, c’était inconcevable!

J’étais déçue de rentrer sans avoir eu le temps de connaître ce pays si riche au niveau culturel. Nous avons décidé de rester jusqu’à la fin de l’année et nous avons bien fait. Le lockdown s’est allégé et nous avons pu découvrir le pays, ses habitants, sa cuisine et ses coutumes, ce qui a rendu au final l’expérience acceptable. Ce ne furent pas des vacances pour autant. Mon mari était dans un état d’épuisement physique et moral sévère après ces années de pression et de sacrifice. Je devais tenir le coup pour nos enfants, qui étaient extrêmement déstabilisés, inquiets pour notre situation économique et aussi affectés, bien sûr, par la pandémie et ses conséquences globales. Cela a été mon moteur: assurer leur bonheur, les protéger, les rassurer au milieu de ce chaos et tout organiser dans l’autre sens pour notre retour, avec 320 cartons!

Reconfinés en Allemagne

Nous avons retrouvé notre cocon berlinois juste avant Noël, dans l’idée de passer les Fêtes avec nos proches, mais nous nous trompions encore. L’Allemagne affrontait la deuxième vague et le pays s’est reconfiné. Les enfants ont repris l’école, mais à domicile, les déplacements sont toujours compliqués et les réunions de famille limitées. Ça fait deux ans que je n’ai pas vu mes parents, qui vivent en Suisse!

Au final, toutefois, nos liens de couple et de famille ont été renforcés et j’ai gagné en flexibilité. Je suis prête à revivre une expérience d’expatriation mais moins loin, en Europe, sans décalage horaire et avec des distances acceptables. J’aimerais bien revenir en Suisse où j’ai grandi, fait mes études et une partie de ma carrière.

Cette expérience nous a aussi permis de faire le point sur nos valeurs, de recentrer nos priorités.

J’ai mesuré l’importance des relations humaines, de la famille, des amis, du réseau et, surtout, de la santé. La chance aussi d’avoir un travail. On ne doit jamais tenir ces choses pour acquises. Et ce qui fait qu’on se sente bien dans un endroit, finalement, ce n’est pas le climat, les palmiers ou une vie confortable, mais les gens qui nous entourent.

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