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Drôle de dame

«Fan de Colombo et de Magnum, je suis devenue inspectrice à la police judiciaire»

Fan de Colombo et de Magnum, je suis devenue inspectrice à la police judiciaire

«J’ai adoré mes premières années à Police Secours, le côté social comme les courses urgentes, façon série télé. C’était difficile, mais génial.»

© Noura Gauper

Depuis toute petite, je savais que je voulais devenir policière. Pour moi, il n’y avait pas d’autre voie possible. C’est sans doute pour ça que j’ai réussi: je n’avais pas de plan B! A la fin de la scolarité obligatoire, j’ai fait l’école de commerce, puis de petits boulots, et même fille au pair, en attendant d’avoir 20 ans, l’âge de passer les tests d’entrée. J’ai préparé mon examen jusqu’au dernier moment, au niveau endurance physique, mais aussi orthographe, demandant à ma maman de me faire des dictées. C’est elle qui m’a appelée pour m’annoncer que j’étais prise, le jour où le courrier est arrivé à la maison. A vrai dire, mon père n’a pas sauté de joie, il voyait surtout le côté répressif de ce job. Moi, je rêvais de Colombo et de Magnum. Enfants, avec ma sœur, on partait avec nos vélos jouer aux détectives, on notait des trucs dans nos carnets, on faisait des portraits-robots. On se prenait pour les Drôles de Dames, sauf qu’on voulait toutes les deux jouer Farrah Fawcett!

Un milieu très solidaire

Dans ma volée, en 1996, nous n’étions que 2 filles sur 13 aspirants. Je visais la police de Lausanne, car je voulais travailler en ville, avoir cette proximité avec les habitants.

Ayant grandi à Saint-Sulpice et passé mes week-ends au bord du lac plutôt qu’en boîte de nuit, j’ai cru arriver sur la planète Mars quand j’ai enchaîné mes premiers tournus à Police Secours.

J’ai découvert une misère humaine que je n’imaginais pas, comme ces personnes âgées qui meurent seules ou nous appellent pour changer leur poche à pipi, car elles n’ont personne d’autre. L’école de police ne nous prépare pas vraiment à la réalité. Tant qu’on ne l’a pas vécu, on ne sait pas comment on réagira lorsqu’on sera confronté pour la première fois à la violence ou à la mort. J’ai adoré mes premières années à Police Secours, le côté social comme les courses urgentes, façon série télé. C’était difficile, mais génial. Je n’ai pas été déçue et, parfois, ça me manque. Il y a une vraie solidarité entre collègues. De par nos horaires décalés et les choses qu’on traverse, on passe beaucoup de temps ensemble. Certaines personnes ne sont pas faites pour ça et quittent le métier. Ce n’est pas toujours facile de tourner le bouton sur off quand on rentre chez soi. Il y a des situations qui nous touchent beaucoup, les annonces de décès par exemple, on n’oublie jamais, même des années après, mais ça fait partie du job.

Des stups aux moeurs

Après quelques années, j’ai effectué un stage à la police judiciaire. Par chance, il y avait eu un homicide et j’ai pu participer à l’enquête, ce qui m’a beaucoup plu. J’ai aussi côtoyé un groupe rattaché aux stups. On traitait le petit deal de rue, particulièrement celui des boulettes de cocaïne, on courait après les vendeurs, les acheteurs. Ensuite, j’ai sympathisé avec une collègue de la brigade des mœurs et j’ai trouvé son travail hyper-intéressant. A la fin de mon stage, j’ai pu intégrer cette brigade. C’était en 2002… et je ne l’ai plus quittée! Il faut croire que je suis vraiment au bon endroit. Mon travail a évolué au fil des années. Au début, je faisais beaucoup d’enquêtes, d’auditions de victimes, de prévenus. Puis, en 2006, les fonctions d’adjoints aux chefs de brigade ont été mises au concours. J’ai posé ma candidature, surtout pour montrer mon intérêt, car je ne pensais jamais être prise. J’avais seulement 31 ans. Je suis tombée de ma chaise quand j’ai appris que j’avais le poste! Aujourd’hui je suis cadre, je fais moins de terrain, mais je donne toujours des coups de main. J’aime ce travail d’équipe et le fait de ne pas avoir de journée type.

Je pense que si je m’en suis bien sortie, c’est parce que j’ai pu gagner la confiance de mes collègues et que j’ai su rester à ma place quand il le fallait. Autrement dit, je n’ai jamais essayé d’être un homme. Je me suis toujours bien entendue avec mes collègues, mes supérieurs. J’ai un côté bonne soldate, je ne suis pas quelqu’un qui se plaint beaucoup et je pense être fiable. A la PJ, les femmes ont un rôle important dans certaines situations délicates.

Notre métier a un côté extrêmement gratifiant. Même si les histoires qu’on affronte sont dures – les violences conjugales, les abus sexuels… –, nous avons un rôle primordial, car c’est aussi le début de la reconstruction pour les victimes.

La protection des enfants (mineurs ou majeurs), le soutien aux familles, l’empathie, l’écoute aussi, sont super-motivants. J’aime me dire que si on fait bien notre travail, le prévenu sera présenté à la justice, que les coupables prendront un max et ne pourront plus faire de mal. Obtenir des aveux, c’est la cerise sur le gâteau.

Le sport comme soupape

Malgré les affaires souvent sordides auxquelles je suis confrontée, je reste quelqu’un d’optimiste. Je crois aux vertus des couleurs, par exemple. Je trouvais que nos boxes de détention étaient gris et ternes. Le peintre a accepté d’en repeindre un en rose, ma couleur préférée. Un rose pastel, Barbapapa, que je trouve chaleureux, apaisant.

Ma soupape, c’est le sport. J’en fais vraiment beaucoup, 7 ou 8 heures par semaine. C’est un besoin. Ca fait du bien au corps et à la tête. J’ai essayé la méditation, mais j’ai de la peine à rester immobile. En marchant longuement, on obtient ce même effet d’évasion. Je suis une grande admiratrice de Sarah Marquis, j’adore ses livres, je m’y retrouve. Je fais du sport en salle, mais j’aime surtout la nature, la forêt, la montagne. Eté comme hiver, c’est là que je puise mon énergie. J’ai aussi essayé la pole dance, pour retrouver confiance en moi après une rupture difficile. Je suis même devenue brièvement prof!

Et oui, je lis des polars, notamment ceux écrits par Nicolas Feuz, procureur de Neuchâtel, ou Fausto Cattaneo, ex-commissaire tessinois qui avait infiltré les cartels de la drogue. Je suis moins fan des séries télé type Les experts. Le problème, c’est qu’elles ne sont jamais faites dans les règles de l’art! U

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